HORLOGE

Atelier d’écriture à Baud – 10 septembre 2002. Exercice : répondre à une petite annonce.

Loperhet : « Ancienne horloge de mur, tout est d’origine, très abîmée, manque la clé de remontage et la vitre. Faire offre. »

Monsieur, votre horloge ne m’intéresse plus.
Elle cadençait les temps anciens qui ont disparus.
Et remplacer la clé ou la vitre n’y changera rien.

Savez vous que le temps s’accélère bien que la Terre ralentisse ?
Productivité, gaspillage des ressources, consommation inepte, désirs vains,

Tous ces objets qui remplissent les poubelles de nos défaites,

Cadence infernale dictée par les nouveaux temps que votre horloge ignorait.

Savez vous que mon temps s’accélère à mesure que je m’enfonce dans les années,

Une heure dans ma prime jeunesse, une seconde en cette vieillesse ?

Monsieur, tous ces temps ne se mesurent pas, ils ne sont que la folie des humains pour découper l’indécoupable afin de mieux le posséder.

Monsieur, finalement, votre horloge m’intéresse, pourvu qu’elle ne soit pas réparée,
Que sa vitre cassée me fasse passer de l’autre côté du miroir,
Que nulle clé ne mettre en branle un mécanisme qui égrainera ma vie,
Parce que je n’aspire plus qu’à l’immobilité.