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	<title>nouvelle - Bruno PERERA</title>
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	<title>nouvelle - Bruno PERERA</title>
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		<title>Un bouc émissaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno PERERA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Apr 2024 20:03:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle parue dans le recueil collectif « Bêtes à plumes » de Chemin faisant (Ploemeur) en juin 2024 sur le thème des</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nouvelle parue dans le recueil collectif « Bêtes à plumes » de <a href="https://editions-actu.org/chemin-faisant-edition-associative/" target="_blank" rel="noopener" title="">Chemin faisant </a>(Ploemeur) en juin 2024 sur le thème des expressions françaises qui font référence à des animaux.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><a href="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="773" src="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee-1024x773.jpg" alt="" class="wp-image-1147" style="width:550px" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee-1024x773.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee-300x227.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee-768x580.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/04/Leonardo_Phoenix_Image_of_a_modern_yet_severely_weathered_and_3-retaillee.jpg 1120w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>Je n’aurais pas dû.</p>



<p>Je n’aurais jamais dû monter dans ce bus de «&nbsp;la mort qui tue&nbsp;».</p>



<p>Le voyage avait pourtant bien commencé entre Samaipata et Santa Cruz. A peine quatre heures de trajet dans un bus luxueux, un de ces longs courriers à deux étages, avec tout le confort : sièges inclinables « semi-cama », écrans de télé à intervalles réguliers passant des séries B ou C bruyantes avec plein de morts et de cascades, doublées en espagnol. Difficile de s’en affranchir, heureusement que mes voisins braillaient sur leurs smartphones en mode mains libres, sans oublier les bruits de mastication et les froissements d’emballages alimentaires. Bref, un voyage normal, avec la clim et les odeurs entêtantes du désinfectant et du désodorisant.</p>



<p>C’est à la nuit tombée que je suis arrivé au terminal de Santa-Cruz, j’avais très peu de temps pour trouver un bus de nuit en direction de La Paz, en gros treize heures de voyage. Quasi pas de trains en Amérique du Sud, les lignes de bus sont omniprésentes dans des terminaux démesurés, grouillants d’échoppes de compagnies, de boutiques, de vendeurs ambulants, de rabatteurs, tout cela dans des odeurs d’empanadas, d’échappements diésel et de toilettes crasseuses. L’agitation désordonnée de la foule compacte autour des quais qui peuvent atteindre jusqu’à soixante-dix places, les bagages en tas, la noria incessante des énormes courriers, grondements des moteurs, sirènes des marches arrières, les cris, les bousculades. Pour un Européen, le premier contact avec ces lieux est un choc désorientant…et puis on trouve les codes  pour se débrouiller.La nuit était sombre, ciel plombé, orage menaçant, chaleur humide étouffante. J’allais me diriger vers l’enfilade des bureaux des compagnies desservant La Paz quand un rabatteur me barra le chemin. Moment de faiblesse, flemme, fatigue, je cédai et lui achetai un billet sans faire le tour habituel des concurrents.</p>



<p>Quand j’ai rejoint mon quai et que je me suis retrouvé devant l’antiquité dans laquelle j’allais passer une nuit complète et une matinée, j’ai «&nbsp;pleuré ma mère&nbsp;». Découragement mais aussi le sentiment de m’être fait flouer. La machine devant moi avait bien quatre roues, deux étages, des rétroviseurs en antennes de guêpe, mais, avec son aspect décati, devait remonter au Paléolithique inférieur. Au moins. Un Mercedes, forcément, la seule marque capable d’aligner des millions de kilomètres sans faiblir. Rouillé, peinture écaillée, des inscriptions en allemand à moitié effacées, témoins d’une jeunesse teutonne avant que l’on ne refile la bête de réforme à une compagnie bolivienne. La transaction devait dater de ma prime jeunesse et pourtant j’ai pas mal d’heures de vol.</p>



<p>En montant dans la carlingue, mon abattement est monté d’un cran quand je découvris que j’avais un billet du «&nbsp;rez-de-chaussée&nbsp;», le «&nbsp;piso uno&nbsp;», alors que je suis un adepte du «&nbsp;piso dos&nbsp;». Loin de la porte et des toilettes, des allers-venues, vue plongeante sur la route et le paysage, un petit côté télécabine depuis la première rangée. Là, c’était raté, j’avais eu tout faux. A côté des WC, de la porte d’entrée, de la cabine du chauffeur. Le voyage s’annonçait mal.</p>



<p>Le bus était complet, logique, vu le tarif avantageux, avec seulement des occupants boliviens. Les touristes n’étaient pas si fous, ils avaient choisi meilleure monture. Au rez-de-chaussée, douze passagers, des enfants de tous âges, un chien multi-races, soumis et pelé. L’intérieur était graisseux de crasse, n’ayant pas connu une serpillère depuis des lustres. A ce propos, les fauteuils étaient lustrés de grosses tâches noires, il suffisait de ne pas les regarder, mais comme ça collait en s’asseyant dessus, il a bien fallu que j’intercale un vêtement de pluie. Chaleur démentielle, la clim devait être en panne.</p>



<p>Quand le bus s’est ébroué, dans les craquements de la boite de vitesse, le tangage des suspensions hors d’usage, la voix éraillée du moteur, je me suis dit que ce ne serait qu’un long et mauvais trajet à passer en ambiance locale. Le voyage, c’est aussi cela, cette somme de moments délicieux et plus rudes qui font sentir le temps s’écouler, s’imprégner dans la durée, vivre dans son corps le déplacement. Tout le contraire de l’avion.</p>



<p>Comme la porte d’entrée était restée ouverte malgré le départ, j’en ai déduit que la clim et la ventilation étaient effectivement en panne. Mais cela ne suffisait pas, tous les passagers suaient à grosses gouttes. Mon voisin, un gros homme dans la cinquantaine, dormait, le bienheureux. De l’autre côté de la rangée, une mère et son fils. Ce dernier devait avoir dans les dix ans. Le teint olivâtre, malingre alors que ses congénères, dopés aux sodas, sont plutôt en surpoids, il ne respirait pas la santé, les yeux mornes. Silence dans la cabine, ni air frais, ni écrans télés forcément hors d’usage, chacun économisant ses forces pour lutter contre la moiteur. Pas de révolte face aux conditions de survie imposées, c’était toujours surprenant comment ici les gens encaissaient, j’imaginais la situation dans un bus en France. Pas de la résignation mais une résilience face à l’adversité, inconnue en Occident avec nos modes de vie d’enfants gâtés. Je me levais fréquemment pour happer un peu d’air frais à la porte, sécher momentanément la sueur.</p>



<p>Puis l’orage a éclaté.</p>



<p>Pas grand-chose à faire, autant compter le laps de temps entre les éclairs et le tonnerre pour mesurer l’éloignement du cumulonimbus. Difficile parce qu&rsquo;il crépitait ferme, la perturbation étant suractive. Pour l’instant, le Monstre était loin. Et la pluie s’est mise de la partie. Tropicale, dense, brutale, bruyante, une vraie drache, elle rentrait par la porte, mais le chauffeur n’avait pas jugé utile de la fermer. Je sus rapidement pourquoi. Comme un très vieux monsieur, le bus n’était plus du tout étanche, l’eau passant par les joints manquants des fenêtres des deux niveaux, s’infiltrant par le plancher du dessus, coulant sur nos têtes, ruisselant dans les deux allées et par l’escalier pour finir en ruisseau par l’entrée béante. Avec le recul, je bénissais les dieux de ne pas être en haut au premier rang face au pare-brise, ce devait être ambiance aquarium. L’orage se rapprochait, la nuit disparaissait sous une lumière stroboscopique, brûlant la route étroite et sinueuse, la selve dense qui nous entourait. Bientôt, il n’y eu plus d’écart entre les éclairs et le tonnerre, le Géant était au-dessus de nous, l’obscurité avait disparu. Le bus avançait au pas dans un torrent, plus rien n’était sec, ni dehors ni dedans. Une tension perceptible montait, un début de peur. Et si un éclair tombait sur l’habitacle&nbsp;? J’avais appris qu’un véhicule ne craignait rien, la foudre passant par l’extérieur pour s’enfoncer dans le sol en suivant les pneus, mais, dans notre cas, avec les méga-fuites d’étanchéité, avec l’eau conductrice, ne viendrait-elle pas à l’intérieur&nbsp;? N’y tenant plus, j’allai voir le chauffeur, il devait bien savoir, au moins me rassurer. En ouvrant la porte de sa cabine, je le vis arcbouté à son volant, tout de noir vêtu, et, je le jure sur la tête de mon premier amour, portant des lunettes de soleil&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Hola, buenas, amigo, tout va bien&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Buenas, j’ai connu de meilleurs moments.</li>



