<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Etrange - Bruno PERERA</title>
	<atom:link href="https://bruno-perera.fr/category/etrange/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://bruno-perera.fr</link>
	<description>Textes</description>
	<lastBuildDate>Sun, 25 Jan 2026 11:07:24 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9</generator>

<image>
	<url>https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2024/08/cropped-Bruno-juillet-2024-32x32.jpg</url>
	<title>Etrange - Bruno PERERA</title>
	<link>https://bruno-perera.fr</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Astronaute</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/astronaute/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=astronaute</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/astronaute/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice JAULIN]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Jan 2026 10:17:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amies & amis]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://bruno-perera.fr/?p=1312</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nouvelle de Fabrice Jaulin, co-auteur du roman collectif « Jusqu&#8217;au bout ». Astronaute De deux choses, lune…1 16 juillet 1969, 13h17 UTC,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/astronaute/">Astronaute</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nouvelle de Fabrice Jaulin, co-auteur du roman collectif <a href="https://bruno-perera.fr/jusquau-bout-cadavres-exquis-steppenwolfe/" target="_blank" rel="noopener" title="">« Jusqu&rsquo;au bout »</a>.</em></p>



<p><strong>Astronaute</strong></p>



<p><em>De deux choses, lune…</em><sup><em>1</em></sup></p>



<p><em><strong>16 juillet 1969, 13h17 UTC, Cap Kennedy, Floride, Apollo 11&nbsp;: décollage</strong></em></p>



<p>H moins 15 minutes. Se remémorant son parcours depuis les V2 conçus à Peenemünde en 1944, Von Braun sourit. Cette fois on y est, il va offrir la Lune à l’Amérique. Il est confiant, dix missions ont précédé ce lancement. La fusée est prête, tout comme le sont les équipes au sol. Les trois astronautes Neil Armstrong, Edwin Aldrin et Michael Collins sont les meilleurs. Neil a toujours fait preuve d’une maîtrise hors du commun, particulièrement dans les situations d’urgence. Aldrin et lui se poseront sur la lune avec le module lunaire (LEM) <em>Eagle</em> tandis que Collins restera en orbite à bord du module de commande <em>Columbia</em> &#8211; référence au canon qui propulsa les héros de Jules Verne de la Terre à la Lune &#8211; pour les récupérer et ramener l’équipage sur Terre.</p>



<p>Les services de renseignements ont bien évoqué une ultime provocation soviétique avec le lancement d’une fusée géante N-1 quelques heures plus tôt mais rien d’alarmant à ce stade. Même s’ils ont été les premiers à envoyer des humains dans l’espace, ils ont systématiquement préféré pour la Lune les modules automatiques. Son concurrent Korolev a fait alunir deux <em>Lunokhod</em>, sortes de marmites télécommandées munies de huit roues, juste aptes à prendre quelques photos et effectuer des analyses de roches. Une question contrarie cependant Von Braun&nbsp;: pourquoi une fusée N-1 quand une bonne vieille R-7 Semiorka aurait fait le job&nbsp;? Peut-être la marmite s’est-elle transformée en un énorme chaudron ! (Il rit intérieurement).</p>



<p>H moins 5 minutes. Au centre de contrôle de Houston, le directeur de vol Gene Kranz vérifie les ultimes «&nbsp;go &#8211; no go&nbsp;» avec les ingénieurs&nbsp;: propulseurs, trajectoire, guidage, contrôle altitude, systèmes électriques et communication, télémétrie, manœuvre de retour, communication équipage, chirurgien, communication publique, météo, récupération.</p>



<p>Rassuré, il informe l’équipage d’Apollo&nbsp;: «&nbsp;11 on est go pour le décollage. La Lune est à vous les gars&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>H moins 15 secondes&nbsp;: guidage interne ok.</p>



<p>0 seconde, 13h32 UTC, devant un million de spectateurs et les télés du monde entier, les cinq moteurs géants F1 s’allument, avalant chacun trois tonnes de carburant par seconde et arrachant les trois mille tonnes de la gigantesque Saturn 5 de son pas de tir. Cent mètres plus haut, les astronautes sont littéralement aplatis.</p>



<p>H plus 13 secondes, la fusée pivote et prend son azimut de vol. Tout est nominal.</p>



<p>H plus 2 minutes 42 secondes : fin de la propulsion du premier étage, allumage du second étage. La poussée stoppe 9 minutes et 8 secondes plus tard, jusqu’à la séparation et l’allumage du troisième étage.</p>



<p>12 minutes après le décollage, Apollo 11 est placé en orbite terrestre à 25&nbsp;000 km/h. 2h30 et une série de vérifications plus tard, l’équipage rallume le moteur du troisième étage pendant 6 minutes et entame sa manœuvre d’injection trans-lunaire. Collins déclenche la séparation du vaisseau <em>Columbia</em> du reste du train spatial, pivote de cent quatre-vingts degrés, arrime le LEM <em>Eagle</em> puis retourne l‘ensemble une nouvelle fois pour reprendre sa trajectoire. Prochaine étape, après trois jours et 400&nbsp;000 km parcourus : l’orbite lunaire.</p>



<p><em><strong>5 heures plus tôt, Baïkonour, Kazakhstan, Luna 6&nbsp;: décollage</strong></em></p>



<p>H moins 4 heures. Leandrov est sombre. Celui qui a succédé à Korolev, après sa mort en 1966, est tendu devant le pas de tir sur lequel la fusée N-1.6 est érigée.</p>



<p>Les quatre premiers lancements se sont soldés par des échecs, le cinquième par un semi-échec. Les étages ont bien fonctionné et la propulsion des moteurs NK s’est avérée fiable. En revanche le module lunaire LK &#8211; rebaptisé <em>Laïka</em> en hommage à la chienne satellisée en 1957 &#8211; testé avec la N-1.5 s’est crashé sur la Lune dans la <em>Mer des Pluies</em>. Un nom prédestiné au regard des nuées de remontrances encaissées par l’ingénieur suite à cet échec. Heureusement que le passager n’était qu’un mannequin en silicone. Envoyer deux astronautes vers la Lune dans ce sixième modèle est une aberration assumée par le Kremlin. Un nouveau plan a été élaboré pour coiffer les Américains sur la ligne d’arrivée. Mieux, le Comité central a décidé de faire débarquer une femme sur la Lune, marquant définitivement la modernité de l’URSS face à l’Occident. Pour illustrer les idées généreuses et fertiles du collectivisme, la <em>Mer de la Fécondité</em> s’est imposée comme site d’alunissage. Cosmonaute expérimenté, Alexeï Leonov a fait l’unanimité. Pour sa coéquipière, plusieurs volontaires ont été mises à l’épreuve par les responsables de la Cité des étoiles, dont Valentina Tcherekova, première cosmonaute mise en orbite en 1963. Leandrov a tout fait pour dissuader l’ingénieure physicienne Elena Dreanova, nièce de Korolev, de candidater à cette folie. L’Ukrainienne s’est évidement montrée intraitable. Elle a résisté à la centrifugeuse, maîtrisé les sorties extravéhiculaires simulées et géré les pannes virtuelles. Mieux, bien que cette manœuvre reviendra à Leonov, elle a obtenu 100% de réussite au simulateur de rendez-vous entre le vaisseau <em>Soyouz</em>, qui restera en orbite lunaire et <em>Laïka</em>, le module d’alunissage. Une parfaite condition physique, un mental sans faille, sa parenté avec Korolev et le sourire de la jolie brune ont dissipé les réticences résiduelles du comité &#8211; masculin &#8211; de sélection.</p>



<p>H moins 3 heures. Elena et Alexeï savourent leur repas avant de se rendre sur le pas de tir. Au moment de monter dans le bus de transfert, Leonov demande à son équipière de détourner le regard, abaisse la fermeture éclair basse de sa combinaison et urine sur le pneu arrière droit. Un rituel obligé depuis qu’en 1961, Gagarine, pris d’un besoin urgent avant son périple orbital, s’était soulagé sur cette même roue. Elena respecte à sa manière la tradition en déversant le contenu d’un flacon médical rempli préalablement.</p>



