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	<title>Autres - Bruno PERERA</title>
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	<title>Autres - Bruno PERERA</title>
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		<title>Moniteur de ski</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bruno PERERA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Jan 2026 10:08:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est ma dernière saison. Début mai, quand la station va fermer, je mettrai au clou mon ultime combinaison de Schtroumpf</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/moniteur-de-ski/">Moniteur de ski</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est ma dernière saison. Début mai, quand la station va fermer, je mettrai au clou mon ultime combinaison de Schtroumpf Rouge. A côté de toutes les autres tenues depuis quarante ans. Au fil des années, elles sont devenues plus larges et un peu plus courtes, tassement des vertèbres.</p>



<p>Le métier a une aura, mais, vu de l’intérieur, il en est autrement. Certes, nous sommes des indépendants et un peu considérés comme les dieux ou les déesses de la piste, mais quasi six mois au soleil ou dans les intempéries, le froid, la neige, cela épuise le corps et la peau. Mal de dos, douleurs aux articulations, capsulites des épaules, tendinites multiples, le corps se casse. Sans oublier les coups de soleil, les taches, les rides précoces, les démangeaisons, les carcinomes et même les mélanomes.</p>



<p>Bref, je suis usé physiquement, et il est temps que je m’arrête.</p>



<p>Je ne regrette pas d’avoir choisi ce métier. En fait, je ne sais pas si j’ai vraiment eu le choix. Venant du village sous la station, les métiers possibles n’étaient pas légion en dehors de pisteur, perchiste, secouriste ou moniteur. Ou alors il fallait s’expatrier. Mais quand on est dans la neige depuis que l’on sait à peine marcher, cela semble tout naturel de vivre avec le ski. Les jeudis après-midi sur les pistes quel que soit le temps, les samedis avec le ski-club, les dimanches et vacances avec les parents, difficile d’en réchapper. Et si on se débrouille pas trop mal, on est vite repéré pour la compétition. Bref, j’ai bouffé de la neige et des pistes toute ma vie. Avec l’été pour me reposer ou plutôt faire un autre métier saisonnier. Moi, c’était moniteur de voile. J’en remettais donc une couche pour l’usure du corps et de la peau.</p>



<p>Nous sommes des indépendants, mais nous dépendons du client. Qu’il faut satisfaire. À qui il faut plaire pour qu’il revienne. Au début de mon travail, même dans une grande station comme la nôtre, les clients étaient supportables. Mais, avec le standing crescendo, ils sont devenus de plus en plus friqués, de plus en plus imbuvables, nous prenant de plus en plus pour des larbins. Quand j’en ai eu marre de leur condescendance au cours des repas 3 étoiles, des à-côtés tels que les skis à porter pour ces dames, les chaussures à leur régler et même à leur mettre, des soirées imposées où je n’en avais rien à faire de leurs conversations hors-sol tout en faisant semblant d’être intéressé, me forçant pour y participer, je me suis réorienté vers les cours collectifs d’enfants. Moins rémunérateurs mais avec plus de sens. Les monitrices étaient surreprésentées&nbsp;: plus besoin de se pousser du col entre hommes. J’ai bien aimé finir comme ça.</p>



<p>Je suis aussi content de quitter l’ambiance de la station. En bossant tous les jours en saison, sauf le samedi, t’es forcé d’avoir un pied à terre là-haut, tu redescends peu au village. On vit en vase clos, toujours avec les mêmes personnes que l’on rencontre dans les bars, les restaurants ou chez les uns et les autres, une fois la journée terminée. C’est un petit monde, décalé par rapport à la réalité de la vallée, rythmes différents et argent plus facile, dont la vacuité a fini par me peser. Finalement la seule chose en commun avec le village, c’est que l’on se connaît tous et que tout se sait. Sauf qu’en station, c’est plus trash. Coucheries, rapports de fric, sales coups immobiliers, cancans, meublent notre quotidien. Je suis content de retourner au «&nbsp;cul des Tarines&nbsp;», même si mon père a tout vendu, étable et grange comprises, à des prix faramineux.</p>



<p>Hier, la correspondante locale du Dauphiné libéré est passée me voir à l’ESF, moi le futur ex-doyen de l’équipe des moniteurs et le bientôt jeune retraité. Elle voulait du vécu, des anecdotes. Je lui ai servi des banalités. J’ai gardé pour moi l’histoire de Michel.</p>



<p>Michel était du village, avec trois années de plus que moi. Parfois, je me demande comment des personnes peuvent hériter de tant de qualités. Beau mec, solide, puissant, beau parleur, serviable, boute-en-train sans jamais casser personne, respectueux. Toutes les filles en étaient folles. J’en étais forcément jaloux avec mes pauvres moyens, mais il était difficile de le haïr.</p>



<p>Et surtout il était le meilleur skieur que je n’ai jamais connu. Bien sûr, il est devenu moniteur à la station. Quand je disais que je n’avais pas eu le choix de mon métier, c’est parce que je voulais l’imiter, faire partie de son entourage immédiat. Il a très vite été le responsable de l’école de ski. Et quand nous avions des jours de congés, nous les passions en montagne. Je pense que j’ai fait tous les hors-pistes avec lui, autour de la station jusqu’aux plus lointains, comme Valthorens, Val d’Isère ou Tignes. A l’époque, j’avais des Lacroix de 2,20 m, ce n’était pas de la tarte pour aller sur toutes les neiges. Michel passait devant à fond, puis me disait «&nbsp;Viens, c’est facile&nbsp;!&nbsp;» et je galérais pour le suivre. Pourtant, à le voir, cela semblait simple, son style était toujours le même quelle que soit la neige, gelée, soupe ou variée. Un vrai pro. Je me suis amélioré depuis avec les années de métier, mais je n’ai jamais atteint son aisance, sa facilité, son style… sa grâce. Je suis sûr qu’il aurait pu être champion de ski, à l’égal d’un Killy, mais il n’en avait pas la fibre. La compétition, être le meilleur, écraser les autres, ce n’était pas son trip.</p>



<p>Michel est devenu mon meilleur ami. J’avais une totale confiance en lui pour nos sorties en ski de randonnée. Dès qu’il le pouvait, il parcourait la montagne. Il la «&nbsp;sentait&nbsp;». Dans le choix des itinéraires, dans l’évaluation des risques d’avalanches, de plaques à vent, des versants plus sûrs, des bons horaires. Pas une tête brûlée. Il jaugeait les dangers et faisait à coup sûr les bons choix, les bons arbitrages. A tous mes amis, mes amies, à ma femme, je disais&nbsp;«&nbsp;Si tu fais du hors piste, tu le fais avec Michel.&nbsp;».</p>



<p>Contrairement à moi, il n’a pas fait plus de dix ans dans le monitorat. Il l’a quitté pour les mêmes raisons que j’évoquais plus haut. Il est devenu «&nbsp;énergéticien&nbsp;», un truc de barrés. Mais c’est vrai qu’il était vraiment bon dans le soin. Il sentait les femmes, il sentait les hommes, il sentait les animaux, comme il sentait la montagne. J’ai pris sa place à la direction de l’ESF.</p>



<p>Michel a continué à parcourir la montagne, été comme en hiver. Et puis, lors d&rsquo;une course d’hiver en solitaire, il est tombé d&rsquo;une corniche de neige qui s&rsquo;est effondrée sous son poids. Une chute de 400 m. Il a réussi à contacter les secours qui l’ont hélitreuillé. Il s&rsquo;en est sorti. Avec de multiples fractures et une jambe plus courte que l&rsquo;autre de 4 cm. Depuis, il me disait qu&rsquo;il ne craignait plus rien, que la montagne n&rsquo;avait pas voulu de lui, qu’elle l’aimait, qu&rsquo;il ne risquait plus de mourir dans une course.</p>



<p>Pourtant, en 2000, pour ses 43 ans, c’est arrivé. Il grimpait avec une amie le glacier de la Belle Place sur l&rsquo;ubac de la Dent Parrachée en randonnée à ski. Avec les crampons à glace. On ne saura jamais ce qu&rsquo;il s&rsquo;est passé mais ils ont dévissé et fait une chute de 200 m. Qui a glissé ? L&rsquo;autre n&rsquo;a t&rsquo;il pas pu retenir celui ou celle qui dérapait ? Les secours ont mis du temps à les retrouver, morts au pied de l’à pic, tout enlacés, tout emmêlés dans leur corde. Les sauveteurs les ont redescendus dans la vallée comme cela, impossible de desserrer l’étreinte de leurs corps gelés.</p>



<p>Le village, la station, les amies et amis, toutes ses connaissances, étaient à l’enterrement. Leurs deux cercueils dans la petite église qui ne pouvait contenir cette foule silencieuse s’étalant sur la place.</p>



<p>La femme de Michel était là, bien sûr, ainsi que le mari de l’amie de Michel. Ils se voyaient pour la première fois et pourtant, ils se serraient l’un contre l’autre, unis avec nous dans la même peine.</p>



<p>Je pense qu’ils ont compris.</p>



<p>Nous, nous savions. Cela durait depuis quatre ans. Pour une fois, personne n’a rien dit, les langues de vipères se sont tues.</p>



<p>Parce que nous le respections.</p>



<p>Parce que nous l’aimions.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/moniteur-de-ski/">Moniteur de ski</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Dans les tourbières de Bubry</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre FERRAND]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Dec 2022 16:20:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amies & amis]]></category>
		<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Humour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pastiche à la Sylvain Tesson Jean-Pierre excelle dans les pastiches. Il nous fait cadeau de celui-ci, aventure trépidante en Bretagne&#8230;et</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pastiche à la Sylvain Tesson</strong></p>



<p><strong><em>Jean-Pierre excelle dans les pastiches. Il nous fait cadeau de celui-ci, aventure trépidante en Breta</em></strong><em><strong>gne&#8230;et ailleurs, Tesson oblige !</strong></em></p>