<li style="font-size:14px">Rassure-moi, on ne craint pas la foudre, le bus fait bien une cage de Faraday&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Je ne connais pas cette cage ni ce Faraday, mais je peux t’assurer qu’en ce moment, c’est dangereux, très dangereux, on peut tous y passer.</li>



<li style="font-size:14px">Qu’est-ce qu’on fait alors, on s’arrête à l’abri&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Tu vois un abri quelque part, en pleine forêt&nbsp;? Sous les arbres&nbsp;?&nbsp; On ne peut qu’avancer au ralenti en serrant les fesses. Et si tu es croyant, tu pries. Retourne à ton siège, tu me déconcentres.</li>
</ul>



<p>Je revins vers ma place. Une violente odeur acide de vomi me fouetta en sortant du cockpit. Un liquide jaune coulait dans l’allée centrale pour le plus grand bonheur du chien qui lapait à la hâte avant que les ruissellements n’emportent le tout au-dehors. Cela venait du gamin qui en était maculé. Sa mère essuyait ce qu’elle pouvait.</p>



<p>Que faire&nbsp;? Quand on est totalement impuissant, il ne reste plus qu’à rentrer dans sa coquille en comptant sur ses guides dans l’autre monde. Je mis les écouteurs, lançai Mercedes Sosa et, aussi incroyable que cela puisse paraître, je me suis endormi «&nbsp;au milieu des éléments déchainés&nbsp;».</p>



<p>A mon réveil, l’orage était toujours au-dessus de nous, nous étions donc vivants, mais le bus s’était arrêté. Mon voisin me dit que la route était bloquée par des chutes de rochers et que l’on attendait qu’on vienne les enlever, ce qui allait prendre des heures, probablement jusqu’au jour.</p>



<p>A ce moment-là, le pauvre enfant sortit du WC suivi d’épouvantables remugles persistants de diarrhée. Le verdict était sans appel&nbsp;: les toilettes étaient bouchées. La tension monta encore d’un cran.</p>



<p>A cet instant du récit, chère lectrice et cher lecteur, il m’est nécessaire de faire une pause. Non seulement pour faire redescendre la pression dramatique mais aussi parce qu’une explication scatologique est nécessaire pour celleux qui ne connaissent pas l’Amérique latine. Probablement pour des raisons historiques, obscures pour moi, les WC ne sont pas conçus, par construction, pour accepter le papier toilette. Canalisations trop étroites, cuvette sous-dimensionnée, le papier ne passe pas et obstrue les conduits. C’est pour cela, qu’à destination des touristes, TOUTES les toilettes ont des panneaux d’affichage en espagnol et souvent en anglais, avec la mention «&nbsp;No tirar el papel en el inodoro&nbsp;» (ne pas jeter le papier dans la cuvette) ou «&nbsp;Tirar el papel en el cesto&nbsp;» (Jeter le papier dans le panier). C’est l’occasion de compléter son vocabulaire car le mot «&nbsp;cesto&nbsp;» peut être remplacé par «&nbsp;tacho&nbsp;» ou encore «&nbsp;basurero&nbsp;». Bref, il faut se gendarmer pour réprimer ses habitudes et viser le panier qui souvent déborde. Un vrai choc culturel que certains ne peuvent surmonter. Conséquence&nbsp;: la problématique des toilettes hors d’usage est une constante qui sous-tend le vivre-ensemble sud-américain. Et l’on imagine les suites dramatiques de toilettes inopérantes pendant les dix à vingt-cinq heures d’un voyage en bus, sans oublier les odeurs. C’est pour cela que, par précaution, TOUTES les toilettes des bus ont, en plus, la mention «&nbsp;Solo orinar&nbsp;» ou «&nbsp;Solo liquido&nbsp;» ou encore «&nbsp;Solo uno&nbsp;» parce-que, pour ce dernier cas, le «&nbsp;uno&nbsp;» est une ellipse bien pratique en société pour le «&nbsp;liquido&nbsp;», comme le «&nbsp;segundo&nbsp;» l’est pour le «&nbsp;solido&nbsp;». Les toilettes de bus bouchées, c’est la terreur de l’équipage et tout spécialement de la personne qui s’occupe du ménage, à tel point que les passagers ont souvent une mise au point insistante («&nbsp;Solo uno&nbsp;! ») au début du voyage.</p>



<p>Retour au drame.</p>



<p>Dans notre bus cacochyme, l’équipage est réduit à sa plus simple expression au mépris de la sécurité&nbsp;liée à la fatigue de la conduite&nbsp;: le chauffeur, seule personne omnipotente. Et, en l’occurrence, à cran, à bout de nerf, à fleur de peau, avec l’exaspération liée à l’orage, la route bloquée, le retard d’une dizaine d’heure avant qu’il ne puisse rentrer chez lui se reposer. A prendre avec des pincettes. Quand l’odeur des toilettes parvint à s’infiltrer jusque dans son cockpit, ce fut, si j’ose dire, la goutte qui mit le feu aux poudres.</p>



<p>La porte de la cabine claqua violemment, il jaillit de l’habitacle en criant «&nbsp;Qui a bouché les toilettes&nbsp;?&nbsp;». Silence épais parmi les passagers, personne ne voulant dénoncer le gosse. Il posa encore sa question, puis, probablement pour ne pas casser quelque chose, il sortit sous la pluie battante et revint ruisselant avec une branche dont il arrachait les feuilles. Silence total. On l’entendit fourrager rageusement dans le mal nommé «&nbsp;inodoro&nbsp;», nous faisant profiter en prime du fumet sans le filtre de la cloison, tirer plusieurs fois la chasse. Peine perdue, le bouchon était coriace et un jus brunâtre commença à s’écouler, heureusement en direction de la porte d’entrée, merci la pente. Il ressortit en pataugeant et hurla «&nbsp;Quel est l’imbécile qui a bouché les toilettes&nbsp;?&nbsp;». Et je sentis bien que le seul gringo parmi les passagers était logiquement le fautif tout désigné.</p>



<p>Silence toujours…</p>



<p>Il était là, devant nous à crier hors de lui et, avec son long corps maigre attifé de noir,  la bouche tordue, les yeux exorbités, le regard fou, la main tenant son bâton merdeux, il me fit penser à l’Ankou des chapelles bretonnes. Puis il passa aux menaces&nbsp;: «&nbsp;S’il ne se dénonce pas, le bus ne repart pas&nbsp;!&nbsp;». Là, je sentis nettement que le front du silence allait se fissurer. Plutôt désigner le coupable que de rester ici, près de Villa Tunari, au milieu de nulle part.</p>



<p>L’enfant et sa mère me regardèrent d’un regard implorant car il était certain qu’ils allaient se faire jeter dehors, dans la nuit, sous l’orage rageur, s’ils se dénonçaient.</p>



<p>Voilà. Me revint en mémoire ce que m’avait raconté une voyante médium. Qu’au XVIème siècle, un de mes ancêtres avait été un soudard puant de la petite armée de Francisco Pizarro qui avait conquis et détruit l’empire Inca, réduisant en esclavage ou tuant ou léguant les maladies mortelles européennes à la population indigène, puis mêlant leurs gènes avec ceux des survivantes. Il n’était pas mort au combat, mais rentré en Espagne avec ses deux fils arrachés à leur mère amérindienne dont l’âme depuis pleurait leur perte. Malgré près de deux-cents générations, malgré ma peau claire et mon look de Blanc, j’avais peut-être encore en moi un peu de cette femme, de ce peuple, et, pour toutes ces douleurs, pour tous ces crimes, je pouvais faire cet acte insignifiant, non pour réparer, mais juste par empathie et par reconnaissance de ce lien à travers les siècles.</p>



<p>Je me levai et je dis&nbsp;: «&nbsp;C’est moi.&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/un-bouc-emissaire/">Un bouc émissaire</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Supplique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Oct 2021 16:12:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/supplique/">Supplique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image si puissante où vous sembliez enfin apaisée, drapée de cette couleur azurée liquide et souveraine qui est votre essence, tenant en votre main la sauge purpurine, le rameau argenté de l’olivier, l’amarante pourpre et la palme d’albâtre, regardant vers un avenir pacifié, me montrant la voie à emprunter à travers la béance de votre dos, j’ai enfin compris que je ne pouvais plus repousser cette rencontre.</p>



<p>Mère, je ne suis légitime en rien, ambassadeur d’un pays de limbes, émissaire sans mandat, porte-parole de ma seule suffisance, mais je sais que je recèle en moi tout ce qui a fait les miens, de l’inavouable au plus éclatant, de la violence à la bienveillance, de la terreur à la joie, de l’infantile à la sagesse, de la destruction à la création, de la mort cruelle à la vie fragile.</p>



