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Jusqu’au bout : Chihiro & Sourire

Premier et deuxième chapitres du livre « Jusqu’au bout (cadavres exquis) (2020) avec l’accord des editions Chemin faisant (Ploemeur)

Premier chapitre : CHIHIRO

J’ai sommeil, cela ne fait qu’une heure que je suis parti, pas de quoi tomber de fatigue pourtant. Mais avec la mine que je me suis prise hier soir, du mal à tenir. Je regarde mon maneki-neko qui me sourit dans son plastique doré et rouge, le bras en l’air, l’air de me dire « Salut, ça va ? ». Ça va, mais tiens bon, tu n’es pas rendu Patrick, faut que tu roules. La cuite d’hier soir, pas vue venir, mais quand Yves et Pierre sont venus me chercher, je n’ai pas pu résister. En même temps, je me suis bien marré, c’est l’essentiel. Yves s’est tapé Isabelle en fin de soirée, j’aurais bien aimé, je m’y suis mal pris comme d’habitude, je ne sais pas comment font les autres, ils passent toujours avant moi. Du coup, je me suis branlé avant de m’endormir, histoire de ne pas avoir que des regrets …ce n’était pas si mal, on s’arrange assez bien tout seul. Les femmes ne m’intéressent pas plus que ça. Juste pour baiser, mais comme depuis quelques temps, je n’y arrive pas trop, j’essaie de me faire une raison. De toute façon, je n’ai pas envie de vivre avec elles, pas envie de me farcir les mômes et la vie qui va avec, moi je roule, j’ai mon camion plein de poulettes et j’avance, ça me va comme ça. Je la connais leur vie, je la traverse tous les jours, pavillons et trampolines, plein la France, pas envie de la connaitre en intime. J’aime bien ma petite vie dans mon trente-neuf tonnes : ma bande-son, je commence par Niagara, Quand la ville dort, bien pour le soir qui tombe, quelques Johnny, Lavilliers et Sardou, il me fait vibrer Sardou avec sa voix gueularde. J’ai l’impression que l’on m’emmène avec lui. Mon chat japonais en plastique, la carte postale de Sophie, elle était généreuse en pipes, Sophie, une collection de dés, ma boîte de photos, un bouquin de Houellebecq. Ça, c’est pour faire illusion, si je prends une stoppeuse, elle se demandera si je suis un intellectuel ou prêt à la sauter à la première aire d’autoroute. Surtout si elle est jeune, parce qu’à partir de quarante ans, Houellebecq, il dégomme les femmes : leur peau flasque, leur ventre, leur corps de vieille. Autant viser les jeunes, enfin si on peut. Je ne sais pas trop si je peux…. Mais je fais un peu gros nounours, ça rassure. Avec mes poulettes à l’arrière, je peux faire des blagues, j’ai pris un peu de bide mais bon, cela peut faire illusion… Enfin, aujourd’hui je ne ferai pas illusion, j’ai sommeil, c’est dingue cette histoire de mine hier soir, pourquoi on s’en est pris une comme ça ? Ah oui, c’est Yves qui fêtait sa première sortie après l’accouchement de sa femme. Le pauvre, il disait que ça faisait deux mois qu’il n’avait pas fait l’amour, du coup il s’est envoyé Isabelle, je le comprends, rester comme ça, avec sa femme et son gosse pendant deux mois, ce n’est pas une vie, surtout si elle ne voulait plus qu’il la touche. Alors il voulait fêter ça, parce que ce n’est pas tous les jours que l’on a un fils ou une fille, ce n’est pas tous les jours que la vie se transforme comme cela, c’est beaucoup d’émotion. Il avait l’air ému d’avoir eu un môme. Alors on a passé la soirée à parler de ça, et puis à un moment, ça m’a lassé : je me suis mis à réciter des poèmes que j’avais appris en classe il y a longtemps, tu sais, le truc qui te revient d’un coup dans la tête alors que t’es raide. Je ne me souvenais que de Prévert et Rimbaud, Le Cancre et Le Dormeur du Val, l’enfant et le jeune homme, le vivant et le mort, les deux qui t’accompagnent en primaire. Je voulais relever un peu le niveau, ça ne décollait pas trop, tu m’étonnes qu’après on nous prenne pour des mecs aussi lourds que nos camions, nous, les routiers. Il faut dire que nous y mettons du nôtre : les calendriers gros nichons dans la cabine, les appels de phare à chaque fois que l’on se fait doubler par une minette bien gaulée seule à bord, les regards dans la station essence, ah nous mettons le paquet pour cultiver notre image de gros lourdingues ! Mais pourtant, Mesdames, à la première mine, je vous récite du Rimbaud dans le texte, alors vraiment, ce n’est pas l’habit qui fait le moine. Des fois, je me demande si c’est vraiment sérieux tout ça, Sardou me hurle dans les oreilles, il y a la route qui se poursuit, les oiseaux qui se dessinent de plus en plus franchement. C’est l’atout du soir et de son inversion des formes, le quotidien des silhouettes s’efface pour laisser réapparaître le ciel. Je fixe la ligne au loin entre la route et le ciel, j’ai toujours l’impression qu’il va apparaître quelque chose, j’appelle cela la magie du camion. Une forme, un monstre, une femme magnifique, un palmier en Bretagne, une ombre, une montagne, un sanglier, une paire de seins géants, des fesses superbes, je ne sais pas, quelque chose. Il fait très beau, trop chaud, d’ailleurs j’étouffe, on a beau être en Bretagne, oublié que c’était tempéré.

J’aime bien cette petite minute folie autour de l’horizon, je la savoure encore un peu avant que le jour ne descende vraiment. Sardou continue avec le Connemara, parait qu’il n’y est jamais allé et que c’est un vrai nul, comme nous les camionneurs, on fait la paire, j’enquille Johnny, il me fait pleurer avec sa prison, celui-là.

Sommeil, j’ai sommeil, comment faire, il va falloir que je m’arrête sur le bord de la route avec mes poulettes sinon je crois qu’on va finir dans les champs. Je n’y vois plus grand-chose, quelques masses, on dirait un abri de bus en béton au loin, au milieu d’une forêt, genre le dessin animé de mes petits neveux l’autre jour, un dessin animé japonais avec des formes étranges, c’est ma belle-sœur qui aime bien mettre des dessins animés japonais à ses enfants. Quelle intello, celle-là, pas moyen de faire comme tout le monde, il faut toujours qu’elle montre qu’elle n’est pas pareille. Ses enfants aiment les Miyazaki, dit-elle, une façon de ne pas être comme les autres. J’ai dû me répéter dix fois le nom pour le retenir, mais ça y est : « Miya-za-ki ». Les profs, ils ne se rendent pas compte comme ils vivent dans un monde de privilégiés ! Elle aime me faire la leçon sur les émissions de particules de mon camion, je l’adore, elle s’est jamais levée à 4 h du mat pour conduire un semi-remorque ou couper des cuisses de poulet, je le lui ferais bien bouffer parfois son bilan carbone. N’empêche que son Miya-za-ki, il m’a quand même fait quelque chose. Maintenant, quand je regarde l’horizon, j’ai toujours l’impression qu’il va sortir une forme, quelque chose de mouvant. Mais là, il y a un gars dans l’abribus en béton de Miyazaki, mal barré le pauvre au milieu de la brousse bretonne… Ah, ce n’est pas un gars, tiens.

Blanc dans ma tête, silence entre mes deux oreilles, tressaillement de mes mains, c’est une minette, seule, qui fait du stop et qui est gaulée comme jamais tu n’en vois normalement en centre Bretagne. Bon je m’arrête, évidemment, je m’arrête. Les poulettes à l’arrière, accrochez-vous… J’enlève le calendrier, je laisse Houellebecq, ça fera son double effet. D’où vient-elle celle-là ? Pas croyable, c’est une gamine, je ne sais pas quelle âge elle a, trop jeune, pas pour moi. Mais hyper bien foutue, qu’est-ce qu’elle fait là ? C’est un sale coup du sort, je crois : une gamine canon, sortie d’un film de ma belle-sœur, qui va me faire bander tout le trajet sans que je puisse espérer la toucher. La vie est dure.

Je m’arrête.

Deuxième chapitre : SOURIRE

La loose. Totale loose. Coincée dans cet abribus au milieu de nulle part, même pas quelques maisons autour, style Plou-Trifouillis-les-Dindasses. La dinde, c’est moi, mais comment ai-je pu me mettre dans une galère pareille ?

Cela avait bien commencé pourtant, ce début de vacances avec Pauline. Garorock à Bordeaux, la tente en pleine cagne, en short ras la patatina et soutif devant la scène, les jets d’eau pour nous rafraîchir, les pogos à te dessouder les articulations et les slams avec ces centaines de mains qui te portent et te paluchent, les hurlements « apéro » à n’importe quelle heure au camping, le bruit incessant, l’odeur omniprésente de la weed et de la bière chaude, les mecs graves bourrés qui se vautrent sur la tente, heureusement que nous avions bloqué au cadenas la fermeture de l’entrée sinon nous aurions eu un lourd à vomir sur nos sacs, les queues pour faire pipi ou à s’accroupir vite fait, pas le temps d’essuyer la goutte, toute cette sueur maculée de crasse avec les stries de la transpiration, cela commençait à fouetter au bout de trois jours, moi j’aime bien ces quelques jours roots où tu te moques éperdument de ton look… Pas Pauline : pas de douche, pas de maquillage qui résiste, la promiscuité, les mecs et les nanas allumés, la musique trop forte, pas fermé l’œil de la nuit avec ce boucan d’enfer, trop trop chaud et en plus les règles…

C’est quand tu attaques dans le dur que les vrais caractères se révèlent. J’ai vu. Cela m’apprendra à choisir une petite bourge, une zoulette bien pimpée pour partir en vacances, la prochaine fois ce sera une tatouée en kaki et crête, mais pas sûr qu’elle soit aussi bien roulée et aussi douée pour l’amour que Pauline. Là, toute bécasse dans mon abribus, sous ce néon grillagé qui te transmute la scène en noir et blanc sinistres et bourdonne sous les moustiques et papillons de nuit, j’ai mon ventre qui me fouaille et mon cœur qui boite à évoquer son petit cul blanc magnifiant son bronzage impeccable, ses lèvres avides et ses cris lascifs quand elle orgasmait.

Pauline, elle a l’argent et la voiture, une Mini toute neuve, alors j’ai supporté ses plaintes, nous sommes restées comme deux sœurs en attendant la douche et quand elle m’a proposé de monter au nord, au frais, en Bretagne, cela m’est allé, tout ce qu’elle veut, pourvu qu’elle me sourie et me caresse à nouveau.

C’est comme cela que l’on a échoué un peu moins caniculées, au bord de l’océan, dans ce bled. Juste eu le temps de nous rincer dans l’eau salée de toute cette saleté accumulée, elle était fraîche à merveille, regretté de garder le maillot mais nous étions entourées de congés payés, de marmots en tee-shirt et casquette même à 18 h pour les protéger du soleil, des mecs gras du ventre et des vieilles d’au moins quarante ans avec les cuisses et le ventre pétés de vergetures, leurs ados acnéiques et leurs maris nous matant en loucedé, je prenais plaisir à prendre Pauline chastement par la main, pas pour vous les petits mâles, quand on est bi, on est très regardantes sur la marchandise et là, franchement, vous ne faîtes pas la maille…

Nous avons enchaîné sur le fest-noz de la fête de l’huître et de la moule, juré, c’est du véridique, par là, ils n’ont pas l’esprit mal tourné, moi ça m’allait tout à fait, il me tardait de retrouver ma moule préférée…

Franchement, ces danses de groupe à se tenir par le petit doigt, à faire des ronds avec des pas horriblement compliqués, les autres danseuses et danseurs prenant un air extatique malgré les tympans arrachés par la bombarde et la cornemuse, ces biniouseries, ce n’est pas mon truc. Je me suis extraite du tourbillon, je me suis faite une galette saucisse, ça sentait le graillon, j’avais la tête dans la fumée des grills. L’ambiance était cool, je surveillais ma poulette dans la mêlée…

Et ce type est arrivé, a rompu la chaîne à côté d’elle… et Pauline n’a eu d’yeux que pour lui. Il m’a débecté immédiatement. Plus cliché, t’as une coiffe bigoudène phallique. Grand, blond, yeux bleus, athlétique, toutes ses dents, mince, dans les trente ans, de larges paluches, un jean, une vareuse vieux rose qu’il a vite enlevée pour révéler une marinière sur des pectoraux saillants. Tout ça puait l’assemblage pour emballer et cette petite conne n’y voyait rien.

Elle a ramené le beau gosse qui m’a double-bisé, même pas foutus d’en faire trois par ici, pas de petites économies. Il nous a invitées à nous asseoir sur les bancs, nous a amené du cidre, je déteste, cela me reste sur l’estomac. Sûr de lui, le mec, bourré de testostérone, tout juste s’il n’avait pas les jambes écartées ni posé sa teube sur la table. Je me suis rapidement sentie en surnombre, Pauline revenait à ses normes sociales, un couple c’est un homme et une femme, un point c’est tout. Pendant que tu y es, tu n’as plus qu’à prendre son nom – après tout le reste – tu t’appelleras Madame Le Pensec, sûre que tu ne sais pas que cela veut dire « grosses fesses ».

Quand j’ai été tout à fait certaine que je l’avais perdue, j’ai prétexté d’avoir à chercher un pull dans la voiture, elle m’a passé les clés en me demandant de lui en ramener un. Tu pourras passer la vareuse du bellâtre, hé pouffe ! J’ai été sympa, laissé la clé sur le contact, pris le sac à dos et enquillé à grands pas sur la route en direction du nord, en serrant les dents et ne pensant à rien. Prise vite fait par un couple qui m’a amenée à des dizaines de kilomètres de la mer, cela ne sentait plus l’iode mais le fumier et le lisier je m’en moquais, avaler la distance pour m’éloigner de cette petite meuf. Ils m’ont laissée à la sortie d’un village, nuit noire, un type m’a embarquée, il sentait la ferme, le vieux garçon et l’alcool de bar, il m’a proposé de dormir chez lui parce qu’il était vraiment tard et qu’une jeune fille comme moi ne pouvait pas rester seule.

Ça n’a pas loupé, une fois dans la ferme, la porte de la cuisine crado fermée, il a essayé de m’embrasser et là, j’ai vu rouge. Plutôt que ce pauvre type frustré et solitaire au cul de ses vaches, j’ai vu le blond du fest-noz et je l’ai séché propre d’un coup de genou dans les burnes. Pendant qu’il s’écroulait les yeux tous blancs, je suis partie en courant, me suis écartée du chien qui hurlait la chaîne tendue, j’ai enlevé et jeté dans le noir la clé de sa voiture et j’ai tracé à travers un champ de maïs, c’est fou comme les feuilles coupent. J’ai retrouvé une route goudronnée et j’ai avalé d’un bon pas la pente jusqu’à cet abribus aussi largué que dans le Voyage de Chihiro1 et qui ne doit servir que pendant les périodes scolaires. Je me suis posée, même pas sommeil mais besoin de souffler, de faire le vide dans le silence et peut-être de m’allonger un peu, au loin je voyais des éclairs d’orage. Et c’est là que ce camion improbable est arrivé.

Il peinait, grondait à monter la côte, il tenait toute la largeur entre les frondaisons, des petites lumières partout, plus que celles exigées par le code de la route, un vrai sapin noël en plein juillet, on sentait que le chauffeur tenait à sa machine. Et en travers, derrière le pare-brise, d’un vert bien fluo, un prénom, « Patrick ». Je ne sais pas pourquoi je me suis dressée et mise en travers de la route dans le halo de ses phares. Le monstre a pilé. Le type a ouvert sa fenêtre, sa voix étonnée avait un côté rassurant :

– Qu’est-ce que tu fais-là ?

– Je fais du stop.

– J’avais vu. Tu n’as pas choisi le bon endroit, heureusement que j’ai pris ce raccourci. Tu vas où ?

– Vers l’est.

– Tu as de la chance, je vais jusqu’à Strasbourg. Monte !

Et voilà comment j’ai atterri sur la banquette avant, mon sac à dos entre le conducteur et moi. À la lumière du plafonnier, j’ai jaugé les lieux. Des odeurs de clope, de sueur, l’aigre du vieil alcool transpiré, le mec devait refouler un peu du goulot. Une bouteille plastique à peine remplie d’un liquide jaune coincée près du levier de vitesse. Un livre de “Houellebeurk”, « Plateforme » – le pire – négligemment jeté près de la console, pas de calendrier Pirelli, j’avais dû tomber sur un intello. Pourtant le type n’avait pas le look de BHL du temps de sa flamboyance mais il était nettement plus avenant que Houellebecq. Belle carrure, gros biceps, style ancien sportif, avec un peu de bide, mal rasé, quarantaine fatiguée à voir ses cernes, des cheveux bien noirs dans tous les sens, un début de tonsure, le regard triste, pas l’air dangereux ni collant. Il a taclé mon inspection :

– Je m’appelle Patrick. Et toi ?

– Je me doutais bien que ce n’était pas le nom de ton camion… Lola.

– Bienvenue à bord du plus gros transporteur de poulettes de l’Ouest.

– Des poulettes ?

– Des futures poules pondeuses nées en Bretagne pour être livrées chez des Alsaciens. Et je vais ramener des futures poules pondeuses nées en Alsace pour des Bretons.

– Tu fais un métier utile.

Il m’a souri, a débrayé, passé la première et lancé le moteur qui peinait toujours dans la côte.

Bien aimé son sourire. Belles dents alignées et blanches. Franc. Sans arrières pensées… Enfin, je crois.

Alors je me suis dit, en me calant contre le dossier et en relâchant – un peu – la tension de cette journée pourrite de chez pourrite, que j’aimerais bien me retrouver à l’ombre de la cathédrale rouge de Strasbourg à me casser le cou pour voir la pointe de sa flèche et que, le voyage, ça pourrait le faire avec le Patoche.

1 Film d’animation japonais écrit et réalisé par Hayao Miyazaki, 2001

Supplique

Nouvelle publiée, sans cession des droits, chez l’éditeur SHORT-EDITION.COM

Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image si puissante où vous sembliez enfin apaisée, drapée de cette couleur azurée liquide et souveraine qui est votre essence, tenant en votre main la sauge purpurine, le rameau argenté de l’olivier, l’amarante pourpre et la palme d’albâtre, regardant vers un avenir pacifié, me montrant la voie à emprunter à travers la béance de votre dos, j’ai enfin compris que je ne pouvais plus repousser cette rencontre.

Mère, je ne suis légitime en rien, ambassadeur d’un pays de limbes, émissaire sans mandat, porte-parole de ma seule suffisance, mais je sais que je recèle en moi tout ce qui a fait les miens, de l’inavouable au plus éclatant, de la violence à la bienveillance, de la terreur à la joie, de l’infantile à la sagesse, de la destruction à la création, de la mort cruelle à la vie fragile.

Mère, je vous ai bafouée, avilie, méprisée, ignorée. Dans mon immense orgueil, je vous ai oubliée, reniée, traçant mon seul chemin sans prêter attention à votre souffrance, à ce sang qui perlait partout où portaient mes scarifications et mes empreintes. Pendant des siècles de siècles, je vous ai confisqué votre royaume. Je l’ai asservi, instrumentalisé, exploité, disposé, sans jamais prendre en compte un autre intérêt que le mien, ignorant que mes pas assurés me menaient à ma perte. Ô, comment ai-je pu être aussi puéril et vain ? Ne savais-je pas en moi-même, sans me l’avouer, dans mon inconscient endurci, que cette voie était sans issue ?

Mère, les millions de vies que vous abritiez hurlent leurs douleurs dans ces vides que j’ai taillés de ma domination triomphante. Depuis les temps immémoriaux qui ont sculpté mon identité, j’ai toujours été dans le déni, l’illusion, le récit auto-centré, ignorant l’autre, les autres.

Et Vous.

Mère, votre colère n’est que méritée. Maintenant que s’enflent le vent de la désolation, la chaleur mortelle, les eaux envahissantes, que mes mains ne saisissent plus que le sable inerte et la terre souillée pulvérulente, que la mort hideuse s’annonce, que l’anéantissement menace, je ne peux que vous présenter ma prière. Je sais que vous vous remettrez de mes outrages avec ce temps éternel dont vous disposez. Je sais que d’autres me succéderont, plus sages, moins agressifs, moins impudents, moins imbus d’eux-mêmes. Je sais que je ne vaux que ce sort que vous ne m’avez jamais souhaité mais que l’urgence impose. Des vies innombrables attendent, tremblantes, que moi, le super-prédateur, je baisse la garde jusqu’à disparaître.

Mère, je suis capable du pire comme du meilleur. Si ma soif de posséder est incommensurable, mon détachement du quotidien l’est aussi. Je suis un pur esprit avide de sécurité comme d’aventures. Ancré dans le réel que je m’invente et la tête dans le ciel insondable. Rongé d’angoisses mais ouvert à tout vent. Capable d’un égoïsme morbide et d’une immense altérité. Porté par l’intérêt immédiat mais d’une générosité improbable, contre nature. Matérialiste indécrottable et créateur impénitent.

Mère, je veux changer de voie. Arrêter les destructions, la course au profit immédiat. Me remettre à ma place, en votre sein. Protéger toute vie de ma puissance de démiurge. Aider les plus faibles, les plus atteints par mon incurie. Oublier la technique, me poser, écouter, ressentir, accueillir. Créer du beau. Réparer. Rêver. Ne rien faire. Contempler.

Vivre enfin, sans attente, sans projets, sans tordre ma réalité.

Mère, laissez-moi tenter de me transformer, revenir au carrefour où j’ai choisi la mauvaise route, repartir vers la Vie. J’ai détruit les forêts, rasé les montagnes, exploité les océans, asservi les espèces, asséché des contrées, rendu insalubres d’autres, souillé l’air, le sol, l’eau, haï, haï, ô combien haï tant d’êtres. Mais j’ai aussi créé sans objet et sans espoir, peint, sculpté, composé, chanté, conté, écrit, aimé, aimé, ô combien aimé tant d’êtres, bâti les cathédrales, les mosquées, les temples, les villes superbes, beautés sublimes jetées face au néant de mon existence, bornes intemporelles de mes faiblesses et de cette incompatibilité tragique entre mon esprit infini et mon corps si limité et définitivement mortel.

Je ne veux plus que créer le meilleur, pour le bien de tous celles et ceux qui nous accompagnent.

Parce que je rêve que la Beauté de l’Art sauvera notre Monde.

Mère, me laisserez-vous cette chance, m’accorderez-vous le temps de trouver cette voie ? Aurais-je droit à la rédemption ?

Je suis désormais devant vous, toute honte bue, car j’ai enfin découvert où m’adresser pour vous implorer. Ce songe m’a ouvert le chemin.

Vous êtes en moi et autour de moi.

Moi, l’Humain, votre enfant prodigue.

Vous, la Terre.

Mon Unique Terre à laquelle je dois la Vie.

Accueillez-moi à nouveau.

Accueillez ma supplique.

De schuchterheidszoom

Nouvelle retenue, avec cession des droits, par l’éditeur SHORT-EDITION.COM et présente, dans sa version allemande, dans 3 distributeurs d’histoires courtes.

Version en français

Version en anglais

Version en allemand

Mevrouw, ik moet u iets bekennen. Al te lang heb ik mijn gevoelens verzwegen, maar het dient nergens toe ze te onderdrukken als ik voortdurend door hun kracht uit het lood word geslagen. Ik dacht niet dat ik ze ooit zou onthullen omdat er geen oplossing is. U hebt uw leven en ik dat van mij. We zijn allebei gelukkig met ons eigen bestaan. Waarom zou ik een storm veroorzaken, waarom zou ik u een glimp laten ontwaren van een ander mogelijk bestaan als we allebei weten dat we het pad van de wijsheid hebben gekozen? Jazeker, dat kan er vrij kleurloos uitzien in vergelijking met de waanzin van de hartstocht, maar we hebben voldoende levenservaring om te weten dat je op de top van een vulkaan niets kunt bouwen.


Maar misschien maak ik me illusies en schrijf ik u een innerlijk leven toe dat alleen in mijn dromen bestaat. Misschien verbaast u zich over mijn woorden, voelt u zich geschokt door mijn gevoelens, u die alleen vriendschap zag waar ik overtuigd was van een gedeelde liefde. Neem het me in dat geval niet kwalijk, wijs me niet af! Beschouw ze alleen als symptomen van een dwaling. Ik durf te hopen dat u me in al uw scherpzinnigheid mijn schaamteloze vertoon zult vergeven.


Mevrouw, ik moet u iets bekennen. Zodra ik u zag, wist ik meteen dat u me nooit onverschillig zou laten. Wat is het geheim van dit onmiddellijke inzicht? Een manier van zijn die doet denken aan de verborgen herinneringen van de kindertijd? De onophoudelijke zoektocht naar een vrouwelijk ideaal, gebaseerd op de moederfiguur of de herinnering aan mijn eerste emoties? Of een veel prozaïscher proces als een geur of het onbewuste mechanisme van een goede genetische overeenstemming? Zodra ik u zag lopen, met uw jeugdige tred, uw ranke lichaam en uw rechtstreekse blik – een glanzende blik, die openstaat voor de ander – wist ik dat ik zou bezwijken.


O het was een langzaam, ondergronds proces, maar het heeft zijn spoor getrokken en het werd gevoed door al die onbeduidende momenten in uw aanwezigheid. De maanden, wie weet misschien wel de jaren zijn verstreken, en er moest ooit een dag komen dat we ophielden elkaar voorbij te lopen, dat we met elkaar praatten en elkaar ontdekten, dat er een paar banale zinnen werden uitgewisseld – het begin van een vriendschap.


Mevrouw, ik moet u iets bekennen. Die avond, toen u in het licht zat, geenszins gehinderd door de stralen van de ondergaande zon, ben ik overstag gegaan. Merkte u hoe beschroomd ik was toen ik me verstopte in de beschermende schaduw van de langszij scherende zon? Ik, die gewoonlijk zo welbespraakt ben, was zo in de war dat ik geen gesprek met u kon voeren. Hebt u gezien hoe verlegen ik was, hoe slecht ik uit mijn woorden raakte? Zoals het hier geschreven staat, lijkt het een cliché, maar het was exact wat ik voelde: ik was sprakeloos. Verblind door uw uitstraling. Die indruk was zo sterk dat uw beeld diep in mijn geheugen werd gegrift. Uw ogen die door een discrete maquillage oplichtten en groter werden. Uw warrige haar met zijn lokken in een zachtere nuance. Uw warme teint die door een paar sproetjes werd opgehoogd. Uw gereserveerde, haast raadselachtige en mogelijk ietwat spottende glimlach. Uw blote schouders in de warme zomeravond. U wendde uw ogen niet van me af, u wachtte op mijn reactie en ik moest de betovering verbreken, waardoor ik verlamd werd. We zaten allebei in onze bubbel, we waren ons amper bewust van de gesprekken van onze buren, wisselden vol vertrouwen intieme woorden uit alsof we oude geliefden waren en er voor ons geen taboes bestonden… Toen ik u in de koele nacht moest verlaten, voelde ik me verscheurd.


Het hoogtepunt van die gelukzalige avond werd nooit geëvenaard. Onze gesprekken zijn achtelozer, nu eens triviaal, dan weer hartelijk, nu eens afstandelijk, dan weer innig. Vaak heb ik geprobeerd u in uw eentje te ontmoeten omdat ik wilde weten wat in uw binnenste, in uw hart, in uw hoofd verborgen zit, maar altijd wist u te ontsnappen. En toen ik, afgemat van mijn vele onbeantwoorde initiatieven, op het punt stond op te geven en mijn zoektocht te staken, moedigde u me opeens weer aan met een stralende glimlach, een warme blik, een handgebaar.


Mevrouw, ik moet u iets bekennen. Ik weet dat we elkaar hebben herkend, dat we gemaakt zijn uit dezelfde stof van dromen. Dat we in onze woorden, in ons hoofd wonen. Dat onze innerlijke wereld veel weidser is dan de drie dimensies waardoor ons lichaam wordt afgebakend. Dat we geroerd worden door dezelfde schoonheid, dezelfde emoties. Dat we uit hetzelfde hout van hersenschimmen zijn gesneden. Ik weet dat dit gevoel elkaar toe te behoren ons overstijgt en dat onze wezenlijke banden zullen blijven bestaan. Ten slotte weet ik dat u veel wijzer bent dan ik, dat u hebt aanvaard dat onze liefde in dit leven niet beleefd kan worden en dat we slechts het schuim ervan kunnen strelen.


Mevrouw, ik moet u iets bekennen. We zijn uit hetzelfde hout van de feeën gesneden. We zijn als bomen die broederlijk naast elkaar opschieten in het bos. We groeien samen op, trekken ons sap uit dezelfde bodem op. We spreiden ons bladerdak steeds verder uit en toch raken onze takken elkaar nooit aan, blijft er steeds een luttele ruimte bestaan waar het zonlicht door glijdt, een lichte spleet tussen ons lover. Boswachters zijn vertrouwd met het vreemde fenomeen. Ze weten niet hoe het werkt, door middel van welk communicatiesysteem de bomen erin slagen op zo korte afstand van elkaar te staan zonder elkaar te raken, ze weten niet hoe het komt dat ze zich kunnen ontplooien en tegelijkertijd op een eerbiedige afstand van elkaar blijven. Ze hebben het verschijnsel een poëtische naam gegeven, ze hebben het over schuchterheidszomen.


Mevrouw, ik aanvaard dat er tussen ons een soortgelijke schuchterheidszoom moet bestaan. Ik aanvaard dat onze innige band een raadsel is voor onszelf en de anderen. Ik aanvaard dat die geheime liefde zich in onze hoofden nestelt. Ik aanvaard dat onze lichamen elkaar nooit zullen kennen. We zullen altijd even dicht bij elkaar blijven, maar zonder elkaar aan te raken, elkaar eerbiedigend, samen opschietend naar dezelfde zon.


Mevrouw, ik vraag u een enkele gunst.
Dat via deze schuchterheidszoom onze tedere gevoelens zich kunnen verspreiden.

— Traduite par Katelijne De Vuyst

15/11/2020 : SABORDAGE

J’ai vu la semaine dernière le documentaire ‘Derrière nos écrans de fumée ». 90 minutes. Cherchez le, il est visible en libre.

J’en savais des petits bouts mais bout à bout, c’est glaçant. Des témoignages de repentis de Google, Facebook, Twitter, Pinterest, You Tube etc…

En gros : les réseaux sociaux se « monétisent » grâce à la publicité qu’ils vendent. Pour cela il faut que l’utilisateur reste le plus longtemps possible devant l’écran. Les techniques utilisées utilisent nos « biais cognitifs », nous manipulent pour rendre addictifs les réseaux, même en en étant conscient.

Ce qui est le plus efficace, ce sont les fake news qui sont 6 fois plus regardées que les vraies news. Et que l’on serve à l’utilisateur ce qu’il a envie d’entendre, surtout pas la contradiction. C’est le boulot de l’intelligence artificielle et elle est ultraperfomante et incontrôlée désormais.

Cette logique folle nous infantilise, favorise l’émergence des complotistes, des Trump et autres Bolsonaro. La société éclate, se fractionne, le collectif ne fait plus sens. Il n’y a plus de projet commun, de compromis.

La machine est devenue folle, plus personne ne la contrôle. Et la bloquer est impossible, il y a trop de milliards en jeux.

Je quitte Facebook.

Après, je m’attaque à Google, un Everest.

02/11/2020 : NON, LA COMPRESSION N’EST PAS TRISTE !

Ramené ça d’une balade déconfinante. Affiche dans une pharmacie. Le type a un naturel fou, ce devait être un ancien champion du lancer de poids, le dernier qui refusait de poser avec un masque. Sourire gêné, il doit se dire « Pourvu que mes copines ne me voient pas sinon je suis cramé ! ».

J’ai mis quelques secondes à comprendre, et là, je me suis imaginé un dialogue à l’agence de com qui a « créé » cette affiche :

– Eh toi, le stagiaire, on a une commande pour toi.

– C’est quoi chef ?

– Une pub à faire sur des bas de contention. Fais pas cette tête, c’est sous la contrainte que l’on est le plus créatif, si tu veux te faire remarquer, va falloir que tu phospores. Et tu t’en es bien sorti la semaine dernière sur les médocs pour cardiaques, avec ton fameux « Ce n’est pas parce que je suis bêta-bloqué que je ne suis pas alpha-mâle »…

Grand moment de solitude chez le communicant stagiaire. Il a remué ça toute la journée, lu des tas de trucs sur ces bas pour vioques, reluqué les jambes des filles, puis ça a fusé dans la nuit. Il est revenu triomphant le matin avec son jingle :

– « Qui a dit que la contention était triste ? »

– Pas mal. Mais si tu lisais le dictionnaire tu saurais que le mot « contention » n’est pas très porteur en ces temps de confinement… Remplace par « compression », ça fera plus stylé. Mais c’est très bien, j’ai une autre commande pour toi.

– C’est quoi chef ?

– Une pub sur les couches pour seniors. J’ai confiance (ha, ha), tu vas t’en sortir….

J’ai raté ma vocation, j’aurais aimé être publicaillon.

27/10/2020 : MORUE !

Je l’avais vu au centre de la vitrine ce WE à Vannes, il est maintenant entre « Bazar de Bretonne », « Maman bretonne », « Amour de Bretonne  » et « Amour iodé », ce magnifique sac en bandoulière pour femme avec « MORUE » imprimé dessus.

Je me suis demandé si c’était de la provoc, du 3ème degré, de la bêtise ou de l’innocence. Je penche pour la 4ème option. Je m’étais dit que ce devait être à l’usine, le Balinais, ou l’Ouïghour, n’avaient pas bien relu le mot griffonné, genre « Galette », « Bar Breton » ou « Kouign », avant de lancer l’impression, et que le patron Français, en ouvrant le container chiffrant 100 000 sacs, n’avait pas pu faire autrement que de les mettre en vente, ça passe ou ça casse.

Mais non, c’est fabriqué en local, de l’artisanal…

Peut-être que, vu mon grand âge, je n’ai pas senti le glissement sémantique lié au prix de luxe de la morue sur le marché et que c’est désormais très classe de s’afficher ainsi.

Je vais tenter ma chance du côté de Chanel et leur fourguer des noms de parfum. Morue n°25 (€/kg) pour les ménagères de moins de 50 ans. Sans oublier les précédents : Covid n°19 pour tout le monde.Et Trump n°45 pour les mâles alpha mais va falloir se dépêcher (j’espère).

7/10/2020 : LES NEUFS SALOPARDS ! DERNIÈRE PARTIE

Notre force face aux masses laborieuses, face aux prolétaires, c’est notre capacité à diviser. Le marketing, la télé, la mondialisation, nous ont bien aidés. Comme a dit Warren Buffet « Il y a une lutte des classes, bien sûr, mais c’est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre. Et nous gagnons. ». Il doit être pote avec Goeffroy.

Comme tout le monde faisait dans son froc face au Covid (moi aussi), c’était trop facile. Nous avons désigné les salauds.

Ces salauds de jeunes (les septièmes) tout d’abord, ces petits branleurs qui ne pensent qu’à s’amuser, à faire la teuf, à baiser, à boire, à fumer et tout cela en dépensant au minimum, pas de pouvoir d’achat, pas de vrais consommateurs prompts à s’endetter. Je ne supporte pas le doigt d’honneur de ces asymptomatiques qui emboucanent tout le monde. Et qui trouvent que cette maladie n’est que justice, elle emporte de préférence les vieilles générations responsables du merdier planétaire dans lequel ils s’estiment être. On a matraqué à la télé, à la radio, on a culpabilisé à outrance, mais ça résiste…

Ces salauds de malades chroniques (les huitièmes) ensuite. Le décret du 5 mai 2020 définissait les catégories de personnes vulnérables pouvant prétendre au chômage partiel ainsi que leurs conjoints, soit plus de 3 millions de personnes. Beaucoup trop. On a fait balayer tout ça le 29 août. Exit les antécédents vasculaires cérébraux ou cardiaques (infarctus, angine de poitrine, AVC…), les maladies respiratoires (asthme, BPCO et emphysème). On a juste gardé les troubles graves de l’immunité. Et pour le fun, le diabète AVEC l’obésité… pour les plus de 65 ans. Avec une retraite de 62 à 67 ans, j’avoue que dans le cynisme, on ne pouvait guère faire mieux. Geoffroy sort du corps de cette administration !

Ces salauds de musiciens (les neuvièmes) enfin. D’autres branleurs qui ne pensent qu’à faire le bœuf pendant que nos fourmis s’échinent au travail, des saltimbanques, des bateleurs, des cigales qui n’ont qu’à se débrouiller face à l’hiver covidien. Déjà, je trouve que prolonger le statut d’intermittent pendant un an est un cadeau indu pour ces pousse-mégôts. Tant pis pour ceux qui allaient l’avoir, tant pis pour les amateurs, la Culture ça sert à quoi ?

Cependant j’avoue que nous ici, dans le Morbihan, nous sommes les champions du Monde. Nous avons LE préfet que la France entière nous envie, un pote à Geoffroy. Dans son arrêté du 29 septembre, il interdit de transporter du matériel musical en voiture. Oui, vous avez bien lu, ni guimbarde, ni harmonica, ni flûte ou pipeau, ni guitare ou batterie. Encore moins les baffles, les consoles ou les platines. Ça sert à quoi la musique ? Paraît que c’est pour éviter les teuffeurs, les rassemblements non déclarés mais on ne me la fait pas : les cranes d’œuf dans les préfectures sont assez rompus au juridique pour ne pas avoir intentionnellement élargi l’interdiction. Et j’ai rarement vu des instruments de musique dans les rave-parties…Les concerts du week-end ont été annulés, tout le monde reste chez soi et le Covid est bien gardé.

Vous voulez quand même de la musique ? Vous n’avez qu’à aller à la Foire exposition de Vannes, 5 jours de convivialité et d’affaires pour « le plus grand événement économique de la rentrée. ». La musique est à donf. Elle est en boite. Partout.

T’as plus qu’à pousser ton caddie.

Elle est pas belle à nouveau la vie ?

6/10/2020 : TOUS DES SALAUDS ! Partie 2

Grâce à Karl, on croyait bien maîtriser, à notre avantage, les contradictions du capitalisme. Sauf que ce brillant garçon n’avait pas prévu l’épuisement des ressources, le réchauffement climatique… et les maladies infectieuses.

Pour ces dernières et le Covid-19, je ne vais pas reprendre le pourquoi du lien entre mode de production capitaliste et émergence des maladies infectieuses, il y a de supers articles et vidéos là-dessus, rien à rajouter (https://www.lemonde.fr/…/pourquoi-nos-modes-de-vie-sont…).

Comme pour les autres crises, je croyais qu’on allait pouvoir s’en sortir comme d’hab. Les pauvres s’en seraient pris plein la gueule et nous, on aurait fait le gros dos en puisant dans nos réserves en attendant que ça se tasse. Sauf que, avec le Covid-19, et c’est vraiment injuste, les riches sont aussi atteints que les pauvres. Et cette horreur tue de préférence les vieux, catégorie où il y a le plus de riches… proportionnellement hein (rires) ! Jusqu’à maintenant, les riches mouraient plus tard et dans de meilleures conditions. On travaillait – excusez – on faisait travailler – dur pour s’augmenter de façon à viser les 150 ans puis l’immortalité mais d’une façon bankable, le marché aurait été restreint mais juteux parce qu’il viserait les riches. Mais, avec l’absence de médicaments ou de vaccins pour le Covid, la faucheuse est démocratique, la salope (la cinquième) !

On pourrait croire que le Covid a été créé de toute pièce par des anarcho-fémino-communistes. Il s’attaque préférentiellement aux vieux, aux mâles-alpha, aux non-fumeurs, aux sectes religieuses. Seul raté de leur part, il abat aussi les malades et les obèses, et ces deux catégories, y’en a plus chez les pauvres. Je regrette la Grippe Espagnole qui s’attaquait plutôt à la jeunesse.

Face au risque, nous avons accepté le confinement malgré l’effondrement du marché et donc des profits. Nous avons toujours été pour envoyer la chair à canon au front mais si on risque d’être atteints même à l’arrière, on change les règles et on signe un armistice fissa, de toute façon, nous ne paierons pas la facture.Les politiques, c’est-à-dire nous ou nos obligés, ont imposé ce confinement pour cette raison mais aussi parce qu’ils avaient peur de devoir rendre des comptes ensuite, c’est parfois compliqué de neutraliser les juges. Et puis c’était l’occasion de renforcer la surveillance, le contrôle, instiller en chacun une censure au nom du collectif. J’avoue qu’ils ont été magistraux dans ce domaine.

Après trois mois « d’open-bar » (comme aurait dit Manu, qu’il soit réélu jusqu’à la trentième génération), de chômage partiel, d’aides aux indépendants et autres mesures sociales pour éviter l’explosion, notre maître à tous, Geoffroy, notre bien aimé patron du MEDEF, a sifflé la fin de partie, sans les prolongations, parce que cela commençait à sentir le roussi du côté des profits, la base renâclait. Ces salauds de Français (les sixièmes) de la c(l)asse moyenne (pas les trop pauvres, pouvaient pas) avaient économisé 100 milliard d’euros pendant le confinement. Il devenait urgent d’« inciter les Français à retourner au bureau et à recommencer à consommer. ». J’aime bien Geoffroy, il est direct, il n’a pas cette réserve qu’avaient ses prédécesseurs, encore confits de paternalisme. Il est cash. Caste des riches décomplexés. Quand le Titanic coulera, que l’orchestre se noiera et que le capitaine garde-à-vous fera face aux flots déchaînés, il nous fera sauter dans les canots de sauvetage réservés pour rejoindre nos îles.

Donc Geoffroy a donné le signal.

Nous sommes partis à la curée.

Pour le bien de tous et surtout du nôtre.

5/10/2020 : TOUS DES SALAUDS ! Partie 1

Je sais, c’est un poil caricatural mais je ne vois pas pourquoi il n’y aurait que le gouvernement qui pourrait se permettre des éléments de langage simplifié.

Donc, si je me résume, pour faire du profit, il faut vendre.

Pour faire des produits à vendre, il faut des travailleurs, des équipements de production, de l’énergie et des matières premières.

Pour vendre ces produits, il faut des acheteurs.

Pour continuer à vendre, il faut que les produits vendus ne soit plus utilisés. Donc on les obsolète rapido et on crée de nouveaux besoins. Et on jette les produits vendus remplacés par de nouveaux.

On appelle ça un cercle vertueux (rires).

Pour que ça marche, il faut un réglage au poil. En effet, les produits à vendre doivent être achetés par le maximum de personnes. Or les pauvres sont incomparablement plus nombreux que les riches, c’est d’ailleurs le principe : beaucoup de pauvres qui enrichissent très peu de riches. Il faut donc que les produits à vendre soient achetés par les pauvres. Ces produits ne doivent pas être trop chers. Faut tirer sur les coûts de production, dont l’énergie, les matières premières et les travailleurs.

Pour les travailleurs, c’est la quadrature du cercle vertueux (rires). Faut pas trop les payer, mais assez pour qu’ils achètent. Des petits malins ont fait travailler les très très pauvres dans les pays très très pauvres vu que l’énergie pour ramener ici les produits fabriqués là-bas ne coûte pas grand-chose. Sauf que ces salauds (les premiers) ont leur niveau de vie qui augmente grâce à nous et donc leurs salaires. On a commencé par la Chine, on en est à l’Ethiopie, où va-t-on aller bientôt parce que la Terre, elle est limitée et le nombre de pays très très pauvres aussi ? Bon, on a un peu de marge grâce aux enfants et aux Ouïghours qui travaillent pour quasi rien. Et puis on aura les robots et l’intelligence artificielle après. De ce côté-là, ça baigne.

Sauf que les travailleurs d’ici qui ont leur boulot pris par les travailleurs de là-bas, et bientôt les machines, se retrouvent au chômage, et qu’ils ne peuvent donc plus acheter les produits qu’on leur propose. Salauds de chômeurs (les deuxièmes), ils profitent des aides sociales, faudrait les forcer à travailler à pas cher, ça éviterait d’aller là-bas parce que c’est compliqué à gérer à distance et puis ces pays sont moins fiables… Mais si on les paye moins, ils pourront moins acheter…. Pffff, l’économie, Monsieur, ce sont des arbitrages difficiles, des curseurs aux réglages très fins, un équilibre instable entre rapacité et rapacité, une affaire de spécialistes.

On peut gratter sur les matières premières : elles sont dans les pays très très pauvres en général et donc le coût des travailleurs… je ne recommence pas le topo.

Ah ? Ça pollue ? C’est bien dommage mais comme ce n’est pas chez nous…

Ah ? Ça s’épuise ? Pas grave, on en utilisera d’autres, on pourra même recycler plus, ces salauds d’écolos (les troisièmes) vont trop kiffer.

L’énergie c’est itou. Le pétrole ne coûte vraiment pas cher, parfois avec des prix négatifs, y’a encore des réserves.

Ah ? Ça émet des gaz à effet de serre ? Et ils ne restent pas dans les pays très très pauvres comme la pollution ? Et la Terre se réchauffe ? C’est un peu gênant mais, en gros, « rien à fout’e ». Ça va prendre un peu de temps et d’ici là, j’aurais pris l’oseille et avec, je vais me payer une île bunker avec du relief contre la montée des eaux où j’irais quand ça cramera, je prendrais l’apéro peinard sous les palmiers pendant que les salauds de pauvres (les quatrièmes) se la foutront sur la gueule parce qu’ils ne pourront plus vivre chez eux.

Elle était pas belle la vie ?

Mais le Covid-19 est arrivé. Le grain de sable…

24/05/2020 : SPA

Allez, encore un petit coup de mépris de l’élite ?

Cette fois-ci, cela vient de Dardmalin, 37 printemps, notre bon ministre de l’action et des comptes publics.

Comme c’est une personne exceptionnelle, il a été autorisé par le premier ministre – en dépit d’un accord tacite, parce qu’en France, la parole donnée suffit pour mettre de l’ordre dans une pratique qui n’aurait jamais du être concevable – à cumuler son ministère (amen) et son mandat de maire de Tourcoing.

Effectivement, Dardmalin tient à bout de bras les comptes publics et la ville de Tourcoing et sans son extraordinaire faculté de premier de cordée +++, les deux vont s’effondrer.

Nous manquons d’hommes providentiels comme lui.

Mais Dardmalin est droit dans ses bottes (qu’il ne porte jamais, il laisse ça à son jardinier). Il donne son corps à l’action publique, aux Tourcoinnais (je ne sais pas si on dit comme ça) mais dans un pur désintéressement.

La preuve, il renonce à sa paye de maire ou plus précisément il la reverse à une association d’utilité publique.

Le Sou des Hôpitaux Publics ? Le Replâtrage des EPHAD ? Le Soutien des Premiers de Corvées, caissières, livreurs, chauffeurs ? Le Droit au Logement ? Emmaüs ? Amnesty International ?

Bien mieux que ça : la Société protectrice des animaux (SPA).

Respect.