<p>H moins 1 heure, la bénédiction du prêtre orthodoxe terminée, Alexeï et Elena sont installés et sanglés à bord de la fusée N-1.6&nbsp;<em>Herkules</em> puis l’équipe au sol verrouille les écoutilles. Le compte à rebours s&rsquo;automatise 3 minutes avant le lancement.</p>



<p>0 seconde. Contredisant l’humeur de Leandrov, tous les voyants sont au vert et, ce 16 juillet 1969 à 8h30 UTC, les trente moteurs du premier étage de la fusée géante propulsent la mission lunaire soviétique vers ce qui pourrait être le plus gros holdup de l’histoire spatiale.</p>



<p>À chaque extinction et allumage successif des moteurs des cinq étages d’<em>Herkules</em>, la tête des astronautes effectue un mouvement de va-et-vient extrêmement violent, le tout dans un vacarme assourdissant et des vibrations de fin du monde. Les astronautes ne sont que des «&nbsp;pantins inadaptés&nbsp;» à de telles conditions, pense Elena. Vivement l’apesanteur et son flottement libérateur.</p>



<p>15 minutes d’enfer plus tard, la mise en orbite est confirmée. Tout est nominal à bord, Elena et Alexeï remontent leur visière et se serrent la main. Tout comme le feront les Américains quelques heures plus tard, la poussée vers la Lune est impulsée, avant que <em>Laïka</em> soit arrimé à <em>Soyouz</em> pour leur voyage couplé de 400&nbsp;000 km. Ces assemblage de modules s’apparentent à la construction de gros Lego, à la seule différence qu’ils s’exécutent à des milliers de km/h&nbsp;!</p>



<p><em><strong>19 juillet 1969, Apollo 11&nbsp;: en route vers la Lune</strong></em></p>



<p>Après trois jours de transit, la Lune envahit les hublots de <em>Columbia</em>. Sa rotation apparente est une illusion. Le module de commande et le LEM <em>Eagle</em> qui lui est arrimé tournent lentement sur eux-mêmes pour réguler la température extérieure. Ces journées de navigation spatiale ont été mises à profit pour vérifier les équipements, s’amuser de l’apesanteur, réaliser des interviews et rassurer les familles. Sur Terre, Janet Armstrong, Joan Aldrin et Pat Collins se montrent nécessairement confiantes lors des interviews orchestrées par le service communication de la NASA.</p>



<p>J moins 1 avant alunissage&nbsp;: Collins actionne le moteur de <em>Columbia</em> pour se placer en orbite lunaire. Les révolutions à venir vont permettre de préparer le transfert d’Armstrong et Aldrin dans <em>Eagle</em> et peaufiner avec les équipes au sol leur descente vers la <em>Mer de la Tranquillité</em>. Les astronautes sont subjugués par les levers de Terre, semblables à ceux photographiés en 1968 par Apollo 8&nbsp;: perdue au milieu de l’immensité cosmique, la beauté de notre planète s’était révélée dans sa fragilité et sa finitude, inspirant même les premiers mouvements écologistes.</p>



<p>Entamant la check-list des procédures, l’œil de Collins est attiré par un point lumineux furtif qui vient de disparaître derrière la face cachée de la Lune&nbsp;: «&nbsp;Houston, pourrait-il y avoir un autre objet en orbite lunaire en ce moment&nbsp;?&nbsp;». Gene Kranz est contrarié : « A priori non Mike, même si les Soviets ont sans doute lancé une N-1 quelques heures avant nous. On se renseigne. Vous restez focus sur la mission&nbsp;». Von Braun grimace en accueillant cette information. Son triomphe ne peut s’embarrasser d’une éventuelle diversion en provenance de Baïkonour.</p>



<p><em><strong>5 heures plus tôt, Luna 6&nbsp;: en route vers la Lune</strong></em></p>



<p>Les trois journées de transit se sont déroulées au mieux. Seules deux pannes au registre&nbsp;: une poussée trans-lunaire faiblarde qui a contraint le rallumage pour quelques secondes du moteur du <em>Soyouz</em>, sans alerte sur la réserve de carburant. Plus inquiétant, une unité de recyclage du gaz carbonique a lâché mais deux autres restent parfaitement opérationnelles. Au pire, celle du module <em>Laïka</em> pourrait être rapatriée vers le <em>Soyouz</em>. La mission n’est donc pas compromise et, contre toute attente, Leandrov semble confiant. Elena reste tendue alors que rien ne semble pouvoir entamer l’optimisme de son coéquipier : «&nbsp;On va se faire les capitalistes.&nbsp;». Leonov n’est pas réputé pour sa subtilité mais il est fiable et joyeux. Il ne semble pas montrer de jalousie à l’égard de la jeune femme, Brejnev l’ayant assuré que si la mission réussissait, il serait le prochain sur la Lune.</p>



<p>Elena a mal au ventre. Le stress sans aucun doute, tout comme le dentifrice à avaler totalement indigeste et ce lavage intestinal d’avant décollage qui se fait encore ressentir. Uriner et déféquer dans l’espace sont des contraintes majeures et les médecins spatiaux ont mis en place ce protocole de vidange anticipée pour ralentir le transit, tout en l’associant à une nourriture lyophilisée protéinée qui réduit les quantités d’excréments produits. «&nbsp;Pantins inadaptés&nbsp;» se répète intérieurement Elena. Alexeï dispose d’un petit cathéter pour uriner. L’éjection dans l’espace sous la forme de petits cristaux stimule systématiquement son imagination&nbsp;quand il la décrit depuis le hublot : «&nbsp;admire cette nouvelle constellation de <em>leonovites</em>, c’est magnifique&nbsp;!&nbsp;». Même tendue, Elena ne se force pas pour rire franchement. Pour elle pas de constellation, elle se contentera du même système que pour la grosse commission&nbsp;: des sachets installés au fond de sa combinaison qui, une fois remplis, sont déposés dans un sac poubelle et analysés au retour sur Terre&nbsp;! Grandeurs et vicissitudes de la conquête spatiale&nbsp;! Son oncle Korolev avait raison de préférer les sondes télécommandées.</p>



<p><em><strong>20 juillet&nbsp;1969, Apollo 11&nbsp;: alunissage</strong></em></p>



<p>«&nbsp;11, le Pentagone confirme l’envoi d’une N-1 cinq heures plus tôt. Mike, le point lumineux que tu as aperçu est probablement la capsule de dépose d’une&nbsp;<em>marmite Lunokhod</em> version XXL. Risque zéro de collision, ils sont sur une orbite différente et leur vitesse doit être assez proche de la nôtre. C’est comme un jeu orbital du chat et de la souris. Quand on est face apparente, leur capsule est face cachée et vice et versa. Nixon a fait part de son agacement à Brejnev, qui lui a répondu qu’il n’avait pas besoin de l’autorisation de l’oncle Sam pour lancer une sonde spatiale, tout en souhaitant bonne chance à Apollo 11. On poursuit la mission comme prévu. Prochaine escale&nbsp;: <em>Mer de la Tranquillité</em>&nbsp;». Les trois astronautes ne sont pas dupes, l’état d’esprit de Kranz semble aux antipodes du nom du site d’alunissage choisi.</p>



<p>A la treizième révolution, Armstrong et Aldrin pénètrent dans le module lunaire. <em>Eagle</em> se sépare de <em>Columbia</em> et entame sa descente. «&nbsp;L&rsquo;aigle a des ailes&nbsp;!» s’exclame Armstrong, les commandes réagissant parfaitement. Une série de manœuvres plus tard, la surface de la Lune apparaît clairement dans le hublot. 1800 mètres, Armstrong fait pivoter le vaisseau pour un bon alignement… avant qu’une alarme ne retentisse&nbsp;! L’ordinateur de bord sature. Au bout d’interminables minutes d’analyse, Houston préconise à Armstrong d’ignorer l’alarme et de poursuivre. <em>Eagle</em> s’approche de sa cible et Aldrin déclenche la caméra de descente afin que le monde entier assiste à l’exploit. La surface se rapproche quand, stupéfaits, les deux astronautes repèrent au sol un petit cône de couleur or, partie supérieure d’un module déjà aluni, n’ayant pas vraiment l’apparence d’une «&nbsp;marmite&nbsp;».</p>



<p>«&nbsp;Houston, on a un problème&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Von Braun enrage, il est inenvisageable qu’un coucou soviétique ait pu piller le nid de l’aigle américain&nbsp;! Après l’injonction du centre de contrôle de tenter un autre site, <em>Eagle</em> navigue à vue sur 7 km avant qu’Armstrong n’identifie une zone d’alunissage valable. A quelques centimètres du sol, la poussière lunaire se soulève et la sonde de contact émet un bip informant le pilote de couper le moteur. Il est 20h17 UTC, il reste une minute de carburant&nbsp;! «&nbsp;Houston, ici <em>Mer de la Tranquillité</em>, L’aigle s’est posé&nbsp;». Sous les yeux du monde entier, explosion de joie dans le centre de contrôle.</p>



<p>Von Braun exulte… avant que les images télés basculent subitement d’ABC à TSTSSSR&nbsp;!</p>



<p><em><strong>5 heures plus tôt, Luna 6&nbsp;: alunissage</strong></em></p>



<p>« Prête à entrer dans l’histoire <em>Séléna</em> ?&nbsp;». Une fois n’est pas coutume, la jeune femme apprécie ce trait d’esprit de son équipier faisant référence à la déesse grecque de la Lune. Alexeï vérifie que la combinaison lunaire d’Elena est opérationnelle. Une légère fuite d’oxygène est détectée. «&nbsp;Tout allait trop bien&nbsp;» soupire Leandrov. Le transfert vers le module de descente <em>Laïka</em> est plus rustique que chez les concurrents américains&nbsp;: ici pas de sas de liaison, Elena passera par l’extérieur, munie de sa combinaison de sortie extravéhiculaire qu’elle conservera sur la Lune. Elle a scratché dessus un insigne qu’elle a elle-même dessiné : une colombe bleue volant dans un ciel étoilé. Les autorités ont validé ce symbole de la paix, loin d’interpréter que les couleurs étaient celles de l’Ukraine, en hommage à son oncle Korolev.</p>



<p>Quatre heures et demi sont nécessaires aux ingénieurs au sol pour résoudre le problème de la fuite d’oxygène. La mission reprend, les cabines des deux vaisseaux sont dépressurisées, l’écoutille du <em>Soyouz</em> est ouverte et là c’est le choc&nbsp;: Elena est saisie par la surface criblée qui défile dans le vide sous elle. C’est vertigineux&nbsp;! Elle profite du spectacle encore quelques secondes avant que Leonov la propulse hors du vaisseau, agrippée à la barre de transfert sur laquelle elle s’est sanglée. Quelques minutes plus tard, elle déverrouille l’écoutille du <em>Laïka</em>, s’engonce dans le réduit et referme la porte blindée. Elle enclenche l’alimentation générale et, étonnamment, tous les voyants sont verts. Leonov orchestre la séparation d’avec le <em>Soyouz</em> puis, l’autorisation confirmée par la Cité des étoiles, Elena actionne la commande «спуск»<sup>2</sup> qui automatise la descente vers la <em>Mer de la Fécondité</em>. Au moment où le module lunaire <em>Laïka</em> se détache, elle entrevoit un minuscule reflet lumineux plus haut : Apollo 11&nbsp;?</p>



<p>Le moteur de descente s’allume avec une minute d’avance, une facétie de l’ordinateur de bord qui ne semble pas trop inquiéter le centre des opérations. Leandrov confirme la poursuite de la mission. A 25 km de la surface, l’ingénieur responsable de l’alunissage l’informe que cette mise à feu prématurée a modifié l’angle de navigation de <em>Laïka</em>. Pas de risque majeur pour le vaisseau mais plutôt que viser la <em>Mer de la Fécondité</em>, il file tout droit vers celle de la <em>Tranquillité</em>. Deux options sont envisagées : annuler ou alunir sur le site des Américains. Coup de fil à Brejnev, réponse cinglante&nbsp;: «&nbsp;Posez-le où vous voulez mais posez-le&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>Ce 20 juillet 1969 à 20h08 UTC, le module lunaire soviétique alunit brutalement dans la <em>Mer de la Tranquillité</em>, à 100 km du site initialement prévu, en lieu et place de celui d’Apollo 11. Elena ne traîne pas. Elle dispose de 3 heures d’oxygène et doit récolter 20 kg de roches. Elle déclenche la caméra panoramique de suivi et déverrouille l’écoutille de sortie qui s’ouvre sur un paysage entremêlé de féerie et de désolation. Elle pivote péniblement et entame la descente de l’échelle d’accès. Parvenue au dernier barreau, elle teste un saut vers le sol tout en maintenant les mains sur les montants, s’assurant qu’elle pourra bien remonter. Second essai, cette fois elle lâche prise, scrutée par les télés du monde entier, sidérées par le sigle qui se dévoile sur son casque : CCCP&nbsp;! La main de Von Braun tremble en reposant le combiné. Excédé, Nixon n’a pas manqué de lui rappeler les cent-cinquante milliards de dollars injectés dans le programme lunaire US&nbsp;!</p>



<p>Devant six cent millions de téléspectateurs médusés, Elena risque quelques pas, subjuguée par les traces éternelles de ses semelles gravées dans la poussière lunaire. Inspirée par cette empreinte, elle déclare simplement, en russe puis en ukrainien&nbsp;: «&nbsp;C’est un petit pas pour une femme&#8230;&nbsp;».</p>



<p><sup>1</sup> 1<sup>ère</sup> strophe d’un poème de Jacques Prévert</p>



<p><sup>2</sup> Descente</p>



<p></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/astronaute/">Astronaute</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/astronaute/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Vermillon</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/vermillon/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=vermillon</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno PERERA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 20:42:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://bruno-perera.fr/?p=1298</guid>

					<description><![CDATA[<p>L&#8217;idée de cette nouvelle n&#8217;est pas de moi mais d&#8217;un covoitureur que j&#8217;ai pris en charge en 2012 dont je</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vermillon/">Vermillon</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&rsquo;idée de cette nouvelle n&rsquo;est pas de moi mais d&rsquo;un covoitureur que j&rsquo;ai pris en charge en 2012 dont je n&rsquo;ai ni le nom ni le prénom. Quelques phrases que j&rsquo;ai longtemps gardées en moi jusqu&rsquo;à me décider à l&rsquo;écrire. Si par hasard il se reconnaît, je mettrai avec plaisir ses références et, s&rsquo;il en a écrit une nouvelle, je l&rsquo;ajouterai à la rubrique « <a href="https://bruno-perera.fr/amies-amis/" target="_blank" rel="noopener" title="">Amies et amis</a>« .</em></p>



<p>Monsieur, je ne sais si vous êtes un flic ou un psy, ou les deux à la fois, mais je vous demande seulement de m’écouter sans m’interrompre jusqu’à la fin de mon histoire.</p>



<p>La suite ne m’importe plus.</p>



<p>Je suis un peintre raté, comme d’autres sont des écrivains ratés. Peut-être un manque de chance pour être reconnu, une incapacité à me vendre, plus sûrement un manque de talent, ce quelque chose qui exploserait dans la tête de celle ou celui qui regarderait une de mes «&nbsp;œuvres&nbsp;». Pourtant, comme tous les grands, j’ai ma propre obsession qui ne me lâche pas depuis des décennies, face à laquelle je ne fais aucune concession. C’est là que réside mon malheur&nbsp;: je veux créer la vie dans mes peintures. Pas une simple illusion&nbsp;: je voudrais que mes toiles soient aussi vivantes, sinon plus vivantes, que leur modèle.</p>