<p>Mère, je vous ai bafouée, avilie, méprisée, ignorée. Dans mon immense orgueil, je vous ai oubliée, reniée, traçant mon seul chemin sans prêter attention à votre souffrance, à ce sang qui perlait partout où portaient mes scarifications et mes empreintes. Pendant des siècles de siècles, je vous ai confisqué votre royaume. Je l’ai asservi, instrumentalisé, exploité, disposé, sans jamais prendre en compte un autre intérêt que le mien, ignorant que mes pas assurés me menaient à ma perte. Ô, comment ai-je pu être aussi puéril et vain&nbsp;? Ne savais-je pas en moi-même, sans me l’avouer, dans mon inconscient endurci, que cette voie était sans issue&nbsp;?</p>



<p>Mère, les millions de vies que vous abritiez hurlent leurs douleurs dans ces vides que j’ai taillés de ma domination triomphante. Depuis les temps immémoriaux qui ont sculpté mon identité, j’ai toujours été dans le déni, l’illusion, le récit auto-centré, ignorant l’autre, les autres.</p>



<p>Et Vous.</p>



<p>Mère, votre colère n’est que méritée. Maintenant que s’enflent le vent de la désolation, la chaleur mortelle, les eaux envahissantes, que mes mains ne saisissent plus que le sable inerte et la terre souillée pulvérulente, que la mort hideuse s’annonce, que l’anéantissement menace, je ne peux que vous présenter ma prière. Je sais que vous vous remettrez de mes outrages avec ce temps éternel dont vous disposez. Je sais que d’autres me succéderont, plus sages, moins agressifs, moins impudents, moins imbus d’eux-mêmes. Je sais que je ne vaux que ce sort que vous ne m’avez jamais souhaité mais que l’urgence impose. Des vies innombrables attendent, tremblantes, que moi, le super-prédateur, je baisse la garde jusqu’à disparaître.</p>



<p>Mère, je suis capable du pire comme du meilleur. Si ma soif de posséder est incommensurable, mon détachement du quotidien l’est aussi. Je suis un pur esprit avide de sécurité comme d’aventures. Ancré dans le réel que je m’invente et la tête dans le ciel insondable. Rongé d’angoisses mais ouvert à tout vent. Capable d’un égoïsme morbide et d’une immense altérité. Porté par l’intérêt immédiat mais d’une générosité improbable, contre nature. Matérialiste indécrottable et créateur impénitent.</p>



<p>Mère, je veux changer de voie. Arrêter les destructions, la course au profit immédiat. Me remettre à ma place, en votre sein. Protéger toute vie de ma puissance de démiurge. Aider les plus faibles, les plus atteints par mon incurie. Oublier la technique, me poser, écouter, ressentir, accueillir. Créer du beau. Réparer. Rêver. Ne rien faire. Contempler.</p>



<p>Vivre enfin, sans attente, sans projets, sans tordre ma réalité.</p>



<p>Mère, laissez-moi tenter de me transformer, revenir au carrefour où j’ai choisi la mauvaise route, repartir vers la Vie. J’ai détruit les forêts, rasé les montagnes, exploité les océans, asservi les espèces, asséché des contrées, rendu insalubres d’autres, souillé l’air, le sol, l’eau, haï, haï, ô combien haï tant d’êtres. Mais j’ai aussi créé sans objet et sans espoir, peint, sculpté, composé, chanté, conté, écrit, aimé, aimé, ô combien aimé tant d’êtres, bâti les cathédrales, les mosquées, les temples, les villes superbes, beautés sublimes jetées face au néant de mon existence, bornes intemporelles de mes faiblesses et de cette incompatibilité tragique entre mon esprit infini et mon corps si limité et définitivement mortel.</p>



<p>Je ne veux plus que créer le meilleur, pour le bien de tous celles et ceux qui nous accompagnent.</p>



<p>Parce que je rêve que la Beauté de l’Art sauvera notre Monde.</p>



<p>Mère, me laisserez-vous cette chance, m’accorderez-vous le temps de trouver cette voie&nbsp;? Aurais-je droit à la rédemption&nbsp;?</p>



<p>Je suis désormais devant vous, toute honte bue, car j’ai enfin découvert où m’adresser pour vous implorer. Ce songe m’a ouvert le chemin.</p>



<p>Vous êtes en moi et autour de moi.</p>



<p>Moi, l’Humain, votre enfant prodigue.</p>



<p>Vous, la Terre.</p>



<p>Mon Unique Terre à laquelle je dois la Vie.</p>



<p>Accueillez-moi à nouveau.</p>



<p>Accueillez ma supplique.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/supplique/">Supplique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Se rincer l&#8217;œil et mordre à belles dents</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 May 2021 16:53:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cette nouvelle a été éditée en 2021 dans « Esprit de corps », recueil d&#8217;un collectif d&#8217;auteurs, par l&#8217;éditeur Chemin faisant (Ploemeur)</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><i>Cette nouvelle a été éditée en 2021 dans </i><em style="font-style: italic;">« Esprit de corps »</em>, <em>recueil d&rsquo;un collectif d&rsquo;auteurs, par l&rsquo;éditeur Chemin faisant (Ploemeur) qui en détient les droits.  Le thème des 14 nouvelles, dont celle-ci, était les expressions idiomatiques en rapport avec les parties du corps.</em></strong></p>



<p></p>



<p>Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître.</p>



<p>J’avais échoué dans Cotonou pour vendre la 504 break. Parmi tous les arnaqueurs, Théophile m’avait inspiré confiance. Il avait trouvé le client, un Nigérien. L’affaire conclue, la commission versée, il me restait quinze jours à passer avant de remonter en taxi-brousse jusqu’à Niamey pour prendre l’avion.</p>



<p>J’avais de l’argent, du temps, l’envie de mieux connaître les gens d’ici. La proposition de Théophile de venir vivre quinze jours à la concession avec toute sa famille ne pouvait pas se rater.</p>



<p>Il faut imaginer un carré d’environ trente mètres de côté. Je ne l’ai pas mesuré mais j’imagine que les colonisateurs devaient utiliser une chaîne d’arpentage pour diviser exactement en unités métriques cette étendue sablonneuse en bordure du golfe de Guinée. Une rue numérotée à peine carrossable, parcourue de mobylettes et petites motos. Des clôtures en cannes ou bambous serrés. A l’intérieur, deux manguiers dont les feuilles mortes tombées la nuit sont balayées chaque matin, absence d’automne, pas de saison pour la mort végétale. Une cour de sable où s’emmêlent chèvres naines, porcelets noirs avec leur énorme mère allaitante, poules et coq. Sous un arbre au feuillage dentelé épais, une cuisine en plein air, bassines émaillées en tous genres, vaisselle de plastique criard, braséros en vieux bidons coupés, petits tabourets pour s’isoler du sable. Une longue cabane en matériaux de récupération, bois peint, bidons rouillés dépliés, mais aussi cannes, un toit en tôles léopard. Des ouvertures sans fenêtres avec de simples volets pour les tempêtes et les intrus, les pièces côte à côte donnant chacune sur la cour. Et bien sûr, plusieurs générations. Grands-parents, filles et fils avec maris et brus, petits-enfants de tous âges. Une bonne vingtaine de personnes de l’ethnie Adja-Fon. Personne ne parle français à part Théophile qui a fait des études. Il sera donc mon seul interlocuteur, mon interprète pas forcément fidèle. Peu m’importe, ce sera encore une fois seulement des sourires, des mimiques, une expérience minimaliste de l’altérité. Que retiendrai-je de ces gens-là&nbsp;?</p>



<p>Des poissons fendus sèchent sur des claies de bois écorcé au-dessus d’un feu. Famille de pêcheurs dans la lagune voisine, le lac Nokoué. Ils vendent ces poissons mais ne les consomment pas parce que c’est tabou pour la famille. Nous mangeons donc du riz, du manioc, un peu de viande, surtout celle de porc ou du poulet ou ces étranges croupions géants de dindes américaines qu’aucun Occidental ne veut consommer et qui débarquent ici congelées de cargos frigorifiques entiers. Les dernières mangues, des avocats. Je bois leur eau, j’ai abandonné l’Hydroclozanone, ne serait-ce que par respect. Mon estomac et mes intestins sont blindés de plusieurs mois de vie dans la brousse, je ne prends aucune précaution, je verrai en rentrant si je me suis chopé des parasitoses mais pour le moment, je ne mets pas cette peur entre eux et moi.</p>