<p>Le voyageur doit frapper à toutes les portes avant de parvenir à la sienne.</p>



<p>C’est ainsi que, pour tenter de me remettre d’une séparation difficile, j’avais entrepris de rejoindre l’île Wrangel en kayak pour y vivre aux côtés des Tchouktches éleveurs de rennes. Mais, en mauvaise posture dans une mer démontée, je n’avais dû mon salut qu’à l’équipage d’un cargo russe qui m’avait sorti de mon état semi comateux par une administration massive de vodka frelatée, et avait soigné mes engelures par des onctions d’huile de vidange. Les Russes trouvent toujours une solution à vos ennuis de voyage, même sur un rafiot rouillé au milieu des glaçons.</p>



<p>Puis j’avais prospecté l’or à la batée dans la touffeur des arroyos de Madre de Dios, au Pérou, et fait le coup de poing contre des desperados dans des bordels sordides. Cette fois, c’était Europ’Assistance qui m’avait sorti de là. Certains jours, la civilisation moderne a du bon, quoi qu’on en dise.</p>



<p>Je m’étais essayé au ferraillage dans le bidonville de Burail, à Chandigarh, dont les habitants m’avaient enseigné la valeur du dénuement et le prix de l’essentiel.</p>



<p>Avec les Ouïgours du lac Lob Nor, dans le désert du Taklamakan, je m’étais adonné à la pêche en pirogue et à des méditations pascaliennes sous un ciel étoilé comme il n’en est nul autre. Sous l’infiniment grand me revint cette phrase de Flaubert&nbsp;: «&nbsp;Voyager rend modeste. On voit mieux la place minuscule que l’on occupe dans le monde&nbsp;». Mais La Rochefoucauld disait&nbsp;: «&nbsp;La vertu n’irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie&nbsp;». Ce misanthrope parlait d’or, je me reconnus dans son propos.</p>



<p>J’avais assisté en Islande à la chasse au globicéphale et vu l’eau du Reyðarfjörður se teinter de sang au pied de falaises de lave sorties d’un tableau de Soulages. Ce n’était pas pour moi&nbsp;: je ne vivrais pas ma vie en rouge et noir. Mais je pouvais toujours relire Stendhal.</p>



<p>J’avais joué aux dés à Yaoundé et fait la vie à Varsovie, et on m’avait même vu dans le Vercors sauter à l’élastique.</p>



<p>David Mitchell&nbsp;: «&nbsp;Voyagez assez loin, vous pourriez vous rencontrer&nbsp;». Les années passaient, mais je ne m’étais toujours pas trouvé et je sentais qu’il me fallait autre chose. Une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais, au cœur de Londres, parcourant Lao Tseu, je tombai en arrêt sur cette phrase&nbsp;: «&nbsp;On va parfois chercher bien loin ce qu’on a près de chez soi&nbsp;». C’est alors que je me souvins de Ferrand.</p>



<p>Je l’avais rencontré en 1978 en Norvège du nord, sur le quai de l’Hurtigruten dans l’île de Skjervøy. Il cherchait le pygargue à queue blanche, je faisais route vers l’Hyperborée. Nous devisâmes longuement sous l’embrasement du soleil de minuit, sur fond de montagnes violines, dans la lumière envoûtante de l’<em>Abendlandschaft</em> de Friedrich, qu’on peut voir à l’Ermitage. Cet amateur de solitudes arctiques mettait un point d’honneur à ne s’intéresser qu’à des sujets inutiles dans le monde moderne&nbsp;: le chant de l’hypolaïs polyglotte, les lieder de Fanny Hensel, les chroniques de jardinage de Vialatte. Cela me plut. Nous étions faits du même bois, nous pouvions nous comprendre. «&nbsp;Qui se ressemble s’assemble&nbsp;», dit Tagore.</p>



<p>Il m’invita à le rejoindre à son campement qu’il avait installé de l’autre côté de l’île, loin de la vaine agitation des hommes, au bord d’une grève déserte où gisait un crâne de baleine blanchi par les ans et érodé par les embruns&nbsp;; de là, il guettait les pygargues et les guillemots à miroir. Nous y restâmes quelques jours, face aux sombres parois de l’île Kvaløy dominant une mer couleur de plomb fondu. Ferrand partait dans ses quêtes ornithologiques, d’où il rentrait avec de nouvelles coches dans son Peterson. De mon côté, je cherchais des grenats dans les micaschistes affleurant dans les falaises. Je voyais apparaître, dans la pâte métamorphique, le dodécaèdre rhomboïdal aux arêtes nettes et aux faces losangiques luisantes, comme sorties de chez le diamantaire. Miracle de la forme parfaite surgissant du désordre de la matière brute.</p>



<p>Le soir, autour d’un maigre feu de bois d’épave, nous parlions d’histoires de Vikings (j’ai toujours eu un faible pour Harald à la dent bleue, que j’imagine comme Barbe Rouge, le pirate d’Astérix), de la marche du monde, des mérites comparés de l’aquavit Aalborg et de la vodka Stolichnaya – ma compagne de toujours –, et de l’inconstance des femmes, dont lui comme moi étions venus tenter de nous guérir dans ces solitudes. Je regrettais que nous n’eussions pas alors sous la main un trio à cordes pour nous interpréter l’andante de l’opus 100 de Schubert, inspiré de la vieille ballade nordique <em>Se solen sjunker</em> qui célèbre le soleil couchant. Aujourd’hui, nous aurions un smartphone pour l’écouter, mais Schubert serait devenu «&nbsp;la musique de Barry Lyndon&nbsp;». Pourquoi fallait-il que la déliquescence de la culture suive le progrès de la technique&nbsp;?</p>



<p>Quand la soirée avançait, face au soleil de minuit, nous écoutions le silence, que soulignait par moments l’appel plaintif d’un pluvier doré surveillant sa nichée. À un moment, pris d’un accès d’inspiration lyrique, je crus bon de commenter le spectacle, mais Ferrand me fit signe de me taire. Il avait raison. «&nbsp;Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence&nbsp;», disait Euripide. Thor et Baldr, dont je sentais la présence en ces lieux, avaient dû froncer les sourcils eux aussi. Peut-être étaient-ce eux qui s’exprimaient par la voix de Ferrand&nbsp;?</p>



<p>Nous partagions fraternellement des copeaux de morue séchée et un bloc de fromage du Gudbrandsdal, qui avait l’aspect et la texture d’un savon de Marseille oublié dans un grenier depuis l’exode de 1940. C’était sûrement grâce à ce concentré d’énergie, facile à conserver et à stocker, que les Vikings avaient pu rallier Terre-Neuve, me dis-je. Pour le dessert, je suivais les conseils de Ferrand, qui pratiquait la mûre arcti que, appelée ici <em>multer</em>, et les jours de disette se rabattait sur la camarine noire, au goût ingrat mais riche en anthocyanes. Le naturaliste ne peut mourir de faim dans les terres les plus hostiles, c’est ce qui le rapproche du Pithécanthrope et l’éloigne de l’énarque.</p>



<p>Un jour, un vieux pêcheur qui habitait dans une cahute en bois à l’autre bout de la grève de galets nous invita à prendre le café. Il parlait sans cesse – c’est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases – mais nous n’y comprenions rien. Avait-il été chassé le phoque au Svalbard, traqué le rorqual à Jan Mayen ou pêché la morue devant les Vesterålen&nbsp;? Son café était une vraie lavasse, car les rustiques Norvégiens n’ont pas, en ce domaine comme en bien d’autres, le raffinement des Italiens. Mais la radio passait de la musique dodécaphonique – du Schönberg, me semblait-il, ou peut-être du Stockhausen. Même France-Culture devait renâcler à diffuser ce genre de choses, pensai-je. Il fallait que je vinsse dans la cabane d’un pêcheur au-delà du cercle polaire pour en entendre. Le pêcheur norvégien ne sait pas faire le café, mais il n’est pas rebuté par l’avant-garde.</p>



<p>Ces journées ascétiques au milieu des galets ne me déplaisaient pas, cependant mon instinct migratoire me fouaillait. Un matin, je décidai de larguer les amarres et de faire voile vent arrière vers le cap Nord, avant que les profs retraités à camping-car n’envahissent les lieux – c’était bien la dernière espèce de personnes que j’avais envie de trouver là-bas. Nous nous séparâmes sans effusions. Les paroles étaient superflues : le silence est un ami qui ne trahit jamais. «&nbsp;We’ll meet again, don’t know when, don’t know where&nbsp;», pensai-je : nous serions amenés à nous revoir.</p>



<p>Dans ce pub anglais, donc, où je tentais de noyer mon ennui dans le gin et la pensée de Lao Tseu, il me vint l’idée d’appeler Ferrand.</p>



<p>– Ferrand, lui dis-je, la chair est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres. J’ai bu avidement à la coupe des sagesses orientales, mais il ne m’en est rien resté. De plus, je suis tombé d’une échelle pour avoir voulu accrocher un père Noël gonflable à mon balcon, ce dont j’ai été justement puni par des vertèbres cassées. Je m’en suis tiré, car il pourrait bien y avoir un bon Dieu pour les imbéciles, mais mon corps est en peine et mon âme est meurtrie, à moins que ce ne soit l’inverse. J’ai besoin de nouveaux horizons, mais pas trop loin si possible, car je n’oublie pas l’enseignement de Lao Tseu. Qu’as-tu à me proposer&nbsp;?</p>



<p>– Bubry, répondit-il.</p>



<p>Il ne m’en dit pas davantage, mais ma curiosité était piquée. Ferrand m’avait ferré.</p>



