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	<title>PERERA Bruno - Bruno PERERA</title>
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	<title>PERERA Bruno - Bruno PERERA</title>
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		<title>Sens dessus dessous</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 May 2023 20:53:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nouvelle parue en juin 2023 dans l&#8217;ouvrage collectif de l&#8217;éditeur Chemin faisant « Jamais en panne des sens » qui aborde les</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nouvelle parue en juin 2023 dans l&rsquo;ouvrage collectif de l&rsquo;éditeur <a rel="noreferrer noopener" href="https://editions-actu.org/chemin-faisant-edition-associative/" target="_blank">Chemin faisant</a> « <strong>Jamais en panne des sens</strong> » qui aborde les cinq sens.</em></p>



<p>Je ne sais pas où tu es.</p>



<p>Je ne sais pas si tu existes encore.</p>



<p>Je sais seulement que tu as détruit tous les chemins qui pouvaient me mener à toi.</p>



<p>Je ne sais pas si tu liras ces mots. Je les ai postés là pour les extirper de ma mémoire, de ma tristesse, pour qu’ils cessent d’entraver mes pas, puisqu’il est écrit que je vais continuer d’avancer.</p>



<p>Sans toi.</p>



<p>Je les ai murmurés à ce petit trou dans le tronc torturé du châtaignier multi-centenaire en bordure du sentier côtier, les lèvres collées à l’écorce rugueuse. Puis j’ai bouché le tout avec un mélange de laisse de mer et de vase du Golfe. Ils y resteront des années.</p>



<p>L’autre, même le plus intime, reste un étranger. Tu me seras à jamais étrangère. Mais je voudrais que, si tu décides de découvrir mes mots, tu saches ce que j’ai réellement éprouvé.</p>



<p>Pendant ces quelques mois où nous avons été intimes, je me rends compte que tu m’as très peu parlé. Tu m’as écouté, tu t’es remplie de moi, tu m’as dit ce que j’avais envie que tu me dises. Mais tu ne t’es pas dévoilée. Je ne saurais jamais si, derrière ton mystère silencieux, tu étais pleine de toutes tes expériences… ou vide de ton enfermement. Peu m’importe, parce que c’est ta peau qui m’a parlé.</p>



<p>C’est pour cela que je t’ai aimée.</p>



<p>Je devais avoir l’air de rien quand tu m’as vu la première fois. Je me souviens du glissement de la baie vitrée derrière moi, d’un léger souffle et d’une soudaine présence pleine. De la voix de Gwenaël qui t’accueillait. Et de ton silence. Puis probablement de ta stupeur quand tu as découvert, en contournant cet homme immobile, assis, dont le dos faisait face à l’entrée, les deux compresses qui couvraient mes orbites.</p>



<p>Une occupation comme une autre à la Coloc, avec la claustration du confinement. Dans la remise, j’ajustais à la disqueuse des pièces de cuivre pour l’accastillage du vieux voilier en teck que nous avions décidé de retaper pour le mettre à flot dès qu’on nous libérerait. Quel meilleur symbole qu’une étrave fendant les eaux pour fêter notre délivrance&nbsp;? Le disque a explosé et des éclats se sont fichés dans mes yeux. Urgences ophtalmologiques. Opération réussie mais trois mois dans le noir. Avec en prime le variant Delta chopé au bloc. J’ai tout ramassé. Fièvre, toux, courbatures, mal de tête, mal de gorge, fatigue. Moral à zéro, avec le coup de grâce quand j’ai perdu l’odorat et le goût. Gwenaël s’est occupé de moi comme une infirmière, tentant de me faire rire, m’obligeant à sortir de mon lit, de mon noir, de mon isolement. Sait-on le cataclysme que l’on subit quand l’on perd trois de ses cinq sens&nbsp;? Sait-on l’enfermement&nbsp;? Sans sa présence continue et rassurante, je ne sais pas jusqu’où j’aurais chuté.</p>



<p>Perte de sens.</p>



<p>J’ai vite trouvé mes repères dans la maison, malgré la raideur des escaliers. Je m’entraînais à sentir sur mon visage la présence des objets et des êtres dont je m’approchais. Un son différent, une chaleur autre. Mais je ne me suis jamais fait à l’absence de goût et d’odorat. La bière était comme de l’eau avec des fines bulles. Le vin, un simple liquide qui se rappelait à moi quand montait l’ivresse. La nourriture&nbsp;: une matière qui emplissait ma bouche et mon estomac dont seule la consistance pouvait m’éclairer sur sa composition.</p>