<p>Théophile me demande de ne pas marcher pieds nus dans le sable à cause des «&nbsp;chiques&nbsp;», puces parasites qui s’implantent sous les pieds et grossissent en lentilles, il faut les enlever avec des aiguilles et une lame de rasoir. Il me dit que ce sont les porcs qui les ont amenées. Je n’aime pas ces bêtes noires, plus sangliers que cochons, qui n’ont pas peur de l’humain, courent partout, même dans la rue.</p>



<p>Le jour, Théophile est mon guide. Nous sillonnons les pistes sur nos petites motos, halte dans les villages ou chez les copains. Il est connu, il a réussi, il gagne de l’argent avec les Européens. La nuit se passe à boire et à discuter, très peu dormir, ni lui ni moi n’avons besoin de sommeil. Nous partageons la même couche dans sa cellule, simple large banquette en bois avec une paillasse bourrée de fibres sèches.</p>



<p>Théophile est un conteur. Je passe des heures à l’écouter, prendre des notes. Je me moque si ce qu’il raconte est vrai, ce qui m’importe, c’est le récit. Cela me servira un jour…</p>



<p>J’effleure à peine son monde étrange, peuplé d’esprits, de jumeaux, de fétiches, de marabouts, de sorciers, de tabous, de mauvais sorts, de désenvoûtements, de peurs primales, de protections ésotériques. Pensées magiques. Impossible de savoir qui est l’autre, simple quidam sous protection ou marabout maléfique.</p>



<p>Théophile se prétend sorcier. Je veux bien le croire et ramener une partie de cette Afrique en moi. Commence alors un enseignement contre rémunération des premiers arcanes, je n’aurai accès qu’à ceux-là. Formules magiques, produits à consommer, scarifications, je veux devenir un sorcier blanc. Les nuits passent et je m’enfonce dans un monde où réalité et rêves se confondent.</p>



<p>Je suis le seul Blanc dans ce quartier pauvre. Les Européens expatriés vivent en centre-ville ou dans leurs villas protégées, les touristes dans leurs hôtels. Que vient faire ici cet homme barbu dont il est si difficile de deviner l’âge&nbsp;? Les barrières de la couleur de peau, de la langue, de la culture, de l’argent, du post-colonialisme sont immenses, infranchissables, pourtant tous les humains sont mes frères et mes sœurs. Je sais que c’est illusoire mais je veux absorber un peu de cette vie ici, et emporter en Europe ce petit bout de concession.</p>



<p>Je donne le superflu, j’essaie de vivre comme elles et eux.</p>



<p>Le colonisateur a implanté les concessions et les rues mais son élan civilisationnel s’est arrêté là. Aucun réseau. Ni eau, ni électricité, ni égouts, ni téléphone. Nous vivons avec la lumière du jour et l’eau de la borne que les femmes vont chercher dans leurs bidons sur la tête. Je me lave dans la lagune. Pas de WC dans la concession.</p>



<p>Comment chier&nbsp;? C’est ma question un peu pressante le premier matin quand il est l’heure de la créer bien moulée. La réponse est simple&nbsp;: il me faut faire comme tout le monde ici dans le quartier. Aller à la «&nbsp;brousse&nbsp;».</p>



<p>J’ai été mesquin envers les colonisateurs parce que, dans leur mépris, ils avaient pensé aux «&nbsp;indigènes&nbsp;». De loin en loin, sur l’espace de quatre concessions, la nature est préservée. Herbes hautes, buissons et arbres rabougris dans le sable, c’est la «&nbsp;brousse&nbsp;». C’est là que l’on vient se soulager. Ce matin-là, je m’attends à trouver un égout à ciel ouvert, vu la densité du quartier mais il n’en est rien. La nature est «&nbsp;sauvage&nbsp;», nulle sentinelle en embuscade. Le service de nettoyage est efficace. Je ne suis pas le seul, bien sûr et, une fois tombé le pantalon et accroupi un peu à l’écart derrière une maigre touffe, je me rends compte que je suis l’attraction. Femmes et hommes de tous âges ne se gênent pas pour <em>se rincer l’œil</em>. Comment c’est fait le cul d’un Blanc&nbsp;? Et le devant&nbsp;? Je ne sais pas si je les ai déçus, je ne suis pas spécialement fier de cette partie de mon anatomie, mais en tout cas, ils m’ont bloqué. Le cerveau des intestins s’est mis en drapeau. Refus d’expulser. J’ai bien senti comme une déception dans mon assistance, vu le peu de temps passé dans le «&nbsp;grand&nbsp;» coin, mais j’ai tout remballé et suis rentré d’un pas pressé, sans un regard pour mon public probablement amusé. Comment faisait Louis XIV sur sa chaise trouée face à sa nombreuse assistance fière de cette distinction&nbsp;?</p>



<p>Ce sera donc la nuit que j’opèrerai en toute discrétion, seul avec moi-même, instant de recueillement, la truffe au vent.</p>



<p>Il fait encore nuit quand je me lève le lendemain, une pâle lueur à l’Est. Théophile ensommeillé me dit que c’est l’heure où les esprits, qui se sont évadés pendant la nuit, vivant leurs propres vies et aventures, réintègrent les corps des dormeurs à l’orée du réveil. Je penche pour le vent de l’aube mais pourquoi pas, je veux bien opérer en leur compagnie. L’air est frais, le silence parfait, entre les bavards de la nuit et les bruyants du jour, moment en bascule. Il fait encore sombre mais je ne crains pas les mauvaises surprises glissantes sous mes pas. Ah, voilà l’endroit de la veille, un air de déjà vu, une familiarité propice pour prendre mes aises&nbsp;! Instants délicieux de soulagement, je ne m’étendrai pas.</p>



<p>Mais voilà que derrière moi, une fois la dépose opérée, un fracas de branches brisées, d’herbes froissées et un souffle rauque doublé de grognements. Je me lève prestement, rajuste le pantalon et me retourne. La bête est énorme, bien 300 kg, sombre sur sombre, je devine juste ses yeux fixes et ses défenses. Un sanglier, non, un verrat très gras. Il devait être à l’affut, tout près, a du <em>se rincer l’œil</em> lui aussi et s’interroger sur la pâleur peu coutumière de ce cul d’humain. L’animal m’observe, un rien pressé. Je sens que je gêne. Vu la hauteur au garrot, les défenses acérées et la détermination du suidé à peine domestiqué, je préfère m’effacer. Qu’ai-je à défendre sinon mon étron&nbsp;? Je m’écarte à reculons, à la recherche d’un bâton. Mais ce n’est pas moi qui intéresse le cochon. Dès que je me suis un peu éloigné, il se précipite, engloutit <em>à belles dents</em>, avec force lapements et grognements, ma belle production.</p>



<p>Premier petit déjeuner&nbsp;? Je suis écœuré. Mais j’ai trouvé l’éboueur. Pas étonnant qu’il soit aussi efficace vu sa taille et sa splendeur. Ecosystème particulier, rien ne se perd, rien ne se crée.</p>



<p>Mais je comprends les interdits de deux religions du Livre. Le Coran parle d’une partie impure, l’Ancien Testament des pieds fourchus du démon.</p>