<p>J’allai le voir dans son nid d’aigle hennebontais, d’où il surplombait la ville et, en sentinelle de la vallée du Blavet, surveillait chaque jour les déplacements des oiseaux. Il avait ses jumelles à portée de main. Car, depuis la Norvège, il avait gardé sa passion intacte. Il me présenta un de ses livres les plus rares, acquis à prix d’or&nbsp;; relié en cuir, bien qu’imprimé sur un mauvais papier jaunâtre d’après-guerre, c’était la thèse d’André Guilcher, «&nbsp;Le relief de la Bretagne méridionale&nbsp;», soutenue en 1948. Guilcher, élève du grand De Martonne, était de ces géographes formés à l’école littéraire, et qui savaient écrire. Ferrand me fit lire quelques pages sur la géomorphologie des massifs leucogranitiques du Morbihan intérieur. Il y était question de croupes et de mamelons, les failles y avaient des lèvres, les sources y jaillissaient d’entre les buissons en des replis secrets. Je repensai à ce profil féminin, tout en ondulations voluptueuses de basses collines, qui sortait des flots sur la côte ouest de Lewis, dans les Hébrides extérieures du côté de Callanish. Une Vénus écossaise, horizontale et granitique, qui avait de la gueule à côté de celle de Botticelli, trop éthérée et marmoréenne à mon goût. Je n’ai jamais su résister à l’érotisme de la géographie. Bubry, avec ses rondeurs suggestives, me tentait déjà. Mais il y avait autre chose.</p>



<p>Ferrand m’apprit en effet que ces contrées reculées étaient un des derniers bastions du rare campagnol amphibie (Arvicola sapidus), que peu de naturalistes ont vu. On a la panthère des neiges qu’on peut&nbsp;: le campagnol ne fait pas rêver les masses, on ne l’a pas vu à la télé, mais l’idée de partir à sa recherche me tentait car, comme je l’écrivis, « traquer la bête, c’est finalement se chercher soi-même ». Il me faudrait pour cela me faufiler dans les labyrinthes bocagers, pénétrer les tourbières spongieuses, tailler ma route à la machette le long des ripisylves, me méfier des fondrières aux eaux noires où la raison s’égare et où guette la vipère péliade, enfin il me faudrait attendre. «&nbsp;La patience adoucit tout mal sans remède&nbsp;», nous dit Horace dans ses <em>Odes</em> ; c’était ce qu’il me fallait. Ferrand se proposa aussi de m’arranger là-bas un rendez-vous avec Blanchard, un des meilleurs naturalistes de l’Ouest, dont il me dit qu’en matière de nature, «&nbsp;il sait tout sur tout, et même plus encore&nbsp;». Nul terrain ne le rebutait, et à partir d’un poil de campagnol accroché à une herbe, il saurait remonter la piste et me conduire jusqu’à la bête. J’acquiesçai. Il ne me restait plus qu’à monter l’expédition.</p>



<p>Quelques mois plus tard, je mis sac à terre à Lorient. Dans les bistrots du port, à coups de ballons de rouge car je savais les faiblesses des Bretons, je recrutai quelques solides dockers et lamaneurs, désœuvrés entre deux cargos à vider. Avec un tel équipage, une mutinerie était toujours à craindre, mais j’avais besoin d’eux pour transporter mes impédiments, car mes livres pesaient lourd. On verrait bien.</p>



<p>Au jour fixé pour le départ, la météo diffusait un avis de grand frais et annonçait des grains. Je jugeai plus prudent de mettre à la cape et, en attendant l’éclaircie, d’aller m’abriter chez Ferrand, qui se trouvait sur ma route. J’y disposais d’un havre sûr, et ses délectables châteauneuf-du-pape m’aideraient à prendre mon mal en patience. «&nbsp;La patience est une vertu de petit bourgeois&nbsp;», selon ce gauchiste d’Arne Garborg. Ce n’était pas que j’appréciasse particulièrement le mode de vie petit-bourgeois, je l’avais même en horreur, mais les vertus émollientes du châteauneuf opéraient et auraient chassé de mon esprit les tourbières, le campagnol et les croupes leucogranitiques si je ne m’étais ressaisi à temps.</p>



<p>Mes dockers m’ayant rejoint, je finis par lever l’ancre et mis le cap vers le nord-est. Le premier jour, par des pistes commodes longeant le fleuve sur sa rive gauche, nous abattîmes seize kilomètres, et installâmes notre camp à la nuit tombante près du moulin de Tallené, dernier lieu habité avant la sauvage vallée du Sébrevet. Je dormis peu, car mes compagnons avinés beuglaient des chansons d’ivrognes sous leur tente. Mais, comme le dit Péréra dans sa <em>Correspondance</em>, il est des insomnies plus riches que d’autres, et celle-ci me permit de me plonger dans le Barzaz Breiz, qui m’introduisit aux mystères de l’âme bretonne tandis que les prolétaires cégétistes dégueulaient leur vinasse.</p>



<p>Le lendemain, après dissipation des brumes matinales, nous entrevîmes ce qui nous attendait. Les sombres versants couverts de forêts se resserraient vers le nord, les chênes creux des talus dressaient vers le ciel leurs formes tourmentées, les ronciers partaient à l’assaut des prairies et il allait falloir emprunter des chemins noirs et fangeux, qui peut-être ne menaient nulle part. Plus habitués aux horizons lumineux de la rade de Lorient qu’aux ténèbres des ravins d’Argoat, et peu sensibles aux charmes nervaliens des vallées embrumées, mes porteurs refusèrent d’aller plus loin. Il me fallut ne garder de mes bagages que l’essentiel, mais la frugalité est la mère de nos vertus, nous dit Cicéron, et la pensée de Socrate sur le marché d’Athènes («&nbsp;Que de choses dont je n’ai pas besoin&nbsp;!&nbsp;») me soutint le moral durant l’épreuve du tri.</p>



<p>Voici un aperçu de ce que contenait désormais mon sac à dos :</p>



<p>______________________________________________</p>



<p>– Un sextant de marine Vogler de 1876, chiné sur les quais de Valparaiso et qui, m’avait-on dit, aurait appartenu au capitaine de l’Entre-Côtes. Cet appareil peut être utile pour relever sa position dans les campagnes bretonnes quand le GPS déclare forfait, mais je préférais ne pas en avoir besoin car une rafale traîtresse du côté de l’île Tristan da Cunha m’avait privé de son mode d’emploi.</p>



<p>– Prêtée par Ferrand, une paire de jumelles Zeiss Jenoptem fabriquée en RDA. Une sorte de Trabant de l’optique, rustique mais efficace, qui avait dû équiper les VoPos en faction le long du Mur. Les campagnols n’auraient qu’à bien se tenir, je les verrais avant qu’ils ne me voient.</p>



<p>– Les Annales des Printemps et Automnes, de Zhu Xi, dans l’édition commentée par Zuo Qiuming qui est à mon avis la meilleure.</p>



<p>– Les Chansons de Bilitis, de Pierre Louÿs, édition de 1894. Ce genre de littérature érotique pour pères de famille respectables n’était pas pour moi, il m’en fallait plus pour me fouetter le sang, mais cette édition rare était reliée dans un fin cuir de veau pleine fleur dont le toucher me procurait des sensations troublantes. J’appréciais de l’avoir sur moi les soirs de solitude en terrain hostile.</p>



<p>– Pastiches et mélanges, de Proust. J’aimais sa façon de se faire apparaître comme personnage dans son pastiche du Journal des Goncourt. Se pourrait-il que je sois pastiché un jour, et par qui&nbsp;? Je me méfiais de genre d’honneur&nbsp;: l’hommage rendu au style tombe vite dans le persiflage.</p>



<p>– Cinq bouteilles de whisky Laphroaig Quarter Cask Islay Single Malt. Ce n’était pas mon préféré, mais je saurais m’en contenter. Et pourquoi pas de vodka&nbsp;? En ces terres celtiques, où je visais les tourbières, le whisky me semblait plus en accord avec l’esprit des lieux.</p>



<p>– Trois livres de tabac de pipe Latakia Shek-al-Bint syrien, que j’avais acheté chez Chonowitsch à Copenhague, ainsi qu’une pipe Rattray’s. On connaît mon penchant pour le cigare, mais la Faculté me l’avait interdit. L’hygiénisme dictait ses lois, et je m’étais incliné. Tout compte fait, la pipe pouvait convenir&nbsp;: quand le Breton se fait marin, il fume la bouffarde&nbsp;; et, mieux que le cigare, la pipe pouvait m’aider à entrer en contact avec les autochtones. Elle me serait aussi de bonne compagnie durant les longs affûts, la lecture de Zhu Xi et les méditations sous les chênes séculaires. J’avais la caution du raisonnable Bach, qui l’avait célébrée dans sa cantate BWV 155 «&nbsp;So oft ich meine Tabakpfeife&nbsp;». Entre Bach et la médecine, j’avais choisi mon camp.</p>



<p>– Quelques boîtes de pâté Hénaff, que je m’étais procurées à Pouldreuzic car, comme le kouign amann et le kig-ha-farz, il est meilleur quand on va le chercher à la source. Pour le reste, je comptais sur l’écorce de bouleau, que je trouverais en abondance. Les Sames de Kautokeino m’avaient appris qu’en en disposant des lambeaux au fond de mes bottes, ceux-ci devenaient mangeables au bout de quelques jours de macération. C’était moins riche que le kouign amann, mais excellent pour le transit. Va donc pour l’écorce, et j’avais du whisky pour faire passer.</p>



<p>– Une andouille de chez Quidu dans sa version momifiée à l’aspect charbonneux, bourrée de gras et de sel, la seule nourriture de survie capable de vous tuer par infarctus. J’y étais prêt&nbsp;: qui ne prend pas de risque risque encore davantage, et d’ailleurs j’avais survécu au haggis lors de ma traversée des Cairngorms en raquettes.</p>