<p>Tu t’es assise en face de moi. Puis tu as parlé. De rien. Un peu. J’ai aimé ta voix chaude, rauque, avec tout plein de fêlures dedans. Je sentais que tu me fixais. Face à un aveugle, le regard peut être direct, soutenu, rien à voir avec les chassés-croisés habituels, les évitements, les coups d’œil à la dérobée, pour ne pas gêner et se gêner, éviter de plonger tout de suite dans ces fenêtres de l’âme. Je devais avoir l’air de rien, mais je sentais que je te captais. Alors, pour la première fois depuis ma chute, un gros poids a quitté ma poitrine, l’air m’est paru plus léger, je sentais les rais de lumière de cette fin d’après-midi qui me chauffaient la nuque à travers la vitre. Pour la première fois, j’ai joué, j’ai parlé, j’ai questionné, j’ai ri. Pas de séduction, non, je n’en avais vraiment pas les moyens, et puis je n’avais pas envie d’un rapport de pouvoir. Mais je voulais que tu m’aimes, pas pour ma piteuse apparence, mais pour ce qui était en moi, dans tout ce fatras de scories de ma vie fracassée.</p>



<p>Alors je me suis ouvert.</p>



<p>Et tu t’es ouverte.</p>



<p>Oubliée l’heure de fermeture des magasins justifiant la sortie covidienne. Tu es restée à manger, préparant avec Gwenaël notre repas à trois. Et j’ai parlé, parlé, joué, nous avons même chanté en sourdine à deux voix. Quand mon infirmière attentionnée est partie se coucher, nous sommes restés tous les deux. Le silence s’est installé mais j’étais bien dedans. Il était très tard quand je t’ai proposé de dormir dans la chambre d’ami. Tu m’as raccompagné jusqu’à la mienne. Je t’ai invitée à rentrer. Nous nous sommes assis sur le lit et je t’ai dit que je voulais voir ton visage avec mes mains. Tu les as prises, posées sur ton cou et, tout doucement, explorant chaque ride naissante, chaque pli et repli, je suis remonté jusqu’à la naissance de tes cheveux implantés très haut sur ton front. J’ai aimé ta bouche gourmande avec ses deux ridules à la commissure de tes lèvres dont le vermillon était légèrement humide et inégal. J’ai aimé tes pommettes hautes et saillantes, ton visage en triangle, ton nez rectiligne, ta peau très lisse. J’ai aimé tes toutes petites oreilles fichées de plusieurs boucles. J’ai aimé la masse foisonnante de tes cheveux mi-longs. J’ai aimé ta langue quand j’ai posé ma bouche contre la tienne. J’ai aimé la douceur de tes seins qui s’inscrivaient parfaitement dans mes mains. J’ai aimé le chatouillis de ta toison pubienne. J’ai aimé l’extrême délicatesse de l’intérieur de tes cuisses, comme une peau enfantine que je ne me lassais pas de parcourir. J’ai aimé ces deux petites pliures entre cuisse et fesse. Et quand nos corps ont fini de vibrer, j’ai aimé que le tien s’enchâsse contre le mien. J’ai veillé longtemps ton sommeil au souffle léger, plaquant ma peau contre la tienne, caressant ton corps sans te réveiller, inondé de cette joie soudaine qui me faisait rêver de me glisser sous ta peau.</p>



<p>Bien plus qu’à ta voix, je suis devenu fou de ta peau, de ton contact, comme une addiction à cette douceur. Quand on perd la vue, l’ouïe et le toucher se surdéveloppent. Alors quand l’odeur et le goût ont disparu aussi…. Dès que tu passais, il fallait que je te touche, que je te serre, que je te colle, que je te déshabille pour plaquer le maximum de surface de contact. Je n’ai jamais osé te demander comment tu étais. La couleur de ta peau, de tes yeux, de tes cheveux. Ou plutôt je voulais en garder la surprise quand je reverrai. Et Gwenaël a gardé le secret pendant cette période de cécité.</p>



<p>C’est peu après que tu sois partie rejoindre les tiens, à la fin du confinement, que j’ai recouvré la vue. Le goût et l’odorat ont mis beaucoup plus de temps à revenir mais sous une forme pervertie, modification étrange et désagréable, hallucinations olfactives. Le jambon blanc sentait les œufs pourris, avec un goût écœurant. Des parfums m’insupportaient, d’autres m’attiraient. Je fuyais certaines personnes dont l’odeur me révulsait, me tenant à distance. D’autres répandaient des effluves dont j’adorais la fragrance.</p>