<p>Moi, je me suis fait ma religion.</p>



<p>Et ce midi je dirai&nbsp;: «&nbsp;Non, merci, pas de cochon…&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/se-rincer-loeil-et-mordre-a-belles-dents/">Se rincer l’œil et mordre à belles dents</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Moto mon amour</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Mar 2017 11:13:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[moto]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Bon tu ne vas pas me faire cette tête ! Tu t’attendais que je vienne te chercher avec quoi ? Une voiture</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bon tu ne vas pas me faire cette tête !</p>
<p>Tu t’attendais que je vienne te chercher avec quoi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Une voiture électrique teslanisée bourrée de lithium ? Un tandem tue l’amour parce qu’une fois arrivés au but, on sue de partout ? Un vélo avec une petite remorque pour promener Maman ? Une décapotable pour vieux beau à casquette béhème ?</p>
<p>Elle ne te plaît pas ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ah oui, je comprends&#8230;ton côté pseudo-écolo. Ces machines ça pue, ça fait du bruit, ça consomme. Et puis leurs pilotes sont des vrais beaufs, des fous qui se mettent en danger et font grimper les stats de la Sécurité Rentière.</p>
<p style="text-align: justify;">T’as peut-être peur d’abîmer ta veste en mérinos sur la selle ? D’accrocher ton pantalon sur les repose-pieds ou de te cramer sur le pot d’échappement ? Encore heureux que tu ne sois pas en jupe, t’aurais risqué de filer tes collants.</p>
<p style="text-align: justify;">T’inquiètes, j’ai tout prévu, des gants, un vrai perfecto en cuir de cheval et un casque. Au jugé, vu ton gabarit, ça devrait t’aller impec&#8230; Pour tes longs cheveux, j’ai même amené deux élastiques pour faire une tresse. Je sais bien les faire, tout eu le temps d’apprendre avec mes filles. Hé, il n’est pas prévoyant le mec ?</p>
<p>Mais pourquoi tu hésites ? Tu ne la trouves pas belle ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est parce que tu ne sais pas ressentir sa beauté intérieure, tu t’attaches encore aux signes extérieurs ! Tu n’as pas atteint le zen de la motocyclette.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu vois cette machine, c’est presqu’une autre partie de moi-même. Si tu veux de moi, faudra aussi vouloir d’elle. Et qu’elle t’accepte. Je te promets qu’elle dormira dans le garage, elle sera moins jalouse comme ça. Mais ce sera la seule concession.</p>
<p style="text-align: justify;">Les vacances, ce sera avec elle. Les discussions souvent sur elle. Faudra aussi supporter mes potes complètement givrés de ses cousines. Tu verras, tu aimeras, parce que ce seront de vrais chants d’amour.</p>
<p>Tu hésites toujours ? Attends je vais t’expliquer pourquoi je l’aime.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle n’a pas ton âge mais c’est comme pour les chats et les chiens, il faut multiplier par 7. Elle est vénérable et tu dois la regarder comme une vieille dame, toute ridée, scarifiée, couverte de cicatrices, de fêlures, d’éclats perdus. Oui, elle n’est pas aussi satinée, aussi brillante que les jeunettes mais j’aime cette enveloppe ternie qui a vécu et, quand je la caresse, je la sens palpiter de toutes ces années accumulées. Ne regarde pas la rouille, le cambouis tenace, les rayures, les boulons manquants, le plastique cassé, ce bloc alu oxydé, cette graisse de chaine durcie sur l’alentour, la boue solidifiée infiltrée partout. Pour moi, la laver, la bichonner, ce serait comme la sortir de son écosystème, l’aseptiser, lui enlever sa couche de protection, la trahir, la vouer à la ferraille. Imagine seulement tout ce qu’elle a vécu, traversé, supporté. Les chemins caillouteux de Corse, la boue de Bretagne, le goudron lézardé des petites routes de campagne, les embruns de la côte ou des ferries du large. Et toujours hardiment, sans rechigner, avec bonne volonté, même outrageusement chargée de deux corps avec bagages.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu vois, je l’appelle ma gazelle, ma sauterelle du désert, mon antilope du bush. Elle est si gracile, si légère, à contrario de l’embonpoint des nouvelles que, quand je la serre entre mes cuisses, j’ai l’impression, avec sa taille fine, qu’elle est une adolescente. Elle est si haute que bien peu peuvent la conduire en toute sécurité. Parfois je me plais à rêver qu’elle a été créée juste pour moi, pour mon exacte ergonomie, et que, jamais, aucune autre ne pourra s’inscrire aussi bien dans mon corps. Quand je suis sur elle, elle est mon prolongement, un rêve de transhumaniste puisque, je suis sérieux, je sens son corps vivre en moi. Si tu es cavalière, tu dois pouvoir comprendre cela quand, soudain, la jument et toi, vous devenez un seul être, unies par une même volonté, où le mouvement anticipe les ordres, comme si l’animal devenait capable de lire dans tes pensées.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tu ne pourras pas la comprendre tant que tu ne la chevaucheras pas. Parce que nous devons nécessairement faire corps. Elle et moi, elle et nous. Si nous ne nous unissons pas, nous ne pourrons avancer. Une voiture a son équilibre propre, un cheval aussi. Elle non. C’est juste mon cerveau, les mouvements infimes de mes muscles qui la tiennent dans cet état instable, si dangereux sur le glissant, mais qui nous permet, elle et moi, elle et nous, de nous pencher à toucher la route, d’avaler la courbe, de choisir la plus belle trajectoire en trois dimensions, là où une voiture ne t’offre qu’une bête surface. De cette instabilité nait la pureté de la course.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tu ne pourras pas la comprendre tant que son moteur ne se sera pas ébroué, avec sa voix grave et ce poto-poto des gros monocylindres, tout en vibrations, à desserrer les boulons, à faire glisser les chaussettes, à déchausser les dents. Et ma vénérable, ma petite vieille surannée, devient une diablesse. Il suffit que tu tournes un peu la poignée, que tu lâches l’embrayage, pour qu’elle bondisse tel un fauve, à se lever de l’avant, à t’allonger les bras dans cette accélération rauque, à te siffler le vent de sa puissance. Si tu n’as pas connu cette furie, cette brutale violence que tu contrôles d’un si léger mouvement, cette griserie d’être soudainement projetée hors de ton monde habituel, catapultée dans cette autre dimension, tu ne peux comprendre pourquoi je l’aime. C’est le pur plaisir, la revanche du pauvre. Au démarrage, aucune voiture, même une sportive ultra-puissante, ultra chère, ne peut avoir une telle accélération.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais tu ne pourras pas la comprendre tant que tu ne t’installeras pas derrière moi. Par nécessité, levant tes réticences, tu te loveras contre mon dos, à me serrer si fort, à nous emboiter sur elle, bête à trois dos pour filer comme l’éclair vers la liberté de la route.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que nul ne peut nous empêcher d’aller où nous voulons. Embouteillages, parkings bondés, trottoirs, chemins, rien ne s’opposera à nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que nul ne peut nous empêcher de ressentir, à nous serrer tous les trois, que, dès que nous serons installés sur elle, le voyage aura déjà commencé.</p>
<p style="text-align: justify;">Viens, rejoins-moi, enfile veste, gants, casque. Prends appui sur mon bras, enjambe la selle, cale-toi contre moi, minérale, pose ta tête contre mon épaule, légèrement décalée pour voir la route et recevoir toi aussi les effluves, enlace-moi, presse-moi légèrement pour me dire que tu es prête, ne bouge plus&#8230;</p>
<p>Alors le klong de la première et&#8230;</p>
<p>Gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaz !</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/moto-mon-amour/">Moto mon amour</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Fissure de timidité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Dec 2016 16:50:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Fissure]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Short-edition]]></category>
		<category><![CDATA[timidité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle retenue, avec cession des droits, par l&#8217;éditeur SHORT-EDITION.COM&#160; et présente dans 107&#160;distributeurs d&#8217;histoires courtes&#160; Version en anglais Version en</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nouvelle retenue, avec cession des droits, par l&rsquo;éditeur <a href="https://short-edition.com/fr/oeuvre/fissure-de-timidite" target="_blank" rel="noreferrer noopener">SHORT-EDITION.COM&nbsp;</a> et présente dans 107&nbsp;<a href="https://short-edition.com/fr/p/notre-gamme-de-distributeurs" target="_blank" rel="noreferrer noopener">distributeurs d&rsquo;histoires courtes&nbsp;</a></em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b.jpg"><img decoding="async" width="1024" height="585" src="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b-1024x585.jpg" alt="" class="wp-image-1130" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b-1024x585.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b-300x172.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b-768x439.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/4f103230-165b-4dc8-aeb0-4dab94d4ba0b.jpg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p><em>Version en <a href="https://bruno-perera.fr/our-crown-shyness/">anglais</a></em></p>



<p><em>Version en <a href="https://bruno-perera.fr/spalt-der-schuchternheit/">allemand</a></em></p>



<p><em>Version en <a href="https://bruno-perera.fr/de-schuchterheidszoom/">néerlandais</a></em></p>



<p>Madame, je vous dois une confidence. J’ai trop longtemps tu mes sentiments mais rien ne me sert de les réprimer si leur violence n’a de cesse de me bouleverser. Je ne pensais pas vous les exprimer puisqu’il n’y a pas d’issue. Vous avez votre vie et j’ai la mienne. Nous sommes heureux chacun avec les nôtres. Pourquoi soulever une tempête, pourquoi laisser entrevoir un autre possible, puisque nous savons l’un et l’autre que la voie que nous avons choisie est celle de la sagesse&nbsp;? Certes, elle peut paraître bien mièvre face aux folies de la passion, mais nous avons assez vécu pour savoir que rien ne peut se construire au sommet d’un volcan.</p>



<p>Mais je m’illusionne peut-être et vous accorde une identité de pensée qui n’existe que dans mes songes. Peut-être que ces mots vous étonnent, ces sentiments vous choquent, vous ne voyiez qu’une amitié là où j’étais certain d’un amour partagé. Dans ce cas ne m’en veuillez pas, ne me rejetez pas&nbsp;! N’y percevez que les signes d’un égarement&nbsp;! J’ai la faiblesse d’espérer que, grâce à votre discernement, vous saurez me pardonner cet étalage indécent.</p>