<p>– Un canif 102 Girodias de 1896 à manche de corne, ayant appartenu à mon arrière grand-père. Mais, de peur de le perdre, j’utiliserais un Laguiole made in China. Il devait pouvoir venir à bout du pâté Hénaff, mais peut-être pas de l’andouille.</p>



<p>_____________________________________________</p>



<p>Mon GPS indiquait 47°89 N et 3°19 O, l’altitude était de 21 mètres, la température de douze degrés, le vent soufflait de 240° à huit nœuds, les conditions me semblaient favorables pour me lancer.</p>



<p>Quelle direction prendre&nbsp;? En tirant au droit, en hors-piste, je n’étais qu’à 4,5 km de l’objectif, mais il me fallait m’extraire de cette vallée en traversant le ruisseau à gué puis en attaquant la pente de face avant d’émerger à l’air libre sur les plateaux. Par cette voie, je devrais affronter les ronciers, les fourrés de prunellier sur les pentes raides, les chablis où l’on risque l’entorse à chaque pas, et je m’imaginais en pitoyable loque, rampant jusqu’à la ferme la plus proche pour implorer l’asile en attendant les secours, si les chiens ne m’avaient pas mis en pièces avant.</p>



<p>En remontant les vallées, le trajet était plus long, Google m’indiquait sept kilomètres et je devrais envisager un bivouac à mi-parcours. D’après Ferrand, si la pente était faible, les obstacles étaient rudes. Je le devais aux eurocrates&nbsp;: depuis les quotas laitiers, puis la PAC, la broussaille avalait les prés, les saulaies partaient à l’assaut des bas-fonds, les talus s’effondraient et les arbres s’abattaient dans les ruisseaux entre les moulins en ruines. Les vallées tombaient en catalepsie, tandis que John Deere et Mc Cormick régnaient sur les plateaux. Il me faudrait donc escalader des troncs pourris, me tailler un gourdin mahousse pour battre les ronciers, patauger dans la vase et traverser les ruisseaux à gué – en Islande, on m’avait conseillé de le faire plutôt vers les trois heures du matin. Cela ralentirait la marche.</p>



<p>Je me pris à douter de mon projet et me remémorai la phrase de Lao Tseu&nbsp;: «&nbsp;Le bon voyageur n’a pas d’itinéraire et n’a pas l’intention d’arriver.&nbsp;» Et d’ailleurs, s’il est vrai qu’il n’est point de vent favorable pour qui ne sait où il va, celui qui n’a pas de but trouvera toujours un chemin pour l’y conduire.</p>



<p>Cependant, j’optai pour la directissime.</p>



<p>J’en vins à bout sans encombre, et fis surface dans les maïs. Pas de bergère rosissante pour m’accueillir à l’orée des bois, cela n’arrivait qu’à Lamartine, mais un tracteur de 300 CV. Cette rude machine était peu engageante, et les temps n’étaient plus à ces frivolités.</p>



<p>Vers le soir, j’arrivai en vue de mon objectif. Il me fallait traverser le hameau de K., posé à 137 mètres avant la descente vers les tourbières. Il s’annonça à mes narines par une forte odeur de lisier de porc, à laquelle se mêlaient des notes d’étable et d’ensilage. Je dus allumer ma pipe pour contrer ces effluves, par lesquelles l’agro-business entendait se rappeler à mon bon souvenir. Au milieu de hangars en tôle et de ferrailles agricoles abandonnées aux orties, je discernai les restes d’une ancienne ferme, aux moellons de granite bien équarris et aux linteaux en accolade finement ouvragés. Cette vieille civilisation rurale était pauvre, mais elle avait le sens du Beau, me dis-je en considérant la maison des agriculteurs, terne bâtisse en parpaings où il y avait l’eau courante et la télé. Le paysan d’autrefois vivait les pieds dans la boue et la tête dans les étoiles, et même il leur parlait les soirs de cuite&nbsp;: Orion et Bételgeuse veillaient sur lui lorsqu’il cuvait dans les fossés. Celui d’aujourd’hui vit toujours dans la fange, mais il boit du Coca et rêve d’un plus gros tracteur. La pauvreté des biens est facile à guérir, mais pas celle de l’âme.</p>



<p>Je bivouaquai à l’écart, en veillant à être au vent de la porcherie. Le lendemain matin, promptement réchauffé par un quart de Laphroaig, je considérai le paysage. L’horizon était fermé par quelques molles ondulations allant chercher dans les 150 mètres – c’étaient là les croupes promises par Guilcher, elles n’avaient rien de très affriolant – et j’apercevais au-delà un sommet de 177 mètres, qui n’avait pas encore été nommé sur les cartes. Paradoxe de notre époque mondialisée&nbsp;: tout le monde connaît le Shishapangma ou le Gyachung Kang, mais nul ne sait où se trouve et comment se nomme le sommet du pays de Lorient, qui attend encore son découvreur. En contrebas étaient les tourbières, cernées par des colluvions de bas de pentes et cachées à mon regard par des rideaux de saules et de bouleaux. Là devaient se terrer les campagnols et s’ébattre les loutres en leurs refuges secrets, là était mon nouveau séjour, où une fois de plus j’allais me trouver loin du monde des hommes, enveloppé des bruissements de la vie sauvage et réduit à l’essentiel pour ma subsistance. Un vol de martinets au plumage fuligineux passa à tire d’aile, une buse variable me salua gaîment en décrivant des orbes dans le ciel clair&nbsp;: je pouvais maintenant partir.</p>



<p>Un paysan en bleu de travail maculé de boue remontait le chemin d’un pas lourd.</p>



<p>– Holà, lui dis-je, est-ce bien le chemin des tourbières&nbsp;?</p>



<p>– Ben ça, j’sais pas trop, mais si c’est des trous d’boue qu’tu cherches, y’en a plein là-bas, mon gars. C’est tout droit, t’as qu’à descendre.</p>



<p>Les subtilités de la pédologie et de la phytosociologie n’étaient pas parvenues jusqu’ici, mais le propos, dru comme un grain porté par le noroît, allait à l’essentiel&nbsp;: j’étais sur la bonne voie.</p>



<p>J’eus du mal à trouver un coin pour planter ma tente, entre les fruticées épineuses et les sphaignes gorgées d’eau. A l’aide de mon Girodias, et faisant fuir des lézards vivipares qui n’avaient jamais croisé d’être humain, je parvins tout de même à défricher un emplacement acceptable&nbsp;: si le sol était trempé, au moins était-il moelleux. Mais l’endroit était infesté de moustiques, de tiques et de cette sorte de moucheron que les Britanniques nomment <em>midges</em> – à mes yeux une preuve irréfutable de la non-existence de Dieu, car s’Il existait, Il n’aurait jamais inventé une telle engeance. Je pensai à Malraux, pour qui «&nbsp;la pire souffrance est dans la solitude qui l’accompagne&nbsp;». Mais Gandhi nous enseigne que «&nbsp;nul ne s’est élevé sans s’être purifié au feu de la souffrance&nbsp;»&nbsp;: cette parole consolatrice m’aida à tenir.</p>



<p>L’affût est un mode opératoire, il me fallait en faire un style de vie. Ainsi mes journées se passaient en attente le long du ruisseau, dissimulé sous un sac à pommes de terres en toile de jute. J’appréciais dans les rais de lumière filtrant entre les feuillages le ballet des agrions aux ailes hyalines, j’avais plaisir à voir passer une truite de temps à autre, mais le campagnol n’apparaissait pas et je commençais à redouter l’ennui, dans lequel Blanchot voit «&nbsp;le pourrissemement de l’attente&nbsp;».</p>



<p>Un matin, j’aperçus émergeant de la brume et des fourrés de callunes une haute silhouette bardée de matériels d’observation – appareil photo, jumelles, filet à papillons, troubleau, loupe, et j’en passe. J’allai à sa rencontre, progressant laborieusement entre les carex aux feuilles tranchantes comme des lames de rasoir.</p>



<p>– Blanchard, je présume&nbsp;? lui dis-je d’un air dégagé, quoique je lui trouvasse des ressemblances avec Sean Connery.</p>



<p>– Bien vu, me répondit-il. Sur quels critères m’avez-vous déterminé&nbsp;?</p>



<p>– Si l’habit ne fait pas le moine, le filet à papillons fait toujours le naturaliste, dis-je.</p>



<p>– Votre perspicacité m’éblouit. Depuis le temps que vous êtes là, vous avez dû voir des campagnols amphibies&nbsp;?</p>



<p>Je dus reconnaître qu’il n’en était rien. Là dessus, mon interlocuteur s’enfonça dans la ripisylve, les narines frémissantes et tous sens en éveil. L’homme de science cherchait, il savait, il allait trouver. Quelques minutes s’écoulèrent dans le silence, à peine troublé par quelques craquements de branches.</p>



<p>– Là, me lança Blanchard. Un campagnol.</p>



<p>Je me hâtai tant bien que mal, pataugeant dans les sphaignes, faisant surgir des tréfonds bourbeux des bulles de méthane aux exhalaisons méphitiques. Arrivant en vue du ruisseau, je me juchai sur un touradon de carex qui bascula, me précipitant dans l’eau froide sous le regard amusé de Blanchard. Mon Pierre Louÿs partit au fil de l’eau et les Zeiss DDR étaient hors d’usage. C’était assez, et on ne m’y reprendrait plus&nbsp;: je sautai dans le premier avion en partance pour Paris.</p>



<p>Quelques jours plus tard, j’appelai Ferrand.</p>



<p>– Ma quête du campagnol a échoué, lui dis-je, j’ai baissé depuis les temps où je courais le Chang Tang. Quant à l’érotisme des formes leucogranitiques, c’était surfait, ne t’en déplaise. Cabrel avait raison&nbsp;: je retourne en arrière, car je n’ai pas trouvé ce que je veux. Qu’aurais-tu à me proposer&nbsp;?</p>



<p>– Si les biotopes bretons ne te vont pas, essaie les sociotopes parisiens, me dit-il. Tu n’as qu’à te caler à la terrasse du Flore ou des Deux Magots, et observer la faune de Saint-Germain-des-Prés, éventuellement avec un carnet de notes comme le faisait Perec. C’est instructif, tu verras, tu pourras en tirer de la matière pour de futurs récits&nbsp;; et pour ce qui est des croupes, sache que l’amour, c’est comme la grippe&nbsp;: c’est dans la rue que ça s’attrape, et ça finit au lit. Tout espoir n’est donc pas perdu&nbsp;: tu verras des croupes, et sans doute des mamelons aussi. Tout vient à point à qui sait attendre&nbsp;: tu sais les vertus de la patience.</p>



<p>– Voilà qui pourrait me convenir, répondis-je. Quand on n’a rien à faire, regarder ce qui se passe dans la rue est le dernier espoir, ajoutai-je en citant William Sutcliffe. Et toi, quels sont tes projets, à part compter les piafs&nbsp;?</p>



<p>– Je pense me lancer dans le pastiche, et il se pourrait que je me fasse les dents sur un écrivain à la mode, me dit-il sur un ton légèrement ironique. Je commence justement à avoir quelques idées sur la question.</p>



<p></p>



<p><strong><em>Jean-Pierre FERRAND, décembre 2022</em></strong></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/dans-les-tourbieres-de-bubry/">Dans les tourbières de Bubry</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Horloge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 16:23:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Atelier d&#8217;écriture à Baud &#8211; 10 septembre 2002. Exercice&#160;: répondre à une petite annonce. Loperhet&#160;: « Ancienne horloge de mur, tout</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Atelier d&rsquo;écriture à Baud &#8211; 10 septembre 2002. Exercice&nbsp;: répondre à une petite annonce.</em></strong></p>



<p><em>Loperhet&nbsp;: « Ancienne horloge de mur, tout est d&rsquo;origine, très abîmée, manque la clé de remontage et la vitre. Faire offre. »</em></p>



<p>Monsieur, votre horloge ne m&rsquo;intéresse plus.<br>Elle cadençait les temps anciens qui ont disparus.<br>Et remplacer la clé ou la vitre n&rsquo;y changera rien.</p>



<p>Savez vous que le temps s&rsquo;accélère bien que la Terre ralentisse&nbsp;?<br>Productivité, gaspillage des ressources, consommation inepte, désirs vains,</p>



<p>Tous ces objets qui remplissent les poubelles de nos défaites,</p>



<p>Cadence infernale dictée par les nouveaux temps que votre horloge ignorait.</p>



<p>Savez vous que mon temps s&rsquo;accélère à mesure que je m&rsquo;enfonce dans les années,</p>



<p>Une heure dans ma prime jeunesse, une seconde en cette vieillesse&nbsp;?</p>



<p>Monsieur, tous ces temps ne se mesurent pas, ils ne sont que la folie des humains pour découper l&rsquo;indécoupable afin de mieux le posséder.</p>



<p>Monsieur, finalement, votre horloge m&rsquo;intéresse, pourvu qu&rsquo;elle ne soit pas réparée,<br>Que sa vitre cassée me fasse passer de l&rsquo;autre côté du miroir,<br>Que nulle clé ne mettre en branle un mécanisme qui égrainera ma vie,<br>Parce que je n&rsquo;aspire plus qu&rsquo;à l&rsquo;immobilité.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/horloge/">Horloge</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Supplique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Oct 2021 16:12:37 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/supplique/">Supplique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image si puissante où vous sembliez enfin apaisée, drapée de cette couleur azurée liquide et souveraine qui est votre essence, tenant en votre main la sauge purpurine, le rameau argenté de l’olivier, l’amarante pourpre et la palme d’albâtre, regardant vers un avenir pacifié, me montrant la voie à emprunter à travers la béance de votre dos, j’ai enfin compris que je ne pouvais plus repousser cette rencontre.</p>



<p>Mère, je ne suis légitime en rien, ambassadeur d’un pays de limbes, émissaire sans mandat, porte-parole de ma seule suffisance, mais je sais que je recèle en moi tout ce qui a fait les miens, de l’inavouable au plus éclatant, de la violence à la bienveillance, de la terreur à la joie, de l’infantile à la sagesse, de la destruction à la création, de la mort cruelle à la vie fragile.</p>



<p>Mère, je vous ai bafouée, avilie, méprisée, ignorée. Dans mon immense orgueil, je vous ai oubliée, reniée, traçant mon seul chemin sans prêter attention à votre souffrance, à ce sang qui perlait partout où portaient mes scarifications et mes empreintes. Pendant des siècles de siècles, je vous ai confisqué votre royaume. Je l’ai asservi, instrumentalisé, exploité, disposé, sans jamais prendre en compte un autre intérêt que le mien, ignorant que mes pas assurés me menaient à ma perte. Ô, comment ai-je pu être aussi puéril et vain&nbsp;? Ne savais-je pas en moi-même, sans me l’avouer, dans mon inconscient endurci, que cette voie était sans issue&nbsp;?</p>



<p>Mère, les millions de vies que vous abritiez hurlent leurs douleurs dans ces vides que j’ai taillés de ma domination triomphante. Depuis les temps immémoriaux qui ont sculpté mon identité, j’ai toujours été dans le déni, l’illusion, le récit auto-centré, ignorant l’autre, les autres.</p>



<p>Et Vous.</p>



<p>Mère, votre colère n’est que méritée. Maintenant que s’enflent le vent de la désolation, la chaleur mortelle, les eaux envahissantes, que mes mains ne saisissent plus que le sable inerte et la terre souillée pulvérulente, que la mort hideuse s’annonce, que l’anéantissement menace, je ne peux que vous présenter ma prière. Je sais que vous vous remettrez de mes outrages avec ce temps éternel dont vous disposez. Je sais que d’autres me succéderont, plus sages, moins agressifs, moins impudents, moins imbus d’eux-mêmes. Je sais que je ne vaux que ce sort que vous ne m’avez jamais souhaité mais que l’urgence impose. Des vies innombrables attendent, tremblantes, que moi, le super-prédateur, je baisse la garde jusqu’à disparaître.</p>



<p>Mère, je suis capable du pire comme du meilleur. Si ma soif de posséder est incommensurable, mon détachement du quotidien l’est aussi. Je suis un pur esprit avide de sécurité comme d’aventures. Ancré dans le réel que je m’invente et la tête dans le ciel insondable. Rongé d’angoisses mais ouvert à tout vent. Capable d’un égoïsme morbide et d’une immense altérité. Porté par l’intérêt immédiat mais d’une générosité improbable, contre nature. Matérialiste indécrottable et créateur impénitent.</p>



<p>Mère, je veux changer de voie. Arrêter les destructions, la course au profit immédiat. Me remettre à ma place, en votre sein. Protéger toute vie de ma puissance de démiurge. Aider les plus faibles, les plus atteints par mon incurie. Oublier la technique, me poser, écouter, ressentir, accueillir. Créer du beau. Réparer. Rêver. Ne rien faire. Contempler.</p>



<p>Vivre enfin, sans attente, sans projets, sans tordre ma réalité.</p>



<p>Mère, laissez-moi tenter de me transformer, revenir au carrefour où j’ai choisi la mauvaise route, repartir vers la Vie. J’ai détruit les forêts, rasé les montagnes, exploité les océans, asservi les espèces, asséché des contrées, rendu insalubres d’autres, souillé l’air, le sol, l’eau, haï, haï, ô combien haï tant d’êtres. Mais j’ai aussi créé sans objet et sans espoir, peint, sculpté, composé, chanté, conté, écrit, aimé, aimé, ô combien aimé tant d’êtres, bâti les cathédrales, les mosquées, les temples, les villes superbes, beautés sublimes jetées face au néant de mon existence, bornes intemporelles de mes faiblesses et de cette incompatibilité tragique entre mon esprit infini et mon corps si limité et définitivement mortel.</p>



<p>Je ne veux plus que créer le meilleur, pour le bien de tous celles et ceux qui nous accompagnent.</p>



<p>Parce que je rêve que la Beauté de l’Art sauvera notre Monde.</p>



<p>Mère, me laisserez-vous cette chance, m’accorderez-vous le temps de trouver cette voie&nbsp;? Aurais-je droit à la rédemption&nbsp;?</p>



<p>Je suis désormais devant vous, toute honte bue, car j’ai enfin découvert où m’adresser pour vous implorer. Ce songe m’a ouvert le chemin.</p>



<p>Vous êtes en moi et autour de moi.</p>



<p>Moi, l’Humain, votre enfant prodigue.</p>



<p>Vous, la Terre.</p>



<p>Mon Unique Terre à laquelle je dois la Vie.</p>



<p>Accueillez-moi à nouveau.</p>



<p>Accueillez ma supplique.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/supplique/">Supplique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Korrigan</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Apr 2018 21:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Humour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Station essence &#8211; pause pipi &#8211; Relais de Varades Pays d&#8217;Ancenis. Dimanche 22 avril 23h46.Scène macabre révélée par un café</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="744" height="992" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2020/11/image_2020-11-22_222815.png" alt="" class="wp-image-703" style="width:558px;height:744px" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2020/11/image_2020-11-22_222815.png 744w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2020/11/image_2020-11-22_222815-225x300.png 225w" sizes="(max-width: 744px) 100vw, 744px" /></figure>



<p>Station essence &#8211; pause pipi &#8211; Relais de Varades Pays d&rsquo;Ancenis. Dimanche 22 avril 23h46.<br>Scène macabre révélée par un café renversé.<br>Un korrigan égaré à la frontière de la Bretagne historique, agonisant bien loin de ses landes natales. </p>



<p>Trop tard pour le sauver, dommage, je retournais Ar Bro.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/29-04-2018-korrigan/">Korrigan</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Sac de noeuds</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Nov 2017 11:23:26 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>De temps à autre, j&#8217;aborde des problèmes de fond. Par exemple les nœuds de lacets. Il m&#8217;a fallu attendre tant</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/sac-de-noeuds/">Sac de noeuds</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>De temps à autre, j&rsquo;aborde des problèmes de fond. Par exemple les nœuds de lacets.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m&rsquo;a fallu attendre tant de décennies avant de m&rsquo;affranchir, avant d&rsquo;oser abandonner le double nœud. Oui, je sais, c&rsquo;était risqué, un coup de folie, une grosse fatigue, une soudaine raideur dans les reins. Bref, ce matin-là, j&rsquo;ai déclaré forfait au premier nœud, je me suis levé et, la tête dans les épaules, la peur au ventre, les bras en avant pour parer la chute, j&rsquo;ai essayé un pas, puis deux, puis plusieurs milliers comme me l&rsquo;a dit mon smartphone qui m&rsquo;impose les 10 000 quotidiens&#8230;et les lacets ne se sont pas défaits !</p>
<p>Mine de rien, ça a changé ma vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Défaire un double nœud relève de l&rsquo;abnégation, de la patience, de la bienveillance pour cet artefact récalcitrant, bref des qualités pour lesquelles je ne suis pas sûr d&rsquo;avoir été bien doté à la naissance. Et comme je jette mes chaussures le soir, lacets en place, c&rsquo;est le matin, moment où je ne suis pas au mieux de ma forme, que je dois m&rsquo;appuyer ces horripilants spaghettis refusant de céder. Alors que maintenant, je tire n&rsquo;importe quel bout et, dans un scritch-scritch agréable, tout vient à moi, se délite, s&rsquo;offre dans la douceur&#8230;Le bonheur !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais désormais une question me taraude. Pourquoi m&rsquo;avoir appris, m&rsquo;avoir imposé, m&rsquo;avoir obligé le double nœud, protocole tellement ancré en moi qu&rsquo;il m&rsquo;a fallu atteindre cet âge respectable pour le mettre en défaut ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je me dis parfois que les temps ont changé, que les lacets ont beaucoup évolué et que les progrés fulgurants, mais ignorés des non-initiés, de la technique lacicole, permettent de se passer de cette redondance du nœud. Encore plus de grip, l&rsquo;abandon du coton pour le polyéthylène ou le nylon, une meilleure maîtrise de l&rsquo;œillet ou des tensions contradictoires dans l&rsquo;âme ou la tige de la chaussure, bref un ensemble cohérent rendant caduc ce double geste, donnant enfin un rôle responsable au nœud unique qui n&rsquo;avait, jusqu&rsquo;alors jamais pu être adulte, souffrant de ce manque de confiance&#8230; injuste, je le sais maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être que mes séances de musculation m&rsquo;ont permis de franchir le seuil autorisant, par un surcroît de puissance de serrage, la tenue dans le temps du nœud simple, même au prix d&rsquo;une strangulation à lui faire tirer la langue, à lui serrer le kiki, images pas si osées puisque d&rsquo;aucuns lui trouvent une tête&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce qui me terrifie, c&rsquo;est que, peut-être, le nœud solitaire a toujours amplement suffi mais qu&rsquo;il était de tradition, que « l&rsquo;on y avait toujours fait comme ça », depuis le début du lacet, depuis des temps immémoriaux, de faire un double nœud et que le tabou, l&rsquo;ostracisme frappaient celui qui osait braver la loi d&rsquo;airain.</p>
<p>Peut être que des myriades de gestes quotidiens sont inutiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut être qu&rsquo;il faut tout remettre en cause, poser un regard neuf sur tout notre environnement.</p>
<p>Demain, je commence ma révolution.</p>
<p>Demain, j&rsquo;abandonne la ceinture.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/sac-de-noeuds/">Sac de noeuds</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Fisksätra</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Jan 2017 14:02:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Textes autres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En septembre 2016, j&#8217;ai participé à une formation en Suède sur la trame verte et bleue. Une semaine de visites</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/fisksatra/">Fisksätra</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>En septembre 2016, j&rsquo;ai participé à une formation en Suède sur la trame verte et bleue. Une semaine de visites et de rencontres à Stochkolm sur ce thème technique. Nous avons visité un drôle de quartier, Fisksätra.</em></p>
<p><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra.jpg"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-532 size-large" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra-1024x683.jpg" alt="" width="474" height="316" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra-1024x683.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra-300x200.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra-768x512.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2017/10/Fisksätra.jpg 1132w" sizes="(max-width: 474px) 100vw, 474px" /></a>Il y a des mots que tu n’arriveras jamais à maîtriser.</p>
<p style="text-align: justify;">Trop étranges, trop particuliers, trop éloignés du lexique maternel. Oh, tu les reconnais sans hésiter dans un texte, ils te deviennent familiers, un peu comme le nom d’un personnage japonais dans un roman de Murakami. Mais tu serais incapable de les prononcer, encore moins de les écrire fidèlement. Comme un caillou dans ta chaussure, un corps étranger avec lequel tu dois frayer un temps, parce que ces putains de lacets faut se les appuyer, besoin d’un peu de temps pour se poser tranquille là sur ce banc, mais ce maudit groupe a la bougeotte, impossible d’être peinard. Si tu deviens sédentaire, tu restes derrière, et tu les perds. Non seulement de vue, mais de mots, des anglais en plus, faut vachement se concentrer, mais ça vaut la peine, plein d’idées nouvelles, de surprises, de questions pertinentes et de réponses étonnantes. Je commence à l’envier, l’autre post-hippie à la veste Emmaüs, quand tu as des tongs, t’as jamais de petits cailloux qui t’empêchent d’avancer…</p>
<p style="text-align: justify;">Mais je suis parti un peu vite, va falloir remettre un peu d’ordre dans tout ça, avant d’arriver au Mot.</p>
<p style="text-align: justify;">Deuxième jour à Stockholm, deuxième nuit dans le bateau métallique avec la chambrée de six mecs, finalement supportable avec mes amies Quies, trésors d’ingéniosité pour ne pas se gêner, discrétion mais aussi discussions. Trajet à pied sous le soleil, puis bus, puis train dans la forêt avec parfois des vues sur le bras de mer. Les maisons se succèdent sur le côté, pas spécialement bidonville, genre cadre sup, avec pour chacune une Volvo et un trampoline en cage, c’est fou cette internationale des bobos, t’as les mêmes en France.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis le choc. Ces barres d’immeubles surgies du néant sous un soleil éblouissant, cauchemar d’un ilotier franchouillard à se prendre des Molotov par la vitre, sauf que ces machins ne sont pas posés dans un champ de betteraves mais dans un écrin de forêts bordées d’eau, nature sauvage puis apprivoisée jusqu’à l’obsession en cercles concentriques irriguant les espaces verts entre les immeubles. Des voitures garées autour et une large voie qui encercle le tout.</p>
<p>Fisksätra.</p>
<p>Le voilà mon Mot caillou.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aimerais bien en connaître la traduction. Peut-être que c’est un mot à la 1984 d&rsquo;Orwell, Ministère de la Paix pour la Guerre, Petite Maison dans la Prairie pour des barres et cages d&rsquo;escalier inhumaines, dépotoir où s&rsquo;entassent des déracinés arrachés à leurs terres, traumatisés des guerres perdues, violences tellement subies qu&rsquo;elles gangrènent tous les rapports humains. Barres d&rsquo;immeubles inlassablement vues en Douce France, délires simplificateurs d&rsquo;architectes et d&rsquo;urbanistes qui n&rsquo;y vivront jamais, Cités Radieuses du Corbu…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous voilà accueillis à la maison de quartier. Lena nous parle dans un américain impeccable et là, c’est beaucoup moins fluide pour moi, impossible de savoir si je suis bloqué par l’accent ou par des neurones déficients. Son acolyte prend la parole, merci, j’arrive mieux à suivre. Puis nous sortons faire notre tour dans la Zone.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes cornaqués par des employés de la société de gestion et nous passons un bon moment dans la cité. Tout est nickel, propre, au cordeau, espaces verts entretenus maniaquement, pas de tags, pas de papiers, pas d’ordures, ni de rebuts. Comment un gestionnaire privé peut-il s’occuper ainsi d’une telle cité sans que ce ne soit au rabais&nbsp;?</p>
<p style="text-align: justify;">Pas de voitures en surface, garées en sous-sol. Les immeubles sont pimpants mais curieusement ne semblent pas très performants énergétiquement. Silence sans les voitures. Pas un cri d’enfant, l’espace est vide. Ni femmes, ni hommes, ni ados désœuvrés en sweet à capuche qui te calculent parce que tu entres sur leur territoire. Les enfants et les adolescents doivent être à l’école, les femmes dans les appartements, les hommes au travail&nbsp;?</p>
<p style="text-align: justify;">Trop beau. Étrange impression d’être un Tintin au Pays des Soviets. What’s the fuck&nbsp;?</p>
<p style="text-align: justify;">Nos accompagnants expliquent, en français hésitant pour ce marocain qui vit ici depuis des décennies. Visite de l’église-temple et future mosquée, manque plus que la synagogue pour en faire une cité œcuménique. Une supérette en réfection, peu de commerces. Un petit bout de femme au regard transperçant d’une telle énergie m’impressionne au musée humain.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment font-ils&nbsp;? Nous tenons pour responsable de l’échec de l’intégration la conception même de ces cités hors-sol, sans vie de quartier ni commerces où s’entasse une seule classe sociale déshéritée, ghetto ferment de toutes les radicalisations, de tous les délits. Nous soutenons qu’une conception différente, une mixité sociale règlerait l’essentiel des problèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec ses barres d’immeubles des années 1970, ses 7500 habitants de 120 nationalités et une densité (7280/km²) parmi les plus élevées du pays, Fisksätra démontre le contraire.</p>
<p>Comment font-ils&nbsp;? Quelques bribes de réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">Le contenu d’abord. Le réfugié est pris en charge dès son arrivée. On lui donne les moyens de vivre et, pendant un an, il est formé à la langue, au vivre ensemble suédois, ciment de cette société, puis à l’adaptation de son métier pour la Suède. Au bout d’un an, il est autonome et a trouvé un travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Le contenant ensuite. Une cité bien entretenue est une cité respectée, surtout si personne ne traîne. Des bénévoles veillent, repèrent l’élément qui peut déraper, le signalent et l’aident. Un petit côté surveillance collective pas trop aimée en pays latin. Et cela fonctionne. La moitié des habitants de Fisksätra y vivent depuis plusieurs décennies.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous n’étions pas venus pour cela, mais cette réussite nous interroge. Pour ne pas paraître Bisounours ou Tintin, il nous faudra approfondir.</p>
<p style="text-align: justify;">En début d’après-midi, au départ sous le soleil, à la station de train, la diversité est là. Blacks, rebeus, blancs, heure de fin de l&rsquo;école. Une superbe jeune femme blonde pousse un landau. Tout est calme. Quiétude sous le soleil, je me découvre un peu trop et me chope un rhume et un mal de gorge qui vont enchanter la chambrée de mes ronflements.</p>
<p style="text-align: justify;">Perplexes. WTF&nbsp;toujours&nbsp;? Un peu rassurés de voir que l’éclairage de l’abri de la station de train est grillagé pour éviter les dégradations. Ouf&nbsp;! Ce sont donc bien des humains…</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes revenus changés de Fisksätra. Ce drôle de phalanstère nous a imperceptiblement modifiés. Juste frôlé l’aile de l’ange chez l’humain alors que l’on se frotte si souvent à ses démons.</p>
<p style="text-align: justify;">Le groupe s’est soudé à ce moment-là. Une bienveillance, un plaisir grandissant d’être ensemble, à échanger, à partager, à rire et papoter. Par quel miracle 15 individus disparates, femmes, hommes, de métiers, d’âges, d’univers aussi différents ont-ils pu se reconnaître et s’accepter dans toutes leurs différences au point d’avoir de la difficulté à se séparer le samedi&nbsp;? Je suis venu avec mon individualisme et mes particularités, ni urbaniste ni archi ni environnementaliste, juste sympathisant, et je me souviens d’une chaleur, de rires et de discussions innombrables, parfois très loin des trames vertes et bleues, juste le plaisir de découvrir les richesses de l’autre.</p>
<p>Maintenant je sais. Nous avons été «&nbsp;Fisksätracisés&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/fisksatra/">Fisksätra</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Tous les cow-boys sont mortels</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jan 2017 20:25:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à Simone de Beauvoir (Tous les hommes sont mortels). C&#8217;est Lucky-Luke qui parle à la première personne. Vous me</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="frame">
<div class="content">
<p><em>Hommage à Simone de Beauvoir (Tous les hommes sont mortels).</em></p>
<p><em>C&rsquo;est Lucky-Luke qui parle à la première personne.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Vous me surprenez Mademoiselle dans ma loge, devant mon miroir et ma table à maquillage. Vous entendez encore les applaudissements de la foule pour mon triomphe, comme à chaque fois depuis soixante-dix ans. Vous scrutez mon visage, ma silhouette, tentant désespérément de déceler un quelconque signe de vieillesse ou d’avachissement. Cela est peine perdue, je suis et resterai à jamais jeune, sans rides ni raideurs, souplesse de mes trente ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Pouvez-vous imaginer ce que j’endure depuis si longtemps, simple personnage à deux dimensions ? Je sers de modèle aux enfants, je fais rire jeunes et moins jeunes avec mes prouesses, je suis sympathique, sers la bonne cause, neutralise les méchants sans jamais les tuer. Mais je ne suis ni de chair, ni de sang, ni de désirs. Comment tirer plus vite que son ombre, dépasser la vitesse de la lumière ? Je suis inhumain et pourtant depuis soixante-dix ans je peuple les rêves des enfants et des adultes.</p>
<p style="text-align: justify;">Pouvez-vous imaginer que les premiers qui m’ont lu en 1947 sont morts ou si proches de la mort ? J’ai déjà usé deux dessinateurs, nombre de scénaristes. Les morts m’entourent et vous-même ne serez plus que poussière que je serai toujours aussi jeune, immortel, du moins tant que les hommes existeront, tant que cette civilisation perdurera avant que d’autres barbares ne m’envoient à l’oubli.</p>
<p style="text-align: justify;">Ni de chair, ni de sang, ni de désirs. Les sentiments glissent sur moi. Je n’ai pas de vos humeurs, de vos passions, de vos joies, de vos traîtrises. Je suis le produit aseptisé d’un idéal de jeunesse obsolète, pétri sous la censure. Je n’ai pas d’amantes, de nuits sans fin dans une de ces alcôves borgnes de saloons enfumés où une danseuse me vendrait son corps. Savez-vous, Mademoiselle, que je donnerais mon éternité pour seulement caresser le galbe de votre hanche, boire votre vitalité à l’orée de vos lèvres ? Toutes mes aventures de papier glacé pour un seul de vos râles, abandon d’amour. Et enfin ma vie pour que votre ventre s’arrondisse et donne une vraie existence à un être qui nous ressemble ?</p>
<p style="text-align: justify;">J’erre d’album en album, mon sourire et mon flegme sont de façade, vous ne pouvez percevoir le vide de ma condition, vous pouvez m’aduler, m’aimer même, mais ne voyez vous pas que je ne suis qu’un pâle miroir humain ?<br />
Il faut que je sois lisse, ni aspérités ni cicatrices, je n’ai droit à aucune faiblesse. Ces tyrans m’ont même enlevé la seule joie qui m’était accordée, mon tabac à rouler remplacé par un bien trop politiquement correct brin d’herbe.</p>
<p>Et je serai ainsi pour des siècles de siècles.</p>
<p style="text-align: justify;">Mademoiselle, n’essayez pas de me ramener à votre univers, en espérant secrètement que je vous cèderai bien un peu de ma jouvence en échange de quelques émois ou sentiments. Bien d’autres s’y sont essayées. Vous n’êtes pour moi qu’une, parmi une longue série, de ces folles de la vie qui croyaient m’aspirer un peu d’éternité. Vous n’êtes qu’un brin d’herbe parmi d’autres qui tapissent cette immense étendue que je parcours de ma vue sans jamais pouvoir m’y étendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Mademoiselle, laissez-moi maintenant que la fête est passée, laissez-moi retrouver cette intimité entre deux albums, cette non-existence à laquelle j’aspire tant, avant que je ne sois à nouveau exhibé sous les spots d’un énième album.</p>
<p style="text-align: justify;">Mademoiselle, laissez-moi, quittez cette non-pièce sans vous retourner, que je sois le seul à me repaître de ma transformation, statue de sel figée devant son miroir jusqu&rsquo;à ce qu’un de mes tyrans ne me ranime.</p>
</div>
</div><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/tous-les-cow-boys-sont-mortels/">Tous les cow-boys sont mortels</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La photo</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2016 13:09:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[DHC]]></category>
		<category><![CDATA[Photo]]></category>
		<category><![CDATA[Short-edition]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle retenue, avec cession des droits, par l&#8217;éditeur SHORT-EDITION.COM  et présente dans 105 distributeurs d&#8217;histoires courtes  Il s’en rappelle bien</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/la-photo/">La photo</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nouvelle retenue, avec cession des droits, par l&rsquo;éditeur <a href="https://short-edition.com/fr/oeuvre/la-photo-7" target="_blank" rel="noreferrer noopener">SHORT-EDITION.COM  </a>et présente dans 105 <a href="https://short-edition.com/fr/p/notre-gamme-de-distributeurs" target="_blank" rel="noreferrer noopener">distributeurs d&rsquo;histoires courtes </a></em></p>



<p>Il s’en rappelle bien alors qu’il était tout jeune. Peut-être huit ans. Il était fou de cyclisme. Jacques Anquetil, Raymond Poulidor, le Tour de France&nbsp;! Son père l’avait emmené voir une course tout près de chez lui. Ils s’étaient placés presque en haut de la côte, la foule en haie d’honneur de part et d’autre de la route. Pas des champions non, mais des amateurs courageux qui grimaçaient sous l’effort. Il avait pris une photo des premiers coureurs avec son Kodak Instamatic et sauté de joie en sortant de chez le photographe car elle était réussie et bien nette. Les deux coureurs de tête, roue dans la roue, regard fixé sur le sommet, les spectateurs de l’autre côté, les bras levés, hommes, femmes, enfants, la lumière crue sous le soleil ardent découpant les ombres sur l’asphalte. Quand il avait voulu la mettre dans sa chambre, dans le petit cadre que lui avait offert sa grand-mère, sa mère avait refusé tout net et sèchement confisqué la photo. Il avait menacé, hurlé, pleuré, crié son incompréhension devant une telle injustice, mais sa mère s’était murée et avait tenu bon. Son père n’avait pas soutenu son regard implorant.</p>



<p>Il s’en souvient comme si c’était hier. C’était sa première déchirure.</p>



<p>Maintenant il est là, à cinquante ans, un bouquet de fleurs à la main, à l’heure du goûter devant cette ferme, à attendre qu’une vieille dame lui ouvre la porte.</p>



<p>Il ne la connaît pas. Comment est cette femme&nbsp;? Comment va-t-elle l’accueillir&nbsp;? Il est là, ses fleurs de toutes les couleurs à la main, leurs odeurs lui montant à la tête. Il est là, son cœur tape tandis que les pas approchent et que la porte s’ouvre.</p>



<p>Non, il ne la connaît pas mais il la regarde comme son père a dû la regarder quand elle était très jeune. Enfin, son vrai père. Le biologique. Pas son père d’amour, beau-père, bon-père, brave-père, faux-père, père vélo, celui qui l’a reconnu et élevé, celui qui est mort trop tôt, les laissant s’effondrer.</p>



<p>Il s’imagine dans le corps de ce père biologique, dans sa tête… Étrange de vouloir se glisser dans la peau de quelqu’un qui l’a conçu mais qu’il n’a jamais connu, qui l’a abandonné lâchement dans le ventre de sa mère, qui s’est marié à cette autre femme qui lui fait face maintenant. Elle le regarde, et il voit distinctement dans ses yeux qu’elle reconnaît, dans ses propres traits, ceux de son mari. A travers lui, elle reconnaît les yeux, le menton, le nez, les mains puissantes de celui qu’elle a tant aimé et qui lui a donné trois enfants. Ses yeux se mouillent parce qu’elle a maintenant, en face d’elle, comme un avatar inattendu de son mari, mort si tôt lui aussi.</p>



<p>Elle ne lui dit rien mais lui ouvre les bras. Pour accueillir ce double, dont elle connaît l’existence depuis toujours, bien qu’elle ne l’ait jamais vu. Elle ouvre les bras pour accepter ce fruit en terre étrangère de son mari, avant qu’il ne la connaisse. Pour reconnaître comme sien cet enfant adulte adultère souffrant.</p>



<p>Et lui la serre, cette petite dame que son père biologique a aimée. Il la serre comme pour effacer toutes ces années de douleurs, toutes ces années de mensonges, ces déchirures et incompréhensions. Il la serre pour l’accepter, cette autre mère. Pour effacer ce qui aurait dû être, ce qu’il aurait aimé vivre, son vrai père restant avec sa vraie mère, ne l’abandonnant pas, fondant une fratrie imaginaire, famille unique plutôt que ces deux familles éclatées par les conventions des années 1960, fille-mère rejetée, paternité non assumée&#8230;</p>



<p>Il est là, assis à la table de la cuisine, un café froid et des gâteaux secs, les fleurs dans un vase. Et ils sont là, rentrés de leur travail, réunis chez leur mère, deux frères et une sœur devant lui, leur nouveau frère, ou plutôt leur ancien frère mais qui n’existait pas quelques minutes avant. Leur grand frère. Cet homme hésitant qui ose à peine les regarder et qui pourtant, dans chacun de leurs visages reconnaît son propre visage.</p>



<p>Un frère a retrouvé sa fratrie. Ils sont désormais quatre. Ils ne se quitteront plus.</p>



<p>Alors, il leur montre la photo découverte dans le coffre à bijoux de sa mère après sa mort, photo déchirée, re-scotchée. Et là, en noir et blanc, avant que les coureurs cyclistes ne les cachent dans leur effort, parmi les spectateurs enthousiastes, acclamant les athlètes, un homme, deux garçons et une fille plus jeunes que lui.</p>



<p>Son père biologique et sa nouvelle fratrie.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/la-photo/">La photo</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Poursuite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Oct 2016 16:00:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[flic]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[poursuite]]></category>
		<category><![CDATA[voiture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’ai toujours aimé jouer aux cow-boys et aux indiens. Aux gendarmes et aux voleurs. J’étais toujours l’indien ou le voleur.</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/poursuite/">Poursuite</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai toujours aimé jouer aux cow-boys et aux indiens. Aux gendarmes et aux voleurs. J’étais toujours l’indien ou le voleur. Maintenant le jeu serait plutôt le chat et la souris, version les poulets et le coyote. Dans ce monde-ci, les poulets mangent le coyote, pas l’inverse. Je ne sais plus qui a dit qu’il n’y a pas de différences, chez les hommes, entre un enfant et un adulte, sauf que pour ce dernier, ses jouets coûtent plus chers. Et mon jouet, il coûte vraiment cher. 300 CV, 4 roues motrices, 255 km/h, 8 à 14 l de super aux 100km, on est loin du diesel qui pue en se traînant. Quoique côté bilan écologique c’est pareil&nbsp;: déplorable. Mais il faut bien assumer ses contradictions, pas vrai ?</p>



<p>Dans ce monde-ci, les voitures peuvent rouler à 255 km/h, enfin pas toutes, mais ça ne sert à rien. Les radars et les poulets sont là pour le rappeler. Alors, pour débrider le moteur de temps en temps, j’ai le coyote qui m’avertit obligeamment des risques. Parce que ces poulets-là mangent des points. Ils voudraient bien aussi manger le coyote mais ils n’ont pas encore réussi, il se défend bien.</p>



<p>Donc, cette nuit, vers 2h du matin, à jeun, je libérais la voiture sur la voie express. Le coyote était silencieux. Un petit 160. Vitesse de croisière, à peine un feulement de plaisir. Personne sur la voie. Juste un trainard que j’ai doublé en un dixième de seconde, bientôt deux phares très loin derrière… Sauf que ces phares sont restés accrochés puis se sont rapprochés. Pas eu le temps de voir le modèle en le doublant mais franchement il ne pouvait pas faire la maille. Enfoncé l’accélérateur, la belle a bondi, le moteur est devenu rageur. Bientôt 230. Et l’autre s’accrochait. Encore loin mais ce n’était pas normal. Et là j’avoue que j’ai commencé à m’inquiéter. Quand tu joues avec les vitesses interdites, tu acquiers une sorte de sixième sens qui souvent te sort d’affaire, bien avant que le coyote ne s’active. Je n’aimais pas la tournure que ça prenait. Puis une montée d’adrénaline quand mon suiveur a mis en route son gyrophare. C’en était un&nbsp;! J’étais encore trop loin pour qu’il puisse enregistrer la plaque d’immatriculation qu’il n’avait pas pu lire quand je l’ai doublé. Dans ces moments-là, le choix est délicat mais il ne faut pas tergiverser. Accélérateur à fond, 255 puis 270 au compteur, tchao pantin, bye bye la gallinacée, le gyrophare s’éloignait. Et c’est alors que le coyote s’est mis en route. Radar mobile à 3 km, les poulets veillent la nuit.</p>



<p>Devenir sage, c’est bien évaluer la situation et reconnaître que tu es cramé. Si je ralentissais pour le radar, l’autre me rattrapait et si je continuais ma balade à cette vitesse, permis perdu, voiture confisquée, l’horreur. Tout, sauf le radar. Une aire sur ma droite, j’ai écrasé les freins et balancé la bête sur la bretelle. Descente des vitesses à la volée, le moteur hurlait de rage et moi aussi. Personne sur le parking, je suis resté au milieu, les mains sur le volant, tentant de me calmer, attendant que le robocoq arrive. Il a plaqué son carrosse derrière, le gyrophare tournait toujours, et a bondi dehors, l’arme au point, un vrai cow-boy. J’ai ouvert la porte. Il m’a crié de lever les mains et de me retourner contre la voiture. Pas envie d’une bavure, j’ai obtempéré. Il m’a fouillé d’une main, le canon de l’arme contre le dos, je n’ai pas aimé mais je voyais bien qu’il ne fallait pas l’énerver. Quand il a vu que je n’étais pas armé et plutôt coopératif, la tension a baissé d’un cran. J’ai pu me retourner et sortir mes papiers. Il m’a fait signe de le suivre pendant qu’il allait à sa voiture vérifier mon identité. Quand il a fini, j’ai senti qu’il n’était plus tendu, juste fatigué ou déboussolé ou dépressif, c’est capable d’avoir des émotions ces oiseaux-là, même si, paraît-il, ils descendent direct des dinosaures.</p>



<p>Il a montré ma voiture avec un certain respect et dit «&nbsp;270 km/h au compteur, c’est une sacrée machine&nbsp;! Vous savez ce que ça coûte un excès de 180 km/h&nbsp;? La saisir, ça vous plairait&nbsp;?&nbsp;». Je le savais, hé pomme, je connais par cœur les risques des excès de vitesse, mais je n’ai rien dit, juste pris un air désolé. Après un long silence, il a coupé le gyrophare, et soufflé un grand coup. La radio sur la fréquence de la police n’arrêtait pas de brailler. Il m’a regardé bien en face, l’air sincère, je l’ai presque trouvé sympathique. «&nbsp;Il est 3h du matin, la nuit ne fait que commencer, elle va être longue et je suis déjà fatigué, je pensais que vous étiez un «&nbsp;go fast&nbsp;» mais ce n’est pas vous que l’on cherche. Pas envie de faire un PV. Si vous pouvez me raconter une histoire pouvant justifier un tel excès de vitesse, je suis prêt à vous laisser partir.&nbsp;»</p>



<p>Incroyable&nbsp;! Nuit de chance&nbsp;! Fallait vite que j’invente une histoire qui plaise à un poulet, le conforte dans son égo de petit coq…</p>



<p>Je me suis lancé&nbsp;: «&nbsp;Ma femme m’a quitté.&nbsp;». L’autre me regarde interrogatif. Je rajoute&nbsp;: «&nbsp;Pour un flic.&nbsp;». Il réagit : «&nbsp;Et alors&nbsp;? Les flics sont des hommes comme les autres. Je ne vois pas pourquoi cela expliquerait votre excès de vitesse&nbsp;!&nbsp;». Je laisse passer un peu de temps puis je finis&nbsp;: «&nbsp;Je croyais que vous me la rameniez.&nbsp;».</p>



<p>Bien lourde, bien macho, la blague. Une bonne seconde avant de comprendre, faut quand même pas trop leur en demander, puis il explose de rire. Gagné&nbsp;?</p>



<p>Il me désigne la voiture et me dit seulement&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Maintenant 90 km/h max.&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/poursuite/">Poursuite</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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