<p>À rebours de beaucoup, de la tendance amorcée depuis le XIXème siècle, dès mes études aux Beaux-Arts jusqu’à ce jour, je suis passé graduellement de l’art abstrait au figuratif. Non pas celui d’un Delacroix, d’un Ingres ou d’un Courbet, mais un syncrétisme entre le réalisme et la peinture au couteau, parce que j’étais convaincu que, de la justesse des traits et de la perspective, associée à la rudesse, l’épaisseur, la sculpture de la matière colorée, aurait dû naître non un objet, mais un sujet vivant. Dans ma folie, je voulais recréer le Golem, sans la glaise, mais avec la toile de coton et l’acrylique.</p>



<p>Mon atelier déborde de mes tentatives, de toutes tailles, couleurs et styles. Des dizaines de modèles se sont succédés, que j’ai inscrits sur mes toiles, sans jamais arriver à atteindre les premières vibrations de la vie.</p>



<p>Alors, elle est arrivée. Dans la maturité de ses trente ans. Plus que par ses formes parfaites, j’ai été subjugué par son regard, ses yeux vairs, bleu et vert, couleurs pastel tellement claires que je ne pouvais savoir si elle regardait le peintre qui tentait de la fixer en deux dimensions ou son âme ou ses démons. Mais, dès que je l’ai accueillie, j’ai su que ce serait de ses lèvres, d’un vermillon translucide, aux reflets changeants, animés, qu’émergerait enfin ce que je recherchais.</p>



<p>J’ai tenté pendant des mois de le retranscrire sur mes toiles, qui s’empilaient inachevées dès que je sentais que j’avais laissé filer le trait ou la couleur qui me mèneraient à mon but.</p>



<p>Nous sommes devenus amants. Aura du peintre «&nbsp;maudit&nbsp;», mais je sais aussi qu’elle avait envie d’expérimenter cette folie qui m’animait, d’absorber cette force de vie, cette force de mort, qui me donnaient consistance, éprouver autre chose que la détresse triviale de ses rencontres précédentes.</p>



<p>Puis elle s’est lassée. Après avoir cerné ma monomanie, elle a gratté jusqu’à l’homme ordinaire. Elle n’a plus cru en moi. A quoi bon ces séances éprouvantes, nue dans le froid de l’atelier, devant cet homme quelconque sous son vernis d’artiste, qui n’était pas capable, se serait jamais capable, de créer sur ses toiles ce double d’elle-même&nbsp;?</p>



<p>Et plus elle s’éloignait, plus je m’accrochais à elle, me sentant devenir dépendant, éprouvant un attachement que je n’avais jamais ressenti auparavant. Parce-qu’elle avait son mystère, son étrangeté, son indépendance, la violence de sa jeunesse. Parce qu’égoïstement je savais qu’avec elle j’attendrai le but de ma vie.</p>



<p>Elle a rompu, voulu arrêter les séances de pauses. Mon dernier tableau, le meilleur, était quasi achevé. Je l’ai supplié, je l’ai imploré, jusque ce qu’enfin, elle accepte <em>du bout des lèvres</em> de venir une dernière fois à l’atelier.</p>



<p>La pression était immense. Je devais trouver la bonne couleur. Je travaillais au couteau ma palette, mélangeant fébrilement les pigments que je plaquais sur la bouche sans jamais que la toile ne s’anime, raclant, puis recommençant pendant des heures. Elle me regardait faire, amusée, puis l’agacement est monté et enfin le dédain. Elle me cracha&nbsp;: «&nbsp;Tu me fais perdre mon temps, tu n’arriveras jamais à rien avec tes croûtes, ce que tu recherches est hors de portée d’un minable peintre raté.&nbsp;».</p>



<p>Elle avait raison. Son regard était devenu triomphant. Je n’avais jamais éprouvé un tel mépris. Justifié.</p>



<p>Je ne supportai pas que ma quête s’achève ainsi. Je lâchai la palette qui se retourna avec un bruit mat contre le sol, je lui plantai mon couteau à peindre à la base du cou, déchirai la carotide. Le sang gicla sur moi, tout autour d’elle. Elle s’effondra, la stupeur dans son regard que je ne lâchais pas. Agonisante, elle eut encore la force de regarder le tableau et, à voir son effarement, je me retournai brusquement. Le sang avait délicatement giclé sur les lèvres, seulement circonscrit à elles, leur donnant la teinte vermillon exacte que je recherchais en vain.</p>



<p>Et, au moment où, dans un dernier soupir, elle mourut, le tableau s’anima soudainement, devenant vivant.</p>



<p>Je le regardai fixement. C’était elle, ses yeux, ses lèvres. Encore plus vivante. Le Golem. Enfin&nbsp;!</p>



<p>Mais, très vite, le sang se coagula, vira au brun. La toile redevint quelconque.</p>



<p>Morte. À côté d’un cadavre.</p>



<p>Ma quête était insensée. J’ai détruit la Vie pour créer la Vie.</p>



<p>Et elle m’a échappé.</p>



<p>Monsieur, je suis non seulement un peintre raté mais un fou criminel qui n’a pas eu le courage de se suicider.</p>



<p>Faîtes de moi ce que bon vous semble.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vermillon/">Vermillon</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Pensée magique</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/pensee-magique/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=pensee-magique</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/pensee-magique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Sep 2022 11:37:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://bruno-perera.fr/?p=824</guid>

					<description><![CDATA[<p>Deux mois de voyage, sur les pistes plutôt que l&#8217;asphalte. Traversée du Sahara en juillet. J&#8217;avais réussi à conserver intacte</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/pensee-magique/">Pensée magique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux mois de voyage, sur les pistes plutôt que l&rsquo;asphalte. Traversée du Sahara en juillet. J&rsquo;avais réussi à conserver intacte la 504 break jusqu&rsquo;à Cotonou, malgré les pièges des sables mouvants, de la tôle ondulée, des «&nbsp;nids de chameaux&nbsp;», du bétail en errance, des traversées à gué, des contrôles tatillons des douanes, des convoitises, des filouteries où le faux acheteur se payait une visite gratuite au village puis disparaissait derrière une case, des risques de collisions avec bus, camions ou taxis-brousse trompent-la-mort.</p>



<p>Voilà. Elle m&rsquo;avait amené jusqu&rsquo;ici, bravant le sable, la poussière, les pierres, la chaleur, la boue, les flots. Surpuissante, démesurément longue. Increvable. C&rsquo;est bien pour cela qu&rsquo;elle était recherchée ici, Peugeot fabriquée en France préférée aux pâles copies peu fiables assemblées au Nigéria tout proche, à Kaduna.</p>



<p>Tous les trafics de voitures se terminaient ici, sur cette place où grouillaient les revendeurs, le Bénin étant le terminus en Afrique francophone. Niger, Haute-Volta, Mali, Togo, pays que j&rsquo;avais traversés, avaient interdit ou taxé tellement ces ventes qu&rsquo;elles en étaient devenues impossibles.&nbsp;</p>



<p>Deux ans d&rsquo;Algérie, deux mois en Afrique noire m&rsquo;avaient (un peu) aguerri. Face à un Blanc, n&rsquo;ayant connu que l&rsquo;opulence et immensément riche à leurs yeux, l&rsquo;imagination humaine est sans limite mais j&rsquo;avais appris à déjouer les très grosses ficelles.</p>



<p>Bref, j&rsquo;attendais, et je savais que je risquais de patienter longtemps. La stratégie habituelle, dite de «&nbsp;la chasse à courre&nbsp;» consistait à épuiser la bête pendant des jours, l&rsquo;éreintant, psychologiquement avec de fausses opportunités mirobolantes, ainsi que financièrement, car nous étions des amateurs sans les réserves nécessaires pour tenir des semaines. Il suffisait alors de cueillir l&rsquo;affaire à la moitié du prix du marché pour que l&rsquo;apprenti puisse retourner la tête basse en Europe.</p>



<p>Parmi ces hâbleurs qui m&rsquo;interpellaient sans cesse, parlant fort, riant entre eux, se moquant en fon ou en yorouba de ce barbu dépenaillé de 24 ans au bronzage camionneur, tee-shirt et pantalon de toile déchirés, sandales fatiguées, je le repérais. Petit et chétif en comparaison de tous ces athlètes, peu disert, sobre mais avec une vraie présence, je le trouvais vrai et lui accordai un bon début de confiance. Dans un français imagé, il me proposa un client que l&rsquo;on pouvait voir de suite. Le prix était correct, pas mirobolant comme me le criaient les autres esbroufeurs. J&rsquo;acceptais ce qui était le double du prix que je l&rsquo;avais payée en France. La vente fut réglée en 24 h. L&rsquo;acheteur était un Nigérien vivant au Bénin, haute classe sociale. Je fus payé en liquide, francs CFA. L&rsquo;épaisseur de la liasse faisait la largeur de ma main. Je portais les billets à la banque pour les transférer en France. Je ne pus exporter que la moitié de la somme. Le reste devait rester sur place mais il était possible, une fois passés clandestinement en métropole, de les convertir. Il fallait donc conserver cette somme sur moi. Mon portefeuille pendentif artisanal en était devenu gros et lourd, difficile de le cacher, dangereux pour le long voyage du retour, plus de mille kilomètres en taxis-brousse depuis Cotonou jusqu&rsquo;à Niamey d&rsquo;où je devais partir pour Lyon dans quinze jours.</p>



<p>J&rsquo;avais du temps devant moi. Théophile m&rsquo;invita à le passer dans sa famille, à la concession sur le cordon dunaire entre le lac Nokoué et le Golfe de Guinée. Des carrés de vingt mètres par vingt mètres, alignés au cordeau le long d&rsquo;une rue sableuse où passaient essentiellement des mobylettes et quelques rares voitures. Des clôtures de broc et de bric, bambous et bois de récupération. Deux arbres aux feuillages denses occupaient la cour et protégeaient une «&nbsp;cuisine&nbsp;» de plein air, brasero, bassines émaillées ou en plastique, où les femmes s&rsquo;affairaient. Une vingtaine de personnes, plusieurs générations de l&rsquo;ethnie Adja-Fon. En dehors de Théophile, nous ne pouvions communiquer que par signes et sourires. Poulets, coqs, truie noire suitée de porcelets, chèvre, cohabitaient. Une longue cabane en tôles rouillées, bidons déroulés, longeait un côté et ouvrait des cellules contiguës sans fenêtres. Des poissons de la lagune toute proche, enfilés sur des baguettes, séchaient sur un feu. Impossible d&rsquo;en manger, ils étaient tabous mais servaient de monnaie d&rsquo;échange pour le manioc, le riz. Le peu de viande était fourni par la basse-cour. Ni eau, ni électricité, ni sanitaires.</p>



<p>Théophile est un conteur. Je me moque de la véracité de ses histoires mais je les note. Nous passons la journée à écumer les environs à mobylette, à voir ses potes, le soir à discuter et boire un alcool fort ou de la bière de mil. Nous partageons le même châlit. Mon sommeil est lourd, sans rêves. Théophile se prétend sorcier au même titre que moi je le suis avec les médicaments que je distribue&nbsp;: paracétamol, aspirine, nivaquine, antidiarrhéiques. Il me dit que la nuit son esprit sort du corps et va voyager dans les pays lointains. Il ne revient qu&rsquo;au petit matin quand le vent se lève à l&rsquo;aube, celui des âmes qui réintègrent les humains endormis avant l&rsquo;éveil. Il me propose de le mettre à l&rsquo;épreuve, de lui poser des questions concernant des êtres chers. Je commence par mes parents dont je n&rsquo;ai pas de nouvelles depuis trois mois. Le lendemain, il me dit qu&rsquo;ils vont bien, que les montagnes en face de la maison sont magnifiques, que les blés sont coupés et parcourus de brebis que garde une jolie fille brune. Je suis ébranlé.</p>



<p>Je passe à l&rsquo;intime. Que devient Pascaline, celle que j&rsquo;aime et que j&rsquo;ai laissée&nbsp;?</p>



<p><em>«&nbsp;Le premier amour est celui qui compte. Quand je l&rsquo;ai appelée, son cœur était si près de toi. Ton départ ne lui a pas fait plaisir, mais tu lui avais dit que, étant présentement en mouvement, elle avait la liberté de faire ce qu&rsquo;elle voulait et toi aussi. Mais elle se pose la question de savoir si tu l&rsquo;estimes effectivement car elle te fait confiance. Elle attend une décision de toi pour savoir ce qu&rsquo;elle doit faire mais elle ne fera pas de mal pendant ton absence.&nbsp;</em></p>



<p><em>Au mois d&rsquo;avril, un homme lui a rendu visite par surprise et ils avaient causé. En ton absence, les visites se sont réciproquées. Mais elle ne cède pas, elle est éblouissante du choix. Pour sa décision, elle attend ton retour.&nbsp;»</em></p>



<p>Je suis encore plus ébranlé. Mes défenses cartésiennes cèdent. Je bascule dans le monde magique de Théophile. Contre rémunération, il m&rsquo;intronise «&nbsp;petit sorcier blanc&nbsp;». Invocation des esprits des points cardinaux, sacrifices de poulets, offrandes d&rsquo;alcools. Invocation des «&nbsp;Jumeaux&nbsp;», les esprits les plus puissants auxquels je peux demander ce que je souhaite&#8230; si je deviens sorcier. J&rsquo;accepte les scarifications sur le dos des mains, le front, dans lesquelles est introduite une poudre très chère comprenant, paraît-il, des cendres d&rsquo;os humains. J&rsquo;accepte d&rsquo;avaler des potions pour éveiller mon esprit. Mes nuits sont de plus en plus lourdes, Théophile me dit que je parle beaucoup dans mon sommeil. Mon argent file, mais peu importe, puisque j&rsquo;aurais la puissance.</p>



<p>C&rsquo;est dans un état second que je le quitte. J&rsquo;ai hâte de retrouver Pascaline. J&rsquo;ai confié à mon mentor mon argent pour éviter le vol en chemin. Il me l&rsquo;enverra par la banque, les citoyens béninois peuvent le faire. Le long voyage en taxis-brousse bondés est étrange. Tous regardent avec un mélange de respect et de peur mes scarifications. Qui est ce sorcier blanc&nbsp;?</p>



<p>Mon arrivée en France est une brutale redescente. Ma drogue du monde magique n&rsquo;agit plus. La réalité européenne est tenace et implacable. Pascaline ne m&rsquo;a pas attendu. Je suis seul. Perdu. Écrasé.</p>



<p>Il ne me reste plus qu&rsquo;à attendre mon argent que Théophile m&rsquo;a promis et qui tarde malgré mes relances.</p>



<p>Et puis un jour gris et pluvieux d&rsquo;automne, l&rsquo;évidence me tombe enfin. Je n&rsquo;aurai jamais cette somme dont j&rsquo;ai besoin. Je me suis fait arnaquer. La pensée magique est une ineptie.&nbsp;</p>



<p>La sorcellerie ne vaut que pour les crédules&#8230;</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/pensee-magique/">Pensée magique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/pensee-magique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Vieille âme enfantine</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=vielle-ame-enfantine</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Aug 2022 19:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://bruno-perera.fr/?p=845</guid>

					<description><![CDATA[<p>Je passais devant lui le matin quand je me rendais au café du quai. Il était apparu depuis quelques semaines,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/">Vieille âme enfantine</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Je passais devant lui le matin quand je me rendais au café du quai. Il était apparu depuis quelques semaines, plaçant sa grande carcasse sous la Porte des Remparts à côté du DAB du Crédit Bouse. Au ras du sol, sur ses cartons, une boite à maquereaux pour les pièces. Tête de dragon couturé. Gris de la pierre, gris des yeux, de la peau et des cheveux, gris des vêtements, minéral, il disait s&rsquo;appeler Karnak.</p>



<p>Je venais de quitter les amies pour remonter vers mon cabinet, fuyant le barouf des camions de livraisons et les premiers cars de touristes séniorisés bouchant la vue sur la rivière.</p>



<p>Je ne sais pourquoi, je me suis arrêté face à lui. Il a levé ses yeux fous vers moi&#8230; et je me suis assis à ses côtés. Le regard dans le vague, il m&rsquo;a raconté son histoire&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, les hommes sont stupides, leur premier cerveau n&rsquo;est pas là où l&rsquo;enseigne l&rsquo;anatomie. Ils sont les jouets de leurs pulsions et aiment tellement que les femmes les aiment comme leur mère les a adorés, se sentir à nouveau un dieu pour elles.</li>
</ul>



<p>Il n&rsquo;avait pas tort pour le cerveau des hommes et leurs pulsions. La suite n&rsquo;était que sa propre projection. N&rsquo;est-ce pas devenir adulte que de dépasser l&rsquo;amour maternel&nbsp;? Mais cet humain avait l&rsquo;épaisseur que donne la douleur. Loin de la superficialité que parfois je côtoyais au contact de la faune bobo du centre, petits égos tentant de combler le vide d&rsquo;existences quelconques. Mais j&rsquo;y trouvais aussi des relations vraies d&rsquo;amitiés profondes.</p>



<p>Je l&rsquo;encourageai en souriant&#8230;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, c&rsquo;est comme cela que j&rsquo;ai été séduit. Dès la première rencontre, j&rsquo;ai été aimanté par son étrange aura mais je ne pouvais imaginer ce qui allait se passer. La séduction est un mécanisme implacable, elle s&rsquo;auto-entretient puis éclate comme une impérieuse injonction. Tombé dans le piège de ses yeux, je me suis jeté dans une relation clandestine&#8230; Elle me disait qu&rsquo;elle ne pouvait vivre sans moi, qu&rsquo;elle se transformerait en poussière si je l&rsquo;abandonnais, qu&rsquo;elle était celle que j&rsquo;attendais depuis si longtemps et moi celui qu&rsquo;elle n&rsquo;espérait plus, que cela n&rsquo;avait jamais été ainsi avec les hommes précédents, que nous avions besoin l&rsquo;un comme l&rsquo;autre de cet amour fusionnel qui n&rsquo;était pas une chimère mais une réalité, que nous étions comme un frère et une sœur incestueux, un couple karmique. Nous ne pouvions laisser passer cette chance unique dans cette vie.</li>



<li style="font-size:14px">Couple carmite&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Karmique. Nous avions déjà été ensemble dans une autre vie.</li>



<li style="font-size:14px">Ah ouais, vu comme ça&#8230;</li>
</ul>



<p>Il ignora mon ironie, tout à son histoire&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, elle me disait que j&rsquo;étais l&rsquo;autre moitié de son âme, que nous allions finir notre temps ensemble, dans sa maison des Landes aux auges sacrificielles préhistoriques creusées dans le granit et qui serait la nôtre, notre Éden autarcique à l&rsquo;écart du monde, où nous nous nourririons de notre potager et de notre amour, et où, nouveaux sauvageons, nous vivrions des petits riens du quotidien.</li>
</ul>



<p>Il fit une pause, puis reprit, fixant un point imaginaire droit devant lui&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">J&rsquo;ai tout quitté pour elle, tout brisé, détruit ma vie d&rsquo;avant, explosé ma famille, abandonné les êtres qui m&rsquo;aimaient. Les dégâts psychiques ont été effroyables mais j&rsquo;avais fait LE choix de ma vie. J&rsquo;étais à la fois rongé de culpabilité et heureux comme je croyais ne l&rsquo;avoir jamais été. J&rsquo;étais elle, elle était moi. Je me suis mis totalement à nu, brisant ma carapace, en confiance absolue&#8230; </li>
</ul>



<p>Sa voix devint nostalgique :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Nous avons vécu un an hors du temps dans notre bulle régressive infantile, redevenus des adolescents à peine pubères. Elle s&rsquo;occupait de moi, pour chaque interrogation « se mettait en relation avec l&rsquo;Univers », sortait son pendule pour décider de tous nos actes. Pour éloigner mon mal être, elle magnétisait mes sept chakras et, le soir, régulait mon humeur au rythme de son tambour chamanique à la peau tendue de cerf noir que je ne pouvais toucher sous peine qu&rsquo;il ne perde sa magie. Elle m&rsquo;a appris les massages ayurvédiques du matin pour me lever avec les bonnes vibrations, m&rsquo;a enseigné les cinq tibétains afin d&rsquo;énergiser ma journée. J&rsquo;ai accepté de boire ses tisanes aux compositions secrètes, qu&rsquo;elle disparaisse régulièrement pour « se reconnecter avec ses entités ». J&rsquo;ai cru que j&rsquo;étais devenu nous, donnant sans réserve mon énergie. Totalement dépendant. Homme-enfant abandonnant toute défense, tout contrôle, petite âme sans fierté entre ses mains, sous son pouvoir absolu. Que cela dure et que je puisse expirer mon dernier souffle contre elle !</li>
</ul>



<p>Il s&rsquo;arrêta encore, puis, d&rsquo;une voix tremblante&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Un jour, Monsieur, je me suis réveillé au côté d&rsquo;une personne différente, rêche, mutique. Elle n&rsquo;avait plus d&rsquo;étoiles dans les yeux quand elle me regardait. Elle me disait que je l&rsquo;étouffais, qu&rsquo;elle avait besoin d&rsquo;être elle, qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;elle prenne ses distances&#8230; Tout s&rsquo;est effondré pour moi. J&rsquo;ai perdu pied, hurlé, supplié, tour à tour en colère, crachant mes mots tueurs de dépit, puis rampant en implorant son pardon&#8230; Alors, elle m&rsquo;a demandé de quitter notre havre&#8230; Des amis m&rsquo;ont hébergé mais n&rsquo;ont pas supporté que je sombre dans l&rsquo;alcool potentialisé par les anti-dépresseurs. J&rsquo;ai dormi dans ma voiture, puis je l&rsquo;ai vendue, bradé tout ce que je possédais encore, et je finis là, sous ce porche, attendant la mort ou que l&#8217;emprise de cette sorcière ne se desserre.</li>
</ul>



<p>Je laissai passer quelques secondes, puis, me tournant vers lui&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Vous m&rsquo;avez raconté une très triste histoire d&rsquo;amour. Mais en quoi cette femme est une sorcière&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Monsieur, je ne fais que ressasser cette histoire, je revis ad nauseam chaque moment, les analyse. Je suis sûr de mon fait. Cette femme se nourrit de l&rsquo;énergie et de la richesse intérieure des hommes qu&rsquo;elle séduit, puis les jette quand elle leur en a tiré tout le jus, devenus enveloppes vides&#8230;.ou quand elle croit que son être profond est en danger.</li>



<li style="font-size:14px">Une mangeuse d&rsquo;hommes&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Non, une sorcière qui ne le sait pas elle-même. &nbsp;Elle se ment à elle-même comme elle ment à l&rsquo;autre, c&rsquo;est son mode de survie.</li>



<li style="font-size:14px">C&rsquo;en n&rsquo;est donc point une&nbsp;!</li>



<li style="font-size:14px">Bien au contraire, Monsieur&nbsp;! Elle n&rsquo;est pas du même bois de folie que nous. Elle disait en riant qu&rsquo;elle était extraterrestre, qu&rsquo;elle venait d&rsquo;Orion. Je la crois. Elle ignore ni n&rsquo;éprouve l&#8217;empathie qui fait notre humanité et ressent si peu notre besoin vital d&rsquo;échanger et de partager, ses comportements sociaux sont inadaptés. Elle ne se love pas dans la relation avec l&rsquo;autre car elle ne vit que de fantasmes. Monsieur, je sais que ses ressorts ne sont pas les nôtres. Ils sont incompréhensibles pour moi. Elle est à la fois une enfant et une très vieille âme, entité incarnée dans des corps de femmes depuis des siècles. Vide, elle a besoin de voler notre énergie vitale pour ne pas disparaître, stabiliser ces enveloppes qui lui sont étrangères pour simuler une existence humaine qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas. Je ne suis qu&rsquo;un papillon de plus épinglé sur un tableau aux nombreux espaces encore vacants, jusqu&rsquo;à la fin du temps des Humains&#8230;</li>
</ul>



<p>Il me regarda enfin avec intensité, ses yeux s&#8217;embuant de désespoir&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, elle m&rsquo;ignore, elle m&rsquo;a volé mon âme, elle m&rsquo;a essoré de ma force de vie, elle a détruit mon existence, je ne suis plus qu&rsquo;une baudruche d&rsquo;homme et, pourtant, je l&rsquo;aimerai toujours à la folie jusqu&rsquo;à ce que mes neurones se détruisent.</li>
</ul>



<p>Que dire&nbsp;? Sinon le laisser à son délire sorti de son cerveau fracassé, de sa souffrance inextinguible, confondant troubles du spectre autistique et sorcellerie imaginaire. Je lui touchai l&rsquo;épaule, mis une pièce dans sa boite, puis me levai pour retrouver mes patients.</p>



<p>Il me remercia, redevenu éteint.</p>



<p>La foule des touristes était dense à cette heure, le flot incessant.</p>



<p>Soudain il me fit signe, très agité, et me désigna un point dans la foule. Je ne l&rsquo;avais jamais vue et pourtant je la reconnus immédiatement.&nbsp;<em>Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu&rsquo;</em>&nbsp;elle, marchant lentement, très droite, le regard fixe. La foule s&rsquo;écartait d&rsquo;elle comme s&rsquo;il en émanait une énergie délétère. Elle était mince, les cheveux indisciplinés en une rivière drue, noire aux reflets rouges, ramassés en un chignon-dragon. La bouche était gourmande. Elle portait sur sa peau très claire un étrange plastron composé de cauris, d&rsquo;épines d&rsquo;oursins tropicaux et de dents de requins. Sa présence me subjugua.</p>



<p>Arrivée à ma hauteur, elle se tourna sans hésiter vers moi comme si elle m&rsquo;avait senti, comme si elle m&rsquo;avait choisi.</p>



<p>Puis elle me regarda et je fus happé par ses yeux bleu-Larimar, fenêtres sur sa très vieille âme enfantine.</p>



<p>Il fallait que je détourne la tête, il fallait que je ferme les yeux, il fallait que je coupe ce contact, il fallait que je m&rsquo;échappe&#8230;</p>



<p>Il aurait fallu&#8230;</p>



<p></p>



<p></p>



<p><em>Karnak est un personnage récurrent. Il apparaît dans une autre nouvelle <a href="https://bruno-perera.fr/partons-vers-le-sud/" target="_blank" rel="noopener" title="">« Partons vers le sud »</a>. Il est aussi le narrateur de mon roman <a href="https://bruno-perera.fr/livres-edites/hors-saisons/" target="_blank" rel="noopener" title="">« Hors saisons &#8211; Chroniques de la rue ».</a> Cette nouvelle dévoile une toute petite partie de sa vie d&rsquo;avant la chute.</em></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/">Vieille âme enfantine</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chouchen</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/chouchen/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=chouchen</link>
					<comments>https://bruno-perera.fr/chouchen/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Nov 2018 20:41:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://bruno-perera.fr/?p=957</guid>

					<description><![CDATA[<p>Jamais plus le chouchen&#160;! Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette te crame un œil à chaque verre, le chouchen</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/chouchen/">Chouchen</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Jamais plus le chouchen&nbsp;!</p>



<p>Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette te crame un œil à chaque verre, le chouchen du Gwenaël te détruit les neurones à chaque lampée. Le hic, c’est que du bon chouchen, c’est aussi rare qu’un oranger sur le sol morbihannais. Surtout que Gwenaël, en bon parisien qui s’invente des racines, a voulu faire du traditionnel, miel dilué dans le tonneau mais aussi rayons de cire et quelques abeilles noires d’Ouessant bien agressives. Leur venin te pète la tête. Bon, certains diront que la quantité influe légèrement et que chouchen ou piquette, un litre ou deux, ça fait forcément des dégâts…</p>



<p><a></a> J’étais dans un état d’ébriété avancé avec de curieuses distorsions de l’espace et des flashes de lumière à chaque bruit, un peu LSD pour ceux qui ont connu, mais tout ça c’est fini, je ne consomme plus que du naturel et du bio.</p>



<p>Je ne sais plus comment je me suis retrouvé sur la plage en pleine nuit, je me rappelle que je voulais suivre une étoile en mode Roi Mage et que j’ai sauté dans l’annexe. Pas souvenir d’avoir ramé, juste porté par le jusant, ça filait vite entre les îles, mais j’ai eu peur à un moment de sortir du Golfe, probablement la descente, ces drogues dures, c’est terrible. À la hauteur de la masse sombre d’une île, j’ai pagayé comme un fou et je me suis retrouvé contre une cale. La nuit était subitement noire, de gros nuages roulaient, j’allais me prendre une belle drache. J’ai alors réalisé que j’avais accosté sur Gavrinis. L’orage a crevé, j’ai couru m’abriter jusqu’au cairn et je suis entré dans le couloir tout gravé. À la lumière de mon portable, les stries se croisaient et s’entrecroisaient. Pfff, j’en avais vraiment une bonne&nbsp;! Je me suis enfoncé jusqu’à la chambre et je me suis assis, grosse fatigue.</p>



<p>Une voix très grave m’a alors dérangé dans mon départ de sommeil. J’ai rouvert les yeux, elle venait d’une silhouette blanchâtre, genre spectre, bravo le chouchen&nbsp;! La chose m’a raconté qu’elle était l’Ankou et qu’elle venait me chercher.</p>



<p>Moi, ces biniouseries, korrigans et autres légendes, ça me sort par les yeux. Pas cool Gwenaël d’avoir rajouté des feuilles de contes bretons dans le tonneau&nbsp;! Je me suis adressé au spectre, j’ai hésité pour le musical «&nbsp;Ankoulélé&nbsp;» mais, vu son sérieux, avec un de ces subtils jeux de mots dont le chouchen a le secret, j’ai simplifié et dit&nbsp;: «&nbsp;Espèce d’Ankou laid&nbsp;!&nbsp;» J’ai hurlé de rire pendant que le fantôme s’arrêtait, interloqué. Bon, c’était vraiment sexiste, injurieux même vis-à-vis des spectres gays. Là, j’ai encore explosé à voir la mine sinistre du truc en face. Le spectre est devenu noir de colère, ce qui l’a fait disparaître, mais sa voix est restée présente, couvrant les claquements des éclairs&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Je te maudis,</p>



<p>Je ne prends pas ta vie,</p>



<p>Tu revivras éternellement cette nuit.&nbsp;»</p>



<p>Je n’ai pas eu le temps d’apprécier les rimes, je me suis endormi direct…</p>



<p>Jamais plus le chouchen&nbsp;!</p>



<p>Si mon pote Gaby m’assure qu’une piquette…</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/chouchen/">Chouchen</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://bruno-perera.fr/chouchen/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Grillés</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/grilles/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=grilles</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bruno PERERA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Nov 2016 20:14:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://bruno-perera.fr/?p=1167</guid>

					<description><![CDATA[<p>Obidjoo était mal. Pendant la pause, le chef l’avait convoqué à son bureau. Vu que la chaîne était arrêtée par</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/grilles/">Grillés</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Obidjoo était mal.</p>



<p>Pendant la pause, le chef l’avait convoqué à son bureau. Vu que la chaîne était arrêtée par sa faute, tous ses collègues, moqueurs, le regardaient, avancer, voûté, la tête dans les épaules, comme s’il allait se prendre un coup, le visage un peu rosi, les yeux au sol, se hâtant avec lenteur, traînant les pieds, les ailes avachies…</p>



<p>Il avait connu de meilleurs siècles.</p>



<p>Pas beaucoup de compassion. La soute du Septième ciel n’était plus ce qu’elle était du temps de sa splendeur quand les gens croyaient. Il y a avait alors une saine émulation, un vrai sens à travailler, un solide esprit d’équipe. Mais qu’ils soient athées ou bouddhistes ou zoroastriens ou chiites ou sunnites ou chrétiens ou animistes, aucun de leurs prophètes n’avait été capable de leur révéler ce qui se passait ici, dans cet immense bâtiment qui crachait sa noria de pièces en un flot ininterrompu. Enfin…, quand Obidjoo ne plantait pas le contrôle qualité.</p>



<p>A quoi bon continuer, se harasser à faire ces trois-huit, respecter les objectifs de production&nbsp;? Pour quoi faire&nbsp;?</p>



<p>Triphalée était en colère. Vraiment. Sur une paillasse, la pièce était déposée, inerte, mal fagotée, encore grossière sous son drap, non ébarbée ni polie par le groupe finisseur. Obidjoo ne pouvait s’empêcher de ressentir du dégoût devant ces objets primaires, même quand il n’avait pas merdé comme ce matin. Petites choses sans grandeur, à l’obsolescence programmée, aussitôt assemblées, aussitôt défaillantes.</p>



<p>Le chef lui désignait de l’index un point bien précis dans le centre de commande de l’objet. Pas besoin de s’approcher pour constater qu’un circuit était grillé. Pourtant Obidjoo avait fait comme d’habitude, suivant scrupuleusement le protocole, il ne comprenait pas comment il avait pu se tromper. Comme il y a quatre ans. Au même endroit, circuit identique. Comment expliquer ces deux mêmes erreurs pour des pièces soi-disant parfaites&nbsp;? L’usure de l’habitude. La perte de sens. Une envie inconsciente de détruire ces objets inutiles. Ou si peu utiles. Voir d’autres horizons que ce bâtiment bruyant et blafard, immense moloch.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">­Mais comment as-tu pu rater un truc pareil&nbsp;? Il en sort des centaines de milliers tous les jours et il n’y a que toi pour me saloper le boulot&nbsp;!</li>



<li style="font-size:14px">….</li>



<li style="font-size:14px">Je sais bien qu’on peut la refaire mais je trouve que c’est du gaspillage et tu sais bien que chaque pièce est unique, qu’elle a un rôle irremplaçable, même si tu les trouves laides, repoussantes et sans intérêt. Elles font toutes parties du Plan. Celle-là aussi alors que tu l’as rendue défectueuse. Pourtant ce n’est pas compliqué de faire des points de soudure propres&nbsp;!</li>



<li style="font-size:14px">….</li>



<li style="font-size:14px">Tu sais comment rattraper le coup&nbsp;?</li>
</ul>



<p>Obidjoo avait bien une idée. Et Triphalée la connaissait mais iel kiffait de l’entendre s’abaisser à exposer comment réparer la pièce. Le protocole avait été élaboré il y a quatre ans lors de sa première erreur. Résultat imparfait mais ça pouvait le faire. En mode dégradé. Plutôt préserver inadapté, que de jeter la pièce avec l’eau du bain.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Tu sais que le circuit grillé est celui du contexte, de la prise en compte du relatif, de la mise en perspective de l’absolu pour l’empêcher de prendre le contrôle, permettre de créer du lien. Sans lui, l’objet est inadapté dans sa relation avec ses pairs, incapacité à se mettre à la place de l’autre, ou plutôt de penser comme lui, alors qu’ils sont conçus pour ça. Tu m’as tout brûlé avec ton fer à souder. Que me proposes-tu ?</li>



<li style="font-size:14px">Je pense faire comme il y a quatre ans. Un shunt sur le circuit de l’empathie avec une patte sur le circuit de l’adolescence. Normalement, avec le temps, un autre circuit va se mettre en place et compenser celui qui a été détruit. Plasticité électronique, les messages empruntent des voies imprévues et fonctionnent. Ce n’est pas parfait mais ça peut passer si les situations ne sont pas trop paroxystiques. Mais ce ne sera jamais comme les objets normaux.</li>



<li style="font-size:14px">Tu fais quoi pour celui-ci&nbsp;?</li>
</ul>



<p>Triphalée balaie la paillasse au-dessus de la pauvre petite chose allongée.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Les dégâts sont plus importants. Je crains que ce ne soit moins efficient. Mais je pense que ce sera viable. On pourra le mettre en connexion avec les autres objets. Il y aura des incompatibilités et une sorte de raideur, une tendance à l’enfermement, un mode survie à la place d’une plénitude. Mais c’est jouable.</li>



<li style="font-size:14px">Bon, tu sais ce qu’il te reste à faire. Comment tu vas appeler ce truc&nbsp;?</li>
</ul>



<p>Les créateurs avaient l’obligation de nommer les pièces. La première lettre était liée à l’année, après il suffisait de laisser libre cours à l’imagination&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">C’est l’année des «&nbsp;F&nbsp;». Je te propose «&nbsp;Fistule&nbsp;».</li>
</ul>



<p>Triphalée consulte son registre&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Désolé, Ragoona l’a utilisé pour la pièce juste avant. Trouve-moi autre chose…</li>
</ul>



<p>Le corps moulé sous le voile, seuls les yeux apparaissent. Obidjoo pense subitement à une statue du cimetière Staglieno à Gênes, mais pas grand-chose à voir avec cette forme sous ses yeux&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Bon, alors ce sera «&nbsp;Fissure&nbsp;».</li>



<li style="font-size:14px">D’accord, je note, ce n’est pas très original, j’ai eu une «&nbsp;Fracture&nbsp;» mais ça remonte à vingt-sept ans. Dans dix ans, on me proposera peut-être «&nbsp;Précipice&nbsp;»….J’espère que rien d’autre ne va griller dans cette pièce, ce serait dommage, je la trouve plutôt réussie. Tu as vu ce galbe&nbsp;?</li>
</ul>



<p>Triphalée avait un sens particulier de l’esthétique. Obidjoo ne voyait que la même chose d’un objet à l’autre, là où son chef imaginait une différenciation bien difficile à mettre en évidence.</p>



<ul style="font-size:14px" class="wp-block-list">
<li>Comment s’appelait la pièce d’il y a quatre ans que je mette une relation dans mon rapport entre les deux objets&nbsp;?</li>



<li>Eh bien, quatre ans en arrière, c’était le «&nbsp;C&nbsp;». J’avais osé «&nbsp;Cramé», c’était prémonitoire.</li>



<li>Tu ne trouves pas que ce serait drôle qu’on les fasse se rencontrer&nbsp;? C’était un mâle, c’est une femelle. Curieux de savoir ce que ça pourra donner avec leurs circuits endommagés.</li>
</ul>



<ul style="font-size:14px" class="wp-block-list">
<li>Je crains le pire&#8230;</li>
</ul>



<p></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/grilles/">Grillés</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