<p>Madame, je vous dois une confidence. Dès que je vous ai aperçue, j’ai su que vous ne pourriez m’être indifférente. Quel est le mystère de cette reconnaissance immédiate ? Une façon d’être qui évoque les souvenirs enfouis de l’enfance ? La recherche incessante d’un idéal féminin à travers la figure de la mère ou le souvenir de mes premiers émois ? Ou des processus beaucoup plus prosaïques tels que l’odeur ou le mécanisme inconnu d’une bonne compatibilité génétique ? Dès que je vous ai vue marcher, cette allure juvénile, cette finesse de votre corps, et ce regard droit, ce regard brillant accueillant l’autre, j’ai su que j’allais succomber.</p>



<p>Oh, le processus fut lent, souterrain, mais il a tracé son sillon et s’est alimenté de tous ces insignifiants moments en votre présence&nbsp;! Les mois ont passé, peut-être les années, je ne sais, mais il a bien fallu un jour que l’on cesse de se croiser, que l’on se parle et se découvre, quelques phrases quelconques échangées, le début d’une amitié.</p>



<p>Madame, je vous dois une confidence. C’est ce soir-là, quand vous étiez dans la lumière du soleil, nullement gênée par les rayons du couchant, que j’ai chaviré. Avez-vous perçu mon embarras alors que je me cachais dans l’ombre protectrice du soleil rasant&nbsp;? Moi d’ordinaire si disert, mon trouble était tel que je ne pouvais vous faire la conversation. Avez-vous senti ma gêne, mon élocution chaotique&nbsp;? C’est un cliché de l’écrire mais c’était exactement ce que je ressentais&nbsp;: je restais sans voix. Ébloui par ce qui émanait de vous. L’impression était si forte que votre image m’est restée profondément gravée dans la mémoire. Ces yeux devenus clairs, magnifiés par un maquillage discret. Ces cheveux indisciplinés aux mèches de couleur moins soutenue. Cette chaude carnation rehaussée par quelques éphélides. Ce sourire réservé, presque énigmatique, peut-être légèrement moqueur. Vos épaules nues dans la chaleur de l’été. Vous ne me lâchiez pas du regard, vous m’attendiez et je devais secouer le charme qui me paralysait. Nous avons été dans notre bulle, les discussions de nos voisins à peine conscientes, échangeant des propos intimes en toute confiance, comme si nous étions des anciens amants et que rien n’était tabou entre nous… De vous quitter dans la nuit fraîche a été un arrachement.</p>



<p>L’acmé de cette soirée totémique n’a jamais été dépassée. Nos échanges sont distendus, parfois triviaux, parfois chaleureux, parfois distants, parfois fusionnels. Maintes fois, j’ai tenté de vous retrouver seule parce que je voulais savoir ce que vous aviez dans votre ventre, dans votre cœur, dans votre tête, mais vous vous êtes toujours échappée. Et quand, lassé d’avoir pris tant d’initiatives sans retour de votre part, je me sentais prêt à abandonner, à renoncer à cette quête, soudain vous m’encouragiez d’un sourire éclatant, d’un regard chaleureux, d’un signe de la main.</p>



<p>Madame, je vous dois une confidence. Je sais que nous nous sommes reconnus, que nous sommes constitués de la même matière de rêves. Que nous vivons dans nos mots, dans notre tête. Que notre monde intérieur est bien plus vaste que ces trois dimensions limitant notre corps. Que nous vibrons aux mêmes beautés, aux mêmes émotions. Que nous sommes du même bois de chimères. Je sais que ce sentiment d’appartenance nous dépasse et que nos liens essentiels perdureront. Je sais enfin que vous êtes bien plus sage que moi, que vous avez accepté que cet amour ne puisse être vécu dans cette vie et que nous devons tous les deux seulement en caresser l’écume.</p>



<p>Madame, je vous dois une confidence. Nous sommes du même bois de fées. Nous sommes comme ces arbres frères qui se côtoient dans la forêt. Nous grandissons ensemble, puisons dans le même substrat. Nous augmentons notre ramure et pourtant, jamais nos branches n’entrent en contact, quelques centimètres d’espace par où passe la lumière du soleil, légère faille entre nos frondaisons. Les forestiers connaissent bien ce phénomène étrange. Ils ignorent par quel mécanisme, par quelle sorte de communication, les arbres peuvent se tenir à une si faible distance sans se toucher, comment ils savent se respecter tout en se développant. Ils lui ont donné un nom poétique&nbsp;: les fissures de timidité.</p>



<p>Madame, j’accepte qu’entre nous s’impose une fissure de timidité. J’accepte que notre communion soit un mystère pour nous et pour les autres. J’accepte que cet amour secret se love dans nos têtes. J’accepte que nos corps ne se connaissent jamais. Nous resterons si proches mais sans nous toucher, nous respectant, évoluant ensemble vers le même soleil.</p>



<p>Madame, je vous demande une seule faveur.</p>



<p>Qu’à travers cette fissure de timidité, s’épanche notre tendresse.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/fissure-de-timidite/">Fissure de timidité</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Zorro</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Oct 2016 14:36:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Zorro]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à mon tour. Tous les convives se tournent vers moi, je suis sous les projecteurs, et je déteste ça.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est à mon tour. Tous les convives se tournent vers moi, je suis sous les projecteurs, et je déteste ça. Je jette un regard implorant vers le clown à côté de moi qui fait semblant de s’intéresser à ses mains. Il a raison, c’est la règle du jeu, je dois me lancer toute seule.</p>



<p>Comment leur expliquer que j’aime le mec le plus perché, le plus barré de la ville&nbsp;? Même pas boarder-line, carrément out-line. Je m’étonne tous les jours, à voir ses pitreries, ses éclats, ses coups d’épée contre les moulins à vent, sa totale inadaptation à ce monde, pourquoi il n’est pas encore sous camisole chimique, ou de force, dans un univers capitonné bien mieux adapté à ses coups de tête. Probablement parce que c’est un grand simulateur, capable de vous débiter les plus profondes inepties, à vous tordre de rire, avec le plus grand sérieux. Ce doit être pour cela que moi, la petite bourgeoise, réservée, bien élevée, très mesurée, je vis avec ce grand malade depuis plus de dix ans.</p>



<p>Au moins je ne m’ennuie pas.</p>



<p>Ils s’impatientent. Je m’y jette en me sentant rougir…</p>



<p>Je venais d’arriver à la rédaction. La petite dernière à qui l’on refile tous les marronniers, les inaugurations glauques, les installations des nouveaux commerçants, de préférence les coiffeurs visagistes, les fêtes patronales, les kermesses des « Toujours jeunes », les enquêtes minables, les noces d’or, tout ce fatras indigeste dont la presse régionale tire son audience. Tu connais la règle des « 100 visages » ? Mes mentors me l’ont inculquée au marteau-pilon. Dans une double-page locale, tu dois te débrouiller pour pondre des articles avec un maximum de photos d’un maximum de quidams, au moins cent au total, de façon à ce que chaque lecteur local reconnaisse au minimum un visage. C’est comme cela que tu achètes le journal le lendemain. Malin ! Plus subtil que le temps de cerveau disponible pour te faire gober cette boisson gazeuse marronnasse dont je tairai le nom, même en rêve, pour éviter que mon Auguste de mari ne me fasse une attaque.</p>



<p>Depuis une semaine, la rédaction croulait sous les mails d’un illuminé. Péremptoires, comminatoires, imprécatoires. Plusieurs dizaines par jour. Remarquablement bien écrits, style vieille France. J’imaginais un instit à la retraite, cheveux blancs et barbe taillée. Il convoquait la presse le vendredi soir pour assister à son action contre le mât du Dac Mo, le vendeur d’hambourgeois yankees. Un type qui voulait abattre des mâts publicitaires, ça valait bien un Don Quichotte. Tout le monde se marrait, mais comme il y avait à la même heure un pince-fesses à la mairie en présence de tous les élus prêts à lâcher leurs petites phrases au parterre de journalistes, ils m’ont collé la corvée.</p>



<p>Ça ne m’emballait pas du tout. J’avais à 20h une réunion de l’association de bienfaisance de l’église Saint Gildas, à 21h la générale du chœur féminin post-ménopausé de Notre Dame de la Charité et le lendemain, toute une flopée d’interviews, à commencer par l’association Plages propres qui intervenait sur le marché de bonne heure. Rien à faire de son mât. En zone commerciale. Un vendredi soir.</p>



<p>J’y suis allée en scooter. Le soleil se couchait. De loin, j’ai trouvé le mât beau, orangé par les rayons du soir, avec ses lettres DM qui tournaient. Un mât de cocagne. Un sémaphore. Un amer. Pourquoi tant de haine&nbsp;? Bon, c’est vrai qu’il était un peu haut, même que l’on ne voyait que lui. Si tu n’aimes pas les Dac Mo comme mon cacochyme instit compulsif mythomane, cela peut agacer, mais en faire une grande cause nationale…</p>



<p>Au pied du mât, un attroupement. Je ne voyais rien. J’ai garé mon scooter au plus près, sorti ma carte de presse et j’ai fendu la foule pour aller interroger Pépé râleur.</p>



<p>Le choc. Accroché au mât par un bras, l’autre en visière face au soleil, le corps de biais, les pieds calés contre la sole, un grand type, glabre, musclé, juvénile, silencieux, immobile. Avec une panoplie de Zorro, la cape au vent, le pantalon moulant, l’épée à la ceinture, une fausse moustache. Et, à travers le masque, d’incroyables yeux bleus rieurs. Sans même voir son visage, je suis tombée raide amoureuse de mon Buster Keaton du Dac Mo.</p>



<p>Il a bien fallu lui poser des questions, essayer de ne pas rire à ses déclarations grandiloquentes, faire des photos de l’artiste et de la foule (penser aux cent visages), prendre les tracts qu’il distribuait maintenant, rappelant la loi, le règlement de publicité et l’inaction de la mairie. En vraie professionnelle, j’ai pris aussi son numéro de portable. J’ai fait un article à la fois poétique sur le personnage et documenté sur sa cause. J’ai eu les compliments du chef tout en sentant chez lui une réserve. Peut-être que la mairie n’avait pas trop apprécié…</p>



<p>Trois mois plus tard, le mât du Dac Mo était abattu et je me mariais avec mon clown pas vraiment triste.</p>



<p>Juste pour le meilleur.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/zorro/">Zorro</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Poursuite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Oct 2016 16:00:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[flic]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[poursuite]]></category>
		<category><![CDATA[voiture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’ai toujours aimé jouer aux cow-boys et aux indiens. Aux gendarmes et aux voleurs. J’étais toujours l’indien ou le voleur.</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/poursuite/">Poursuite</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai toujours aimé jouer aux cow-boys et aux indiens. Aux gendarmes et aux voleurs. J’étais toujours l’indien ou le voleur. Maintenant le jeu serait plutôt le chat et la souris, version les poulets et le coyote. Dans ce monde-ci, les poulets mangent le coyote, pas l’inverse. Je ne sais plus qui a dit qu’il n’y a pas de différences, chez les hommes, entre un enfant et un adulte, sauf que pour ce dernier, ses jouets coûtent plus chers. Et mon jouet, il coûte vraiment cher. 300 CV, 4 roues motrices, 255 km/h, 8 à 14 l de super aux 100km, on est loin du diesel qui pue en se traînant. Quoique côté bilan écologique c’est pareil&nbsp;: déplorable. Mais il faut bien assumer ses contradictions, pas vrai ?</p>



<p>Dans ce monde-ci, les voitures peuvent rouler à 255 km/h, enfin pas toutes, mais ça ne sert à rien. Les radars et les poulets sont là pour le rappeler. Alors, pour débrider le moteur de temps en temps, j’ai le coyote qui m’avertit obligeamment des risques. Parce que ces poulets-là mangent des points. Ils voudraient bien aussi manger le coyote mais ils n’ont pas encore réussi, il se défend bien.</p>



<p>Donc, cette nuit, vers 2h du matin, à jeun, je libérais la voiture sur la voie express. Le coyote était silencieux. Un petit 160. Vitesse de croisière, à peine un feulement de plaisir. Personne sur la voie. Juste un trainard que j’ai doublé en un dixième de seconde, bientôt deux phares très loin derrière… Sauf que ces phares sont restés accrochés puis se sont rapprochés. Pas eu le temps de voir le modèle en le doublant mais franchement il ne pouvait pas faire la maille. Enfoncé l’accélérateur, la belle a bondi, le moteur est devenu rageur. Bientôt 230. Et l’autre s’accrochait. Encore loin mais ce n’était pas normal. Et là j’avoue que j’ai commencé à m’inquiéter. Quand tu joues avec les vitesses interdites, tu acquiers une sorte de sixième sens qui souvent te sort d’affaire, bien avant que le coyote ne s’active. Je n’aimais pas la tournure que ça prenait. Puis une montée d’adrénaline quand mon suiveur a mis en route son gyrophare. C’en était un&nbsp;! J’étais encore trop loin pour qu’il puisse enregistrer la plaque d’immatriculation qu’il n’avait pas pu lire quand je l’ai doublé. Dans ces moments-là, le choix est délicat mais il ne faut pas tergiverser. Accélérateur à fond, 255 puis 270 au compteur, tchao pantin, bye bye la gallinacée, le gyrophare s’éloignait. Et c’est alors que le coyote s’est mis en route. Radar mobile à 3 km, les poulets veillent la nuit.</p>



<p>Devenir sage, c’est bien évaluer la situation et reconnaître que tu es cramé. Si je ralentissais pour le radar, l’autre me rattrapait et si je continuais ma balade à cette vitesse, permis perdu, voiture confisquée, l’horreur. Tout, sauf le radar. Une aire sur ma droite, j’ai écrasé les freins et balancé la bête sur la bretelle. Descente des vitesses à la volée, le moteur hurlait de rage et moi aussi. Personne sur le parking, je suis resté au milieu, les mains sur le volant, tentant de me calmer, attendant que le robocoq arrive. Il a plaqué son carrosse derrière, le gyrophare tournait toujours, et a bondi dehors, l’arme au point, un vrai cow-boy. J’ai ouvert la porte. Il m’a crié de lever les mains et de me retourner contre la voiture. Pas envie d’une bavure, j’ai obtempéré. Il m’a fouillé d’une main, le canon de l’arme contre le dos, je n’ai pas aimé mais je voyais bien qu’il ne fallait pas l’énerver. Quand il a vu que je n’étais pas armé et plutôt coopératif, la tension a baissé d’un cran. J’ai pu me retourner et sortir mes papiers. Il m’a fait signe de le suivre pendant qu’il allait à sa voiture vérifier mon identité. Quand il a fini, j’ai senti qu’il n’était plus tendu, juste fatigué ou déboussolé ou dépressif, c’est capable d’avoir des émotions ces oiseaux-là, même si, paraît-il, ils descendent direct des dinosaures.</p>



<p>Il a montré ma voiture avec un certain respect et dit «&nbsp;270 km/h au compteur, c’est une sacrée machine&nbsp;! Vous savez ce que ça coûte un excès de 180 km/h&nbsp;? La saisir, ça vous plairait&nbsp;?&nbsp;». Je le savais, hé pomme, je connais par cœur les risques des excès de vitesse, mais je n’ai rien dit, juste pris un air désolé. Après un long silence, il a coupé le gyrophare, et soufflé un grand coup. La radio sur la fréquence de la police n’arrêtait pas de brailler. Il m’a regardé bien en face, l’air sincère, je l’ai presque trouvé sympathique. «&nbsp;Il est 3h du matin, la nuit ne fait que commencer, elle va être longue et je suis déjà fatigué, je pensais que vous étiez un «&nbsp;go fast&nbsp;» mais ce n’est pas vous que l’on cherche. Pas envie de faire un PV. Si vous pouvez me raconter une histoire pouvant justifier un tel excès de vitesse, je suis prêt à vous laisser partir.&nbsp;»</p>



<p>Incroyable&nbsp;! Nuit de chance&nbsp;! Fallait vite que j’invente une histoire qui plaise à un poulet, le conforte dans son égo de petit coq…</p>



<p>Je me suis lancé&nbsp;: «&nbsp;Ma femme m’a quitté.&nbsp;». L’autre me regarde interrogatif. Je rajoute&nbsp;: «&nbsp;Pour un flic.&nbsp;». Il réagit : «&nbsp;Et alors&nbsp;? Les flics sont des hommes comme les autres. Je ne vois pas pourquoi cela expliquerait votre excès de vitesse&nbsp;!&nbsp;». Je laisse passer un peu de temps puis je finis&nbsp;: «&nbsp;Je croyais que vous me la rameniez.&nbsp;».</p>



<p>Bien lourde, bien macho, la blague. Une bonne seconde avant de comprendre, faut quand même pas trop leur en demander, puis il explose de rire. Gagné&nbsp;?</p>



<p>Il me désigne la voiture et me dit seulement&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Maintenant 90 km/h max.&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/poursuite/">Poursuite</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Survivre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Oct 2016 15:52:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[SDF]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un peu tôt pour l’apéro mais la chaleur assomme, corps moite et gorge sèche. Envie d’un verre frais, mousse amère,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/survivre/">Survivre</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un peu tôt pour l’apéro mais la chaleur assomme, corps moite et gorge sèche. Envie d’un verre frais, mousse amère, buée contre la joue. Dans la vieille ville, l’étroite rue pavée est en pente, alignement de bars en terrasses, canalisant la foule dense malgré l’air poisseux. Appuyé dos contre la vitrine du café, le spectacle hypnotise. Petits, gros, grands, voûtés, rougeauds, essoufflés, couples maussades, enfants mutiques ou rageurs, belles plantes aux longues jambes, peaux nues, tissus colorés, smartphones soudés. Les yeux se croisent. Juste capter les émotions, tenter de deviner ce qui se trame dans ces corps en mouvement, tristesse, angoisse, colère, joie, quiétude, désir. Se raconter leurs histoires.</p>



<p>En face, à l’abri du soleil sous un porche, un SDF est assis. Visage couturé, regard clair, cheveux gris sur l’épaule, barbe sauvage. Pieds nus, tee-shirt et pantalon kakis. Crasseux, peau marbrée, rigoles plus claires de la sueur. Grand corps cassé, usé, écrasé, maigre. Il se concentre à sculpter un bâton, indifférent aux piétons qui s’écartent légèrement sous l’odeur ou la gêne.</p>



<p>Entre nous, au milieu de la rue, à peine visible, une coupelle pour l’aumône, posée sur le pavé, des pièces jaunes et blanches.</p>



<p>Mon regard quitte les passants car une rêveuse ou un étourdi a shooté dans la coupelle. Elle se renverse, roule en crabe sur les pavés pour se caler contre la bordure du trottoir, la monnaie scintille en s’éparpillant. La foule ralentit, se tait un instant, se tourne vers le fautif, qui devant l’air hébété puis désespéré du SDF, se plie, se précipite, transpire pour récupérer le contenant et le contenu et, comme s’excusant, rajoute une ou deux pièces au cas où son geste aurait égaré quelques centimes précieux pour un homme de la rue.</p>



<p>Puis, la coupelle en place, le temps s’écoule à nouveau. Le SDF se lève soudain et va chercher les pièces qui ont glissé à l’abri des regards mais que lui n’a pas oublié. Bientôt une tong étourdie bascule à nouveau la coupelle …</p>



<p>La serveuse vient m’en servir une deuxième et observe la scène. Elle me cligne de l’œil, complice, sourit, ni agacée, ni jalouse. De 12h à minuit, le scénario se reproduit sans cesse. Elle a fait le compte : au minimum il récupère 30 € de l’heure. Meilleur que les pourboires.</p>



<p>Je lève le pouce vers l’artiste. Il me lance un clin d’œil.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/survivre/">Survivre</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Sous l’Étoile exactement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Sep 2016 17:48:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[A la recherche du temps perdu]]></category>
		<category><![CDATA[Etoile]]></category>
		<category><![CDATA[Marcel]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Proust]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette nouvelle, il faut juste imaginer : « Banquise fondue, humanité disparue, le dernier des humains, au frais au pôle</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/sous-letoile-exactement/">Sous l’Étoile exactement</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Pour cette nouvelle, il faut juste imaginer : « Banquise fondue, humanité disparue, le dernier des humains, au frais au pôle Nord, qui attend la mort avec Marcel&#8230; »</em></p>



<p>«&nbsp;Longtemps je me suis levé de bonheur…&nbsp;». Ce pauvre Marcel ne doit rien comprendre. Pourquoi contrefaire sa célèbre phrase&nbsp;alors que je le vénère&nbsp;? En témoignent les quatre tomes de la Pléiade, neuf millions six cents neuf mille caractères et sept mille quatre cents huit pages, au pied de ma chaise fixée sur ce radeau, là, sous l’Etoile exactement, livres que je relis sans cesse, mon bien le plus précieux, quatre ouvrages sur lesquels j’appuierai ma tête la nuit de ma mort, avant de fermer les yeux et de me répéter jusqu’à me dissoudre «&nbsp;Longtemps je me suis couché de bonne heure&nbsp;».</p>



<p>Non, Marcel, je n’ai pas l’esprit de contradiction mais tu vois, «&nbsp;couché&nbsp;» ou «&nbsp;levé&nbsp;» n’ont plus de sens. «&nbsp;De&nbsp;bonne heure&nbsp;» ou «&nbsp;tard&nbsp;», de «&nbsp;bonheur&nbsp;» ou de «&nbsp;malheur&nbsp;», non plus. Je crois que plus rien n’a de sens. Seulement cet horizon infini, ce ciel infini, cette mer infinie que pas un souffle ne trouble, et ce jour qui ne peut se coucher, cette nuit qui ne peut se lever, soleil effleurant l’horizon et dont je suis la course circulaire quand je quitte ton livre pour m’assurer qu’un monde existe en dehors de tes mots. A chaque fois, le seul changement, c’est le point cardinal où se trouve cette grosse boule à la chaleur chétive qui teinte d’un jaune orange tes pages sublimes. Comme un tournesol, j’oriente mon esquif pour être face à elle, me repaître de sa lumière et, à tout moment de ce jour éternel, parce qu’elle est si basse à toucher la mer, j’ai l’impression d’être au petit matin et de me lever de bonne heure, bonheur de vivre encore, bonheur de te lire, malheur d’être seul.</p>



<p>Je ne compte plus les heures, les jours, les semaines, les mois. Je sais que, tôt ou tard, la nuit m’engloutira quand soudain le soleil passera sous l’horizon et me laissera dans le froid à attendre la mort. Je n’ai que tes mots pour supporter&nbsp;cet abandon funeste et ce sera empli de toi que j’oublierai tout.</p>



<p>Sous le ciel étoilé et l’Etoile Polaire exactement, la mer libre devenant à peine gelée par la folie de ceux dont je suis l’ultime avatar, je fixerai une dernière fois cette nuit de six mois et me dirai que, désormais, «&nbsp;je me suis couché de bonne heure&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/sous-letoile-exactement/">Sous l’Étoile exactement</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Noires et blanches</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Aug 2016 08:02:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Blanches]]></category>
		<category><![CDATA[Noires]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lotus et moi, nous sommes inséparables. Unies, donc plus fortes. C’est bien utile avec tout ce racisme. Personne ne nous</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/noires-et-blanches/">Noires et blanches</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Lotus et moi, nous sommes inséparables.</p>



<p>Unies, donc plus fortes. C’est bien utile avec tout ce racisme.</p>



<p>Personne ne nous supporte. Pas la même couleur, pas les mêmes mœurs. Pas à notre place d’émigrés. Pas respectueux des traditions locales. Trop envahissants, trop agressifs, trop dangereux. Malsains. Infréquentables.</p>



<p>S’ils pouvaient, ils nous reconduiraient avec plaisir jusqu’aux frontières. Ou au-delà. Ou organiseraient sans état d’âme notre éradication totale.</p>



<p>Aussi, nous restons entre nous. Ceux du voyage. Nous sommes fiers de nos origines, de nos coutumes et nos gars sont les plus beaux ! Il faut dire que le noir et blanc, ça a de l&rsquo;allure. Pas la livrée des larbins soumis, mais le camouflage des fiers combattants de la jungle de l&rsquo;Asie du Sud-est. Alors quand ces deux beaux gosses nous ont approchées hier soir, nous n&rsquo;avons pas pu résister&#8230;</p>



<p>Maintenant que la nuit d&rsquo;amour est derrière nous, que l&rsquo;avenir est en jeu, celui des nôtres, nous devons agir.</p>



<p>Nos victimes, c&rsquo;est en pleine journée, sous la lumière crue du soleil, que nous les traquons, alors que les locaux préfèrent attendre la nuit et faire la sieste le reste du temps. Ça les agace que nous, les asiatiques, nous travaillons nuit et jour. Concurrence déloyale paraît-il. Dumping social. Pour l&rsquo;instant profil bas, nous nous effaçons, mais quand nous serons plus nombreux&#8230;<br>Lotus en a repéré un. Le genre insouciant, bien portant, nourri aux céréales depuis l’enfance, un vrai yankee, gras comme on les aime. Béat au soleil, tongs, bermuda et marcel, une provocation. Pas l’air futé ni rapide.</p>



<p>Nous attaquons toutes les deux ensembles, mouvement en tenaille, il n&rsquo;a aucune chance d&rsquo;en réchapper, le pauvre, on va le massacrer !<br>PAF ! Pas si endormi que ça l&rsquo;animal, le vif mouvement de la main les a surprises à l&rsquo;apéritif.</p>



<p>« Eh ! Regarde j&rsquo;en ai eu deux d&rsquo;un coup de ces saletés de moustiques tigres ! ».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/noires-et-blanches/">Noires et blanches</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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