<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Noir - Bruno PERERA</title>
	<atom:link href="https://bruno-perera.fr/category/noir/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://bruno-perera.fr</link>
	<description>Textes</description>
	<lastBuildDate>Sun, 11 Jan 2026 10:12:40 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9</generator>

<image>
	<url>https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/cropped-Bruno-juillet-2024-32x32.jpg</url>
	<title>Noir - Bruno PERERA</title>
	<link>https://bruno-perera.fr</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Vermillon</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/vermillon/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=vermillon</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno PERERA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 20:42:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://bruno-perera.fr/?p=1298</guid>

					<description><![CDATA[<p>L&#8217;idée de cette nouvelle n&#8217;est pas de moi mais d&#8217;un covoitureur que j&#8217;ai pris en charge en 2012 dont je</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vermillon/">Vermillon</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&rsquo;idée de cette nouvelle n&rsquo;est pas de moi mais d&rsquo;un covoitureur que j&rsquo;ai pris en charge en 2012 dont je n&rsquo;ai ni le nom ni le prénom. Quelques phrases que j&rsquo;ai longtemps gardées en moi jusqu&rsquo;à me décider à l&rsquo;écrire. Si par hasard il se reconnaît, je mettrai avec plaisir ses références et, s&rsquo;il en a écrit une nouvelle, je l&rsquo;ajouterai à la rubrique « <a href="https://bruno-perera.fr/amies-amis/" target="_blank" rel="noopener" title="">Amies et amis</a>« .</em></p>



<p>Monsieur, je ne sais si vous êtes un flic ou un psy, ou les deux à la fois, mais je vous demande seulement de m’écouter sans m’interrompre jusqu’à la fin de mon histoire.</p>



<p>La suite ne m’importe plus.</p>



<p>Je suis un peintre raté, comme d’autres sont des écrivains ratés. Peut-être un manque de chance pour être reconnu, une incapacité à me vendre, plus sûrement un manque de talent, ce quelque chose qui exploserait dans la tête de celle ou celui qui regarderait une de mes «&nbsp;œuvres&nbsp;». Pourtant, comme tous les grands, j’ai ma propre obsession qui ne me lâche pas depuis des décennies, face à laquelle je ne fais aucune concession. C’est là que réside mon malheur&nbsp;: je veux créer la vie dans mes peintures. Pas une simple illusion&nbsp;: je voudrais que mes toiles soient aussi vivantes, sinon plus vivantes, que leur modèle.</p>



<p>À rebours de beaucoup, de la tendance amorcée depuis le XIXème siècle, dès mes études aux Beaux-Arts jusqu’à ce jour, je suis passé graduellement de l’art abstrait au figuratif. Non pas celui d’un Delacroix, d’un Ingres ou d’un Courbet, mais un syncrétisme entre le réalisme et la peinture au couteau, parce que j’étais convaincu que, de la justesse des traits et de la perspective, associée à la rudesse, l’épaisseur, la sculpture de la matière colorée, aurait dû naître non un objet, mais un sujet vivant. Dans ma folie, je voulais recréer le Golem, sans la glaise, mais avec la toile de coton et l’acrylique.</p>



<p>Mon atelier déborde de mes tentatives, de toutes tailles, couleurs et styles. Des dizaines de modèles se sont succédés, que j’ai inscrits sur mes toiles, sans jamais arriver à atteindre les premières vibrations de la vie.</p>



<p>Alors, elle est arrivée. Dans la maturité de ses trente ans. Plus que par ses formes parfaites, j’ai été subjugué par son regard, ses yeux vairs, bleu et vert, couleurs pastel tellement claires que je ne pouvais savoir si elle regardait le peintre qui tentait de la fixer en deux dimensions ou son âme ou ses démons. Mais, dès que je l’ai accueillie, j’ai su que ce serait de ses lèvres, d’un vermillon translucide, aux reflets changeants, animés, qu’émergerait enfin ce que je recherchais.</p>



<p>J’ai tenté pendant des mois de le retranscrire sur mes toiles, qui s’empilaient inachevées dès que je sentais que j’avais laissé filer le trait ou la couleur qui me mèneraient à mon but.</p>



<p>Nous sommes devenus amants. Aura du peintre «&nbsp;maudit&nbsp;», mais je sais aussi qu’elle avait envie d’expérimenter cette folie qui m’animait, d’absorber cette force de vie, cette force de mort, qui me donnaient consistance, éprouver autre chose que la détresse triviale de ses rencontres précédentes.</p>



<p>Puis elle s’est lassée. Après avoir cerné ma monomanie, elle a gratté jusqu’à l’homme ordinaire. Elle n’a plus cru en moi. A quoi bon ces séances éprouvantes, nue dans le froid de l’atelier, devant cet homme quelconque sous son vernis d’artiste, qui n’était pas capable, se serait jamais capable, de créer sur ses toiles ce double d’elle-même&nbsp;?</p>



<p>Et plus elle s’éloignait, plus je m’accrochais à elle, me sentant devenir dépendant, éprouvant un attachement que je n’avais jamais ressenti auparavant. Parce-qu’elle avait son mystère, son étrangeté, son indépendance, la violence de sa jeunesse. Parce qu’égoïstement je savais qu’avec elle j’attendrai le but de ma vie.</p>



<p>Elle a rompu, voulu arrêter les séances de pauses. Mon dernier tableau, le meilleur, était quasi achevé. Je l’ai supplié, je l’ai imploré, jusque ce qu’enfin, elle accepte <em>du bout des lèvres</em> de venir une dernière fois à l’atelier.</p>



<p>La pression était immense. Je devais trouver la bonne couleur. Je travaillais au couteau ma palette, mélangeant fébrilement les pigments que je plaquais sur la bouche sans jamais que la toile ne s’anime, raclant, puis recommençant pendant des heures. Elle me regardait faire, amusée, puis l’agacement est monté et enfin le dédain. Elle me cracha&nbsp;: «&nbsp;Tu me fais perdre mon temps, tu n’arriveras jamais à rien avec tes croûtes, ce que tu recherches est hors de portée d’un minable peintre raté.&nbsp;».</p>



<p>Elle avait raison. Son regard était devenu triomphant. Je n’avais jamais éprouvé un tel mépris. Justifié.</p>



<p>Je ne supportai pas que ma quête s’achève ainsi. Je lâchai la palette qui se retourna avec un bruit mat contre le sol, je lui plantai mon couteau à peindre à la base du cou, déchirai la carotide. Le sang gicla sur moi, tout autour d’elle. Elle s’effondra, la stupeur dans son regard que je ne lâchais pas. Agonisante, elle eut encore la force de regarder le tableau et, à voir son effarement, je me retournai brusquement. Le sang avait délicatement giclé sur les lèvres, seulement circonscrit à elles, leur donnant la teinte vermillon exacte que je recherchais en vain.</p>



<p>Et, au moment où, dans un dernier soupir, elle mourut, le tableau s’anima soudainement, devenant vivant.</p>



<p>Je le regardai fixement. C’était elle, ses yeux, ses lèvres. Encore plus vivante. Le Golem. Enfin&nbsp;!</p>



<p>Mais, très vite, le sang se coagula, vira au brun. La toile redevint quelconque.</p>



<p>Morte. À côté d’un cadavre.</p>



<p>Ma quête était insensée. J’ai détruit la Vie pour créer la Vie.</p>



<p>Et elle m’a échappé.</p>



<p>Monsieur, je suis non seulement un peintre raté mais un fou criminel qui n’a pas eu le courage de se suicider.</p>



<p>Faîtes de moi ce que bon vous semble.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vermillon/">Vermillon</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MR-73</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/mr-73/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=mr-73</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/mr-73/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Jan 2022 12:12:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://bruno-perera.fr/?p=817</guid>

					<description><![CDATA[<p>Illustrations par Martin Yzern&#160; En mémoire de Sourisha Nô, sorcière-warrior dont l&#8217;écriture m&#8217;a subjugué. Certains ont une trajectoire bien lisse,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/mr-73/">MR-73</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Illustrations par Martin Yzern&nbsp;</em></p>



<p><em><strong>En mémoire de <a href="https://short-edition.com/fr/auteur/sourisha" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Sourisha Nô</a>, sorcière-warrior dont l&rsquo;écriture m&rsquo;a subjugué.</strong></em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-836" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1024x683.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-300x200.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-768x512.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1536x1024.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-2048x1365.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>Certains ont une trajectoire bien lisse, bien droite. Moi je suis fait pour les lignes brisées.<br>Le billard, c&rsquo;est quand tu es né du bon côté, pas trop de questions à te poser, la pente est accueillante, suffit de te laisser aller, les portes sont ouvertes et les succès naturels. Moi, j&rsquo;ai toujours dû me battre. Souvent KO, mais, à chaque fois, je me suis relevé, parce que tu as la rage, parce que tu n&rsquo;as pas le choix, sinon tu dois ramper alors qu&rsquo;il ne te reste que l&rsquo;honneur.<br>Et tout recommencer, reconstruire une vie bancale qui, depuis ma naissance, n&rsquo;a jamais eu de fondations. Mais j&rsquo;avance, parce que je suis vivant, parce que derrière moi il n&rsquo;y a que des chaînes, parce que mon équilibre sur ces déchirures, c&rsquo;est mon instabilité.</p>



<p>Mais là, franchement, je ne me vois plus d&rsquo;avenir&#8230;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img decoding="async" width="1024" height="554" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1024x554.jpg" alt="" class="wp-image-834" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1024x554.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-300x162.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-768x415.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1536x831.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-2048x1108.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>J&rsquo;avais marché longtemps. Sans faire attention à ma direction. Pour me perdre. Le mental déconnecté comme un gros diesel assoupi. Je ne pensais pas. Trop peur d&rsquo;avoir mal ou d&rsquo;exploser de haine ou de violence. Arc réflexe, les jambes coordonnées, les mains dans le blouson, col relevé parce qu&rsquo;il gelait. Je me fixais sur la buée qui sortait de ma bouche. Presque personne sur les trottoirs, peu de voitures, soirée d&rsquo;hiver. Je ne sais pas combien de temps j&rsquo;ai dérivé mais, quand j&rsquo;ai repris conscience, je ne reconnaissais pas ce quartier, j&rsquo;avais froid et j&rsquo;avais soif. Pas faim, toujours cette grosse boule nouée dans le ventre. Un bar était encore ouvert. Je suis rentré.<br>À la baisse des conversations et aux regards rapides jetés vers moi, j&rsquo;ai bien compris que j&rsquo;étais un intrus chez des habitués. Ils n&rsquo;avaient rien à craindre, je n&rsquo;allais pas l&rsquo;ouvrir, juste me chauffer un peu et boire une ou deux bières avant de reprendre le dehors jusqu&rsquo;à ce que je m&rsquo;écroule quelque part.<br>Je visai le comptoir et le seul tabouret libre, juste à côté d&rsquo;une nana de dos, petit format en Perfecto, jean moulant sur une taille étroite. Regard rapide en m&rsquo;asseyant, beau profil et cheveux courts bien noirs. Devant une pression.<br>Je commandai la mienne et me détendis peu à peu. Anonymat. Les conversations avaient repris. Tout le monde se foutait de qui je pouvais être. Mignonne buvait mécaniquement, le regard fixe devant elle. J&rsquo;en faisais autant. Presque peinard. À la deuxième bière, je perçus comme une chaleur dans le ventre, comme le début d&rsquo;un relâchement. Surtout ne pas penser&#8230;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img decoding="async" width="1024" height="554" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1024x554.jpg" alt="" class="wp-image-835" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1024x554.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-300x162.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-768x415.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1536x831.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-2048x1108.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>La porte du bar s&rsquo;est ouverte et deux types sont rentrés. Le second s&rsquo;est tout de suite mis de côté, surveillant la salle. Le premier s&rsquo;est dirigé direct vers moi ou plutôt vers ma voisine qui n&rsquo;avait pas bougé mais dont je sentis nettement la tension. Les conversations s&rsquo;étaient à nouveau arrêtées mais ce n&rsquo;était pas de l&rsquo;hostilité comme pour moi. Plutôt un mélange de respect, de peur, de curiosité. Le mec qui s&rsquo;avançait, autoritaire, avait vraiment une sale gueule. Pas très grand, costard fatigué sur une chemise à col ouvert, regard bleu, visage qui avait dû être beau mais maintenant avachi, un peu de bide. Le genre petit chef qui ne souffrait d&rsquo;aucune contestation. Il a posé la main sur l&rsquo;épaule de Mignonne, l&rsquo;a forcée à se retourner et ordonné de le suivre. Comme elle refusait, je l&rsquo;ai vu lever la main pour lui coller une baffe.<br>Bon, je n&rsquo;aurais pas dû réagir. Rester le regard droit devant. Les laisser faire leurs petites affaires. S&rsquo;il fallait s&rsquo;occuper de tous les connards sur Terre, j&rsquo;aurais un tee-shirt bleu avec un « S » orange sur fond jaune. Sauf que frapper une femme, déjà ce n&rsquo;est pas possible, mais ce type avait la mine suffisante, bien assurée du mec qui ne doute de rien. Comme mon patron. Enfin&#8230; mon ex-patron depuis ce soir. Les deux conjugués, ça a explosé en moi. Sortie tout droit du ventre, la boule est devenue une pieuvre.<br>Je lui ai bloqué le bras. Il a eu l&rsquo;air suffoqué de ma réaction. Il m&rsquo;a craché&nbsp;: « Lâche-moi pauvre type, va moisir ailleurs, dégage ou je t&rsquo;explose ! » Il n&rsquo;a pas vu mon poing gauche. En pleine gueule. De toute ma puissance. Sûr que je lui ai cassé le nez. En même temps, je lui balançais un coup de genou dans le ventre. Et comme il se pliait en deux, je lui ai resservi un direct du gauche sur le menton. Plus eu qu&rsquo;à lâcher le bras, il s&rsquo;est effondré sur le sol dans un drôle de gargouillis. La pieuvre est sortie en même temps de mon ventre. Elle avait eu sa proie. Je me sentais soulagé.<br>Stupeur dans la salle. L&rsquo;autre arriva droit sur moi, main droite fébrile dans le veston. Mal barré pour bibi, ça sentait le flingue. J&rsquo;ai pris le tabouret en bouclier en espérant imbécilement qu&rsquo;il serait assez solide si l&rsquo;autre venait à tirer. Il avançait, sûr de sa supériorité, presque au ralenti. Puis il a sorti la main de sa veste. J&rsquo;ai levé le tabouret et attendu le coup de feu. Mais non, juste un bruit sourd et le type qui s&rsquo;effondrait par terre, à côté du boss, ils étaient touchant tous les deux, yeux fermés et du sang sur leurs fringues.<br>Mignonne, debout, me regardait avec à la main son demi ou plutôt ce qu&rsquo;il en restait, l&rsquo;anse, le reste devait s&rsquo;être incrusté dans le cuir chevelu du gorille bavassant à nos pieds.<br>Bon, pas eu à faire les présentations, nous avons couru vers la porte avant que les autres ne réagissent et nous bloquent la sortie. Regretté ma pression à moitié pleine sur le zinc.<br>Elle m&rsquo;a entraînée sur le trottoir, a rapidement tourné à droite, puis encore à droite, a sorti une clé télécommande et bippé un monstre garé qui a couiné en clignant des yeux. Jamais pu retenir les marques et les modèles de ces machins à quatre roues motrices mais, en me jetant à la place du mort, j&rsquo;ai senti l&rsquo;ambiance feutrée, le cuir frais, l&rsquo;odeur du plastique neuf. Pas celle de l&rsquo;honnête travailleur.<br>Mignonne a démarré à fond et le moteur a hurlé dans sa cage, ça s&rsquo;agitait à l&rsquo;angle de la rue.</p>



<p>Elle conduisait précis. Très vite. Concentrée. Silence dans l&rsquo;habitacle. Je regardais souvent derrière nous mais pas de trace de poursuivants. Nous sommes rapidement sortis du quartier, puis de la ville. La voiture filait à pleine vitesse. Elle m&rsquo;a demandé d&rsquo;éteindre mon portable et le sien. Sa voix était étonnamment grave, un vrai alto mais un peu éraillé. Sur la 4&nbsp;voies, elle a encore bondi. Au deuxième flash, je lui ai demandé si elle avait un permis à points infinis. Elle m&rsquo;a juste répondu que les points ne servaient à rien quand on était mort.<br>Elle a sorti un paquet de clopes, s&rsquo;est servie et m&rsquo;en a filé une. J&rsquo;avais arrêté depuis longtemps mais puisque c&rsquo;était la cigarette du condamné&#8230; La seule chose qui me gênait, c&rsquo;était le télescopage entre l&rsquo;odeur du tabac froid, celle du neuf du bolide et celle du sang frais. Mais je voyais bien que la revente n&rsquo;était pas vraiment le souci de Mignonne.<br>Quand je lui ai dit que si des mecs étaient capables de nous suivre avec nos portables, ils devaient être aussi capables de nous repérer avec les flashs des radars fixes, ça arrivait parfois les transfusions entre la police et des types comme nos suiveurs, elle m&rsquo;a regardé pour la première fois bien en face et m&rsquo;a dit que je n&rsquo;avais pas qu&rsquo;un poing et un genou gauche mais aussi un cerveau. Elle m&rsquo;a demandé de surveiller les radars, tout en jetant par la fenêtre le Coyote, le badge autoroute, nos deux portables, fallait aller jusqu&rsquo;au bout dans l&rsquo;anonymat.<br>Puis elle m&rsquo;a montré la boite à gants, m&rsquo;a fait sortir une grosse enveloppe et un objet dans un sac en toile. Au poids et à la forme, j&rsquo;ai tout de suite compris ce que c&rsquo;était. Pas pu réprimer un sifflement. Un MR-73 ! Un peu trop léger. Je lui ai juste dit qu&rsquo;il n&rsquo;était pas approvisionné. Là encore, elle m&rsquo;a regardé étonnée et m&rsquo;a montré un carton derrière l&rsquo;arme. Je n&rsquo;ai eu qu&rsquo;à la charger, la bête était en super état, prête à officier. Elle a bien vu que je savais m&rsquo;en servir. Je l&rsquo;ai sentie se détendre un peu tout en me surveillant du coin de l&rsquo;œil. Elle m&rsquo;a juste demandé si j&rsquo;étais flic. Eh non, ouvrier imprimeur. Enfin, j&rsquo;étais&#8230; Jusqu&rsquo;à hier soir avant que l&rsquo;autre taré ne me vire. Elle a continué en s&rsquo;inquiétant si quelqu&rsquo;un m&rsquo;attendait. Je lui ai juste répondu que non. Elle n&rsquo;avait pas besoin de savoir qu&rsquo;en rentrant de mon ex-boulot, j&rsquo;avais trouvé l&rsquo;appart vide des affaires de ma femme&#8230; Enfin, de mon ex-femme. Partie, envolée. Deux coups d&rsquo;enclume le même jour, pas étonnant que les lignes se brisent.</p>



<p>Les heures passaient dans le cockpit, nous filions toujours vers le sud, elle payait les péages en liquide tiré de l&rsquo;enveloppe. Personne ne nous suivait ou alors ils étaient balèzes côté discrétion. C&rsquo;était une taiseuse comme moi, le silence ne pesait pas, je la sentais en confiance. Moi aussi. Mais il a bien fallu que je lui dise que j&rsquo;avais envie de pisser, la demi-bière avait largement eu le temps de filtrer. Pour la première fois, elle m&rsquo;a souri et, à la lumière de tout ce fatras d&rsquo;écrans, de diodes et autres fadaises pour gogo, je l&rsquo;ai trouvé belle. Elle m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle en avait besoin aussi mais qu&rsquo;on allait sortir de l&rsquo;autoroute, valait mieux éviter les stations d&rsquo;essence et les aires. Je trouvai que l&rsquo;on faisait un bon binôme côté précautions.<br>Nous nous sommes enquillés à l&rsquo;ouest, sur les petites routes en direction de l&rsquo;océan. De plus en plus petites. Elle a stoppé quand nous nous sommes trouvés face à la mer. Du vent du large, de gros rouleaux, des nuages. Il a fallu que je me tourne vers les terres pour éviter mes embruns. Elle a laissé la portière ouverte, coupé la lumière centrale, tombé le jeans et, assise sur le seuil en alu, elle a regardé comme moi vers la campagne sans lumières.<br>C&rsquo;est idiot, mais j&rsquo;ai souri devant ce moment de communion improbable, à pisser avec une inconnue, à des centaines de kilomètres de chez moi, des types dangereux à notre recherche.<br>C&rsquo;est idiot, mais je me suis dit que la vie était belle parce que surprenante. Normalement je devrais être complètement cuit quelque part dans la ville ou dans mon lit à ressasser cette putain de journée. Cuit mais peinard.<br>Quand on est remonté dans la voiture, elle m&rsquo;a proposé une petite pause, une heure ou deux de sommeil. Ça me convenait, je me sentais brusquement fatigué. J&rsquo;ai incliné le fauteuil, tourné vers elle. Juste avant de m&rsquo;endormir, je me suis dit que je ne connaissais pas son prénom&#8230;</p>



<p>Elle m&rsquo;a réveillé en me secouant violemment l&rsquo;épaule. Elle avait le MR-73 à la main, cran de sécurité relevé. Elle ne me menaça pas mais me montra trois grosses berlines garées à cent mètres face à nous, toutes lumières éteintes dans la nuit claire. Elle m&rsquo;a dit que la voiture devait être équipée d&rsquo;un mouchard GPS, que maintenant ils étaient là, que ce serait un carnage et que cela ne me concernait pas. Puis, du mouvement de son arme, elle m&rsquo;a intimé de sortir, de ramper, caché par la voiture qui offrait son flanc gauche aux agresseurs, jusqu&rsquo;à la plage en contrebas. Et que si j&rsquo;étais malin, et chanceux, j&rsquo;avais une chance de m&rsquo;en tirer pendant qu&rsquo;elle s&rsquo;occuperait d&rsquo;eux.<br>Je n&rsquo;ai pas eu le choix. Elle m&rsquo;a suivie, s&rsquo;est protégée derrière l&rsquo;aile droite, m&rsquo;a effleurée les lèvres de ses lèvres, m&rsquo;a dit « merci » et « adieu », puis s&rsquo;est retournée et a visé les voitures. Le MR-73 a aboyé, suivi de peu par la riposte des Glocks de ceux d&rsquo;en face.<br>Je me suis enfui sous la fusillade, bientôt protégé par le trait de côte puis m&rsquo;engouffrant dans le petit bois à gauche de la plage. J&rsquo;ai couru jusqu&rsquo;à ce que les armes se taisent puis je me suis terré sous un rocher protégé par un buisson. Ils ne m&rsquo;ont pas recherché mais j&rsquo;ai attendu bien longtemps après avoir entendu les voitures repartir. Je ne suis pas retourné jusqu&rsquo;au parking, j&rsquo;ai marché jusqu&rsquo;aux lumières d&rsquo;un hameau&#8230;</p>



<p>Mignonne devait gésir dans son sang, les yeux ouverts à côté de la voiture criblée de balles, revente impossible.</p>



<p>Putain de journée. Lignes brisées.</p>



<p>J&rsquo;aurais voulu connaître son prénom.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/mr-73/">MR-73</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/mr-73/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chouchen</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/chouchen/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=chouchen</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/chouchen/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Nov 2018 20:41:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://bruno-perera.fr/?p=957</guid>

					<description><![CDATA[<p>Jamais plus le chouchen&#160;! Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette te crame un œil à chaque verre, le chouchen</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/chouchen/">Chouchen</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jamais plus le chouchen&nbsp;!</p>



<p>Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette te crame un œil à chaque verre, le chouchen du Gwenaël te détruit les neurones à chaque lampée. Le hic, c’est que du bon chouchen, c’est aussi rare qu’un oranger sur le sol morbihannais. Surtout que Gwenaël, en bon parisien qui s’invente des racines, a voulu faire du traditionnel, miel dilué dans le tonneau mais aussi rayons de cire et quelques abeilles noires d’Ouessant bien agressives. Leur venin te pète la tête. Bon, certains diront que la quantité influe légèrement et que chouchen ou piquette, un litre ou deux, ça fait forcément des dégâts…</p>



<p><a></a> J’étais dans un état d’ébriété avancé avec de curieuses distorsions de l’espace et des flashes de lumière à chaque bruit, un peu LSD pour ceux qui ont connu, mais tout ça c’est fini, je ne consomme plus que du naturel et du bio.</p>



<p>Je ne sais plus comment je me suis retrouvé sur la plage en pleine nuit, je me rappelle que je voulais suivre une étoile en mode Roi Mage et que j’ai sauté dans l’annexe. Pas souvenir d’avoir ramé, juste porté par le jusant, ça filait vite entre les îles, mais j’ai eu peur à un moment de sortir du Golfe, probablement la descente, ces drogues dures, c’est terrible. À la hauteur de la masse sombre d’une île, j’ai pagayé comme un fou et je me suis retrouvé contre une cale. La nuit était subitement noire, de gros nuages roulaient, j’allais me prendre une belle drache. J’ai alors réalisé que j’avais accosté sur Gavrinis. L’orage a crevé, j’ai couru m’abriter jusqu’au cairn et je suis entré dans le couloir tout gravé. À la lumière de mon portable, les stries se croisaient et s’entrecroisaient. Pfff, j’en avais vraiment une bonne&nbsp;! Je me suis enfoncé jusqu’à la chambre et je me suis assis, grosse fatigue.</p>



<p>Une voix très grave m’a alors dérangé dans mon départ de sommeil. J’ai rouvert les yeux, elle venait d’une silhouette blanchâtre, genre spectre, bravo le chouchen&nbsp;! La chose m’a raconté qu’elle était l’Ankou et qu’elle venait me chercher.</p>



<p>Moi, ces biniouseries, korrigans et autres légendes, ça me sort par les yeux. Pas cool Gwenaël d’avoir rajouté des feuilles de contes bretons dans le tonneau&nbsp;! Je me suis adressé au spectre, j’ai hésité pour le musical «&nbsp;Ankoulélé&nbsp;» mais, vu son sérieux, avec un de ces subtils jeux de mots dont le chouchen a le secret, j’ai simplifié et dit&nbsp;: «&nbsp;Espèce d’Ankou laid&nbsp;!&nbsp;» J’ai hurlé de rire pendant que le fantôme s’arrêtait, interloqué. Bon, c’était vraiment sexiste, injurieux même vis-à-vis des spectres gays. Là, j’ai encore explosé à voir la mine sinistre du truc en face. Le spectre est devenu noir de colère, ce qui l’a fait disparaître, mais sa voix est restée présente, couvrant les claquements des éclairs&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Je te maudis,</p>



<p>Je ne prends pas ta vie,</p>



<p>Tu revivras éternellement cette nuit.&nbsp;»</p>



<p>Je n’ai pas eu le temps d’apprécier les rimes, je me suis endormi direct…</p>



<p>Jamais plus le chouchen&nbsp;!</p>



<p>Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette…</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/chouchen/">Chouchen</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/chouchen/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Diamants noirs</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/diamants-noirs/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=diamants-noirs</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/diamants-noirs/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2015 09:14:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
		<category><![CDATA[2005]]></category>
		<category><![CDATA[Diamants noirs]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://brunoperera.apps-1and1.net/?p=27</guid>

					<description><![CDATA[<p>Je ne les avais pas vus arriver tout affairé que j’étais derrière mon écran à tenter de paramétrer ce logiciel</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/diamants-noirs/">Diamants noirs</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne les avais pas vus arriver tout affairé que j’étais derrière mon écran à tenter de paramétrer ce logiciel récalcitrant. Michel m’avait laissé seul à l’agence le temps de quelques courses et je devais faire office d’hôtesse d’accueil provisoire.</p>



<p>Ils se tenaient tous les deux sur le seuil, encore baignés par le soleil de ce mois de juillet, été froid au ciel effiloché de nuages d’altitude, vent du nord-est imposant sa fraîcheur. Hésitants à entrer dans cette antre sombre, à la moquette décatie, peintures racornies, boisages écaillés. Quelques affiches en vitrine, passées par le soleil et tout un pan de mur couvert de photos montrant le maître des lieux, plus jeune, barbu, en costume traditionnel, pen soner entouré de ses pairs du bagad.</p>



<p>Le visiteur paraissait solide, les muscles saillants sous le pull et le pantalon. Le teint hâlé de celui qui mène son canote aux casiers. La trentaine. Les yeux clairs, le regard confiant plongeant directement dans le mien. Serein, en paix avec le monde qui l’entourait, sans m’imposer son mal-vivre, quotidien des clients ordinaires. Une présence étrange, presque anormale, duale, à la fois ici, devant moi, et ailleurs, très loin, dans des lieux improbables. Et, l’enveloppant telle une aura, quelque chose de tragique, comme si cet homme portait sur son front la marque d’un destin dramatique.</p>



<p>Il tenait par la main un garçon d’environ cinq ans. Déjà costaud. Ils étaient silencieux, attendant calmement que je les remarque. L’enfant levait parfois les yeux vers son père, nullement impatient, le regard empreint d’adoration.</p>



<p>Je les invitai à entrer. Ils restèrent debout, face à la banque derrière laquelle je m’escrimais. Ils patientèrent ainsi jusqu’à l’arrivée de Michel, sans s’échanger une seule parole, le père tenant toujours le fils par la main, l’encourageant d’un sourire.</p>



<p>Sans le vouloir vraiment, j’écoutais la conversation des deux hommes pendant que l’enfant caressait les voitures miniatures de la collection personnelle du patron. Au débit haché de ce dernier s’opposait celui, posé, lent, du visiteur. Je compris que l’homme, bien que du même village que Michel, ne travaillait pas en France. Difficile de se concentrer. Quand ils abordèrent la plongée sous-marine, je ne pus résister&nbsp;: «&nbsp;Vous êtes plongeur professionnel&nbsp;?&nbsp;». Il me regarda, me sourit, puis commença&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ça a toujours été mon métier. Avant je plongeais en Sicile et en Tunisie pour ramasser du corail rouge. Je le vendais aux Italiens pour en faire des bijoux.</li>



<li>Profond le corail&nbsp;?</li>



<li>Entre 100 et 150 mètres. Un peu dangereux mais juteux. J’ai failli racheter un magasin de bijoux en Sicile pour ma femme mais elle n’a pas voulu rester là-bas. Elle avait le mal du pays. Moi, je regrette parce qu’il y faisait chaud.</li>



<li>Pourquoi&nbsp;? Vous plongez maintenant en Mer du Nord, pour les plates-formes pétrolières&nbsp;?</li>



<li>Non, encore plus froid.</li>
</ul>



<p>Il semblait hésiter à en dire plus. Quelques moments de silence où nous le regardions. Puis un sourire, un haussement d’épaule et&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Après tout, je ne sais même pas où c’est…Je ne vois pas à quel secret je peux être tenu…</li>
</ul>



<p>Il reprit&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Vers le Pôle Nord, en territoire russe. On passe par Moscou, puis un avion nous amène à Khatanga, une ancienne base militaire. Là on nous monte à bord d’un hélicoptère russe, un MI 8, pour une destination inconnue, un bateau brise-glace au large d’une île.</li>



<li>Vous travaillez pour les Russes&nbsp;?</li>



<li>Non, c’est une société Sud-Africaine. Ils ont des accords avec les républiques de Sibérie.</li>



<li>Vous plongez pour quoi&nbsp;?</li>



<li>Imaginez une falaise immergée au large de l’île, un tombant s’enfonçant à 300 mètres de profondeur. Une montagne sous-marine dont sort à flanc un fleuve de glace fossile sur un front de plus de 100 mètres de hauteur. Une glace translucide, tellement ancienne et dense que rien ne peut l’attaquer. Vieille de plusieurs millions d’années.</li>



<li>Et qu’est-ce que vous en faîtes&nbsp;?</li>



<li>On attaque la paroi de glace avec des lances d’eau chaude. Au pied de la paroi sont placés des filets pour récupérer ce que l’on extrait de la glace fondue.</li>



<li>C’est quoi&nbsp;?</li>



<li>Des diamants. Sans leur gangue. Purs. D’une valeur exceptionnelle. Tellement transparents qu’on ne les voit pas quand on fond la glace…On démarre au pied, au niveau des filets, à 300 mètres de profondeur puis on remonte sur 100 mètres pendant 15 jours pour avoir un front d’attaque homogène. On travaille par équipe de quatre, huit heures sur vingt-quatre.</li>



<li>Vous avez ramassé les diamants&nbsp;?</li>



<li>On n’a pas le droit d’aller aux filets. C’est une équipe spéciale qui les collecte. On est même fouillé quand on remonte du fond.</li>



<li>Et après, quand vous arrivez en haut des 100 m de front ?</li>



<li>On se met en décompression pendant 15 jours et ensuite on a un mois de congés où on peut rentrer en France comme en ce moment. On vit dans une station immergée avec cuisine et bloc opératoire. Le cuistot est français et fait le pain tous les jours. On a un médecin pour les urgences. La station remonte le front d’attaque en même temps que nous. Quand nous sommes en haut à – 200 mètres, c’est le moment de décompresser.</li>



<li>Dangereux&nbsp;?</li>



<li>Forcément. La sanction immédiate de toute erreur, c’est la mort. Il faut être pro, très calme, ne jamais s’affoler, savoir s’arrêter, ne pas perdre les pédales. On ne sait jamais à l’avance si on garde ses facultés mentales à cette profondeur. On peut ou on ne peut pas. J’ai plongé avec des types qui semblaient tout à fait normaux, mais qui étaient incapables de compter jusqu’à 10 au fond.</li>



<li>Ils ont eu des accidents&nbsp;?</li>



<li>Avant, les Sud-Africains recrutaient des Philippins. Pas chers payés. Mais sur une équipe de douze, onze sont morts. Maintenant ils préfèrent des plongeurs professionnels, essentiellement des Français. Il paraît qu’on est doué pour ça, comme les indiens d’Amérique qui n’ont pas le vertige pour nettoyer les verres des gratte-ciels.</li>



<li>Vous devez avoir un bon salaire&nbsp;!</li>



<li>45&nbsp;000 € pas mois. Les diamants ça paye…</li>



<li>C’est incroyable&nbsp;! J’ai peine à vous croire&nbsp;! Vous allez faire ça longtemps&nbsp;?</li>
</ul>



<p>L’homme resta silencieux. Je le sentais traversé par un conflit. Toujours hésitant. Puis, absolument sincère&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>J’ai la plongée dans le sang. Ce n’est qu’au fond que je respire, même si c’est de l’hydréliox<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Dès que je suis à l’air libre, je n’ai qu’une envie, redescendre au fond. Mais c’est un plaisir solitaire et dangereux. J’ai une femme et un enfant. Extraire les diamants, c’est trop risqué. Faut pas tenter le diable. Je vais faire ça pendant encore un an ou deux puis je décroche. Je construis ma maison, je passe mon brevet pour devenir pêcheur professionnel et après je serais peinard.</li>



<li>Vous plongerez toujours…</li>
</ul>



<p>Il sourit, regarda son fils, lui toucha la tête&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Oui, mais pour le plaisir, à 20 mètres, avec lui. Il plonge depuis qu’il est né. Chez nous, on fait ça de père en fils…</li>
</ul>



<p>J’aurais bien continué mais Michel s’impatientait. Bon client&nbsp;: des contrats à discuter…Je passais le reste de la journée face à cette paroi de glace, à manier la lance d’eau chaude. Le silence, le noir total. Derrière moi, perçant la nuit de ses hublots enluminés, la station suspendue à ses câbles. Des projecteurs violents illuminant la falaise gelée, verre translucide cachant ses diamants. Les poissons étranges se précipitant, tels des lucioles, vers ces phares. Sous moi, tout en bas, à peine encore dans la lumière, les filets de tous les trésors. Et au-dessus, ce front de glace en surplomb, s’échappant vertigineusement vers la surface invisible. Nous sommes quatre, côte à côte, rythmés par nos bulles s’échappant à intervalles réguliers, chacun avec son outil, seul matière tiède dans cet environnement gelé, luttant contre le froid sous nos combinaisons sèches, palmant sans interruption pour contrecarrer la puissance du jet, nous regardant à intervalle régulier pour déceler le moindre signe de narcose, gestes saccadés, mouvements incohérents. Puis la pause, les repas dans la pièce centrale, le repos allongé à lire dans cette cellule métallique et un sommeil sans rêves…</p>



<p>Pendant plusieurs mois, j’ai souvent été là-bas, au plus profond de mes nuits insomniaques ou au cours de ces instants blancs où la répétition engendre la rêverie. Puis j’ai oublié&#8230;</p>



<p>Michel m’a appelé ce matin. La voix triste. Il n’a pas eu beaucoup de peine à me remémorer cet homme des grands fonds. Il venait d’apprendre la nouvelle par sa femme. Un accident. En voulant sauver un de ses compagnons pris de folie, il avait été entraîné vers le bas, emmêlé à lui. Les autres plongeurs n’avaient pu les remonter sans risque. A cette profondeur, on pense d’abord à soi, la survie rend égoïste.</p>



<p>On les avait retrouvés, plusieurs heures plus tard, toujours liés, retenus par les filets.</p>



<p>Morts.</p>



<p>Au milieu des diamants…</p>



<p><em><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><strong>[1]</strong></a> Mélange gazeux triple, oxygène, hydrogène et hélium . Les proportions relatives de ces gaz sont soigneusement dosées en fonction de la profondeur atteinte par le plongeur.</em></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/diamants-noirs/">Diamants noirs</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/diamants-noirs/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