<p>Et puis, tu es revenue. Je t’ai reconnue immédiatement quand tu as traversé la cour de la Coloc.&nbsp; J’avais tellement intégré ton corps que ta démarche sautillante m’a semblé évidente. J’ai pris en pleine face la rousseur de tes cheveux, la blancheur translucide de ta peau. Et j’ai été subjugué par tes yeux verts, brillants, qui plongeaient dans les miens depuis les deux mètres qui nous séparaient, de part et d’autres de la vitre. Je me suis dit que c’était toi, que tu étais vraiment celle que j’attendais, que nous surmonterions tous les obstacles pour nous retrouver définitivement, quitte à déplacer les océans.</p>



<p>Tu as fait glisser la baie. Je t’ai tendu les bras, tu t’es précipitée, j’ai respiré un grand coup pour m’emplir de toute cette joie à venir et… la puanteur m’a terrassé. Hallucination ou pas, j’ai immédiatement fermé les bras, plié le torse et tu t’es fracassée contre moi. Horrifiée, tu as lu dans mes yeux le dégoût atroce que tu m’inspirais. Je me suis reculé de plusieurs mètres.</p>



<p>Tu m’as fixé longuement, tes yeux se sont éclaboussés de larmes.</p>



<p>Puis tu t’es retournée brusquement et tu m’as fui.</p>



<p>Depuis des mois, je cherche à te contacter. Je n’ai que ton absence. Mon odorat et mon goût sont revenus, je suis sûr que tu ne me répugneras plus. Ton corps, tes silences, ta douceur, ta peau me manquent. Atrocement.</p>



<p>Je t’ai dans la peau.</p>



<p>Je ne t’ai plus dans le nez.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/sens-dessus-dessous/">Sens dessus dessous</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Tototte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Nov 2022 13:56:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je m’en suis rendu compte au premier arrêt du TGV, long trajet de huit heures entre Golfe et Méditerranée. J’avais</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/tototte/">Tototte</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p></p>



<p>Je m’en suis rendu compte au premier arrêt du TGV, long trajet de huit heures entre Golfe et Méditerranée.</p>



<p>J’avais oublié ce manque depuis plus de trente ans et il m’était revenu récemment. Quelques crapotages en fin de soirée, deux taffes, pas plus, sinon la gerbe salutaire, qui m’avait évité de rechuter toutes ces années, reprenait ses droits, mains fébriles, cerveau embrumé, le cœur au bord des lèvres, sueurs froides, tout un rejet du corps de composer à nouveau avec ces toxines potentialisées par l’alcool, l’amertume de la fumée, l’odeur crasse du tabac froid sur les doigts. Mais mes médecins avaient été formels, une addiction à la nicotine ne s’oublie jamais, elle reste tapie, prête à resurgir lors des accidents de la vie. Et il faut croire que celui-là était violent parce que je me suis entêté. J’ai passé le cap des deux, puis trois, puis quatre, jusqu’à la neuvième et dernière avant d’écraser le mégot réduit à sa plus simple expression, tu peux vérifier, le décompte est exact si, comme moi, tu aspires longuement et goulûment à chaque bouffée, cela faisait rire mes donneuses, cette dévoration infantile et accélérée du cylindre blanc avant sa disparition en cendres.</p>



<p>Puis le passage à l’achat des vingt «&nbsp;nuitgraves&nbsp;», acte symbolique guidé par la culpabilité de taper les autres pour une drogue de luxe, justifiant de m’adonner sans limite à ce marqueur de ma propre chute. Nous ne sommes pas tous égaux. La tempérance n’est pas mon credo, doublée d’une certaine joie malsaine à contempler mon effondrement. Et puis la dimension du plaisir ne pouvait s’écarter. «&nbsp;A tout prendre plutôt que moitié&nbsp;». Ou «&nbsp;C’est jamais trop quand c’est bien&nbsp;» comme disait Blaise le poussin masqué. J’ai passé des mois à me retenir puis à toujours céder à la tentation, me surprenant pendant mes insomnies à fumer à la fenêtre entrouverte, nu dans le froid de la nuit et le bourdonnement des frigos des commerces de bouche.</p>



<p>Elle m’a alors offert, comme cadeau de bienvenue, cette première borne d’une vie à reconstruire. Dans la boutique, elle a choisi la plus belle, du même bleu métallique qu’une tatoueuse, cylindre fuselé et lourd dans la main, autre chose que l’insignifiance d’une cigarette. J’ai tout de suite aimé son contact, son poids, toutes ces technicité et électronique pour un succédané de fumée. Un apprentissage nécessaire, les premiers démontages-remontages avec des pièces en trop, comme les boulons et écrous orphelins en fin de réparation d’un moteur thermique. La puissance des résistances, le couplage avec la proportion de propylène-glycol et de glycérine végétale. Cette science des dosages entre base, nicotine et arômes, équations chimiques oubliées depuis la prépa. Le goût du brûlé signant la fin de la pièce d’usure. Le clignotement de la charge pendant la nuit. Des gestes techniques, un rituel bien plus complexe. Mais que l’on ne s’y trompe pas, une vapoteuse n’apprend pas à s’arrêter de fumer, du moins dans mon cas. Bien au contraire, la dose est immédiatement disponible à tout instant, la réserve sous la main, plus de panique à l’idée de la fermeture des derniers bars à tabac. Une addiction sans contrainte, plus jamais rythmée par les neuf taffes de la clope. Et l’excuse qu’en l’absence de recul de la science, les risques médicaux sont moins élevés…</p>



<p>Bref, à ce régime, huit heures de TGV sont longues sans tétouiller, sans cette petite récompense à intervalles plus ou moins réguliers. L’annonce d’un arrêt en gare sonne comme une libération. Attendre que le train ralentisse pour se lever, se diriger vers la porte extérieure en appuyant les cinq fois rapprochées sur l’interrupteur afin de lancer l’appareil. Patienter jusqu’à l’arrêt total, ouvrir la porte, se précipiter sur le quai en surveillant qu’un contrôleur vindicatif ne soit pas dans les parages, et tirer voluptueusement sur la tototte à toute allure, guettant le signal du départ, puis se précipiter sur le seuil, expirer une dernière bouffée face au vide avant «&nbsp;la fermeture automatique des portes&nbsp;» et remonter s’installer jusqu’à la prochaine.</p>



<p>C’est alors que j’ai réalisé que je n’étais pas le seul. Nous sommes tout un peuple de l’ombre à pomper dans l’urgence devant les portes, émaillant à intervalles réguliers la rame, surveillant le quai se vidant et les contrôleurs au loin avant qu’ils ne remontent, donnant le signal du départ. Dans le silence, chacun occupé à tirer sa volupté, pas le temps de bavarder, emmuré dans son plaisir, avec peut-être une petite pointe de culpabilité. Les femmes de mon âge sont plus nombreuses que les hommes, ces derniers devant déjà être morts de leurs excès, ou contraints à l’abstinence face au tableau clinique apocalyptique que leurs a dressé leurs cancérologue ou cardiologue, vengeance du genre. Nous ne sommes pas tous égaux. Les quelques rares vieux et vrais fumeurs ont les yeux rivés au sol et tirent compulsivement à toute allure sur leur cigarette, j’étais un petit joueur quand j’étais des leurs, je sens bien qu’ils souffrent de leur addiction mortelle. Quelques rares jeunes jouent les impudents décontractés avec de vraies clopes, le cancer est loin, vingt ou trente ans, rien à battre, d’ici là on aura tous collapsé. C’est finalement cela qui me gêne, cet enfermement. Nous sommes loin des excès festifs, de l’alcool désinhibant, des partages et des échanges, de la musique et de la danse, de la convivialité humaine des soirées à n’en plus finir. Plaisir triste et solitaire. Ça me fout le blues.</p>



<p>A cet arrêt est descendue une jeune métis. Baskets claires dentelées de motifs dorés, camaïeu de verts, ongles longs céladon avec des brillants incrustés, cheveux décrêpés, elle tire sur une vraie. Pas un sourire ni un regard, dureté face à ce vieux barbon bavassant sur sa vapoteuse, nous ne sommes plus du même monde, je suis transparent. Qu’est devenue notre altérité ?</p>



<p>A l’arrivée, le plaisir de marcher, la vapoteuse grésille sur le quai, je surveille l’arrivée dans le hall de la gare où je devrai l’éteindre puis plonger dans le métro. Petite pause avant le bus qui va longer la Corniche. Je m’installe au fond. De biais, dos à la route, une toute jeune femme est courbée sur un tout jeune bébé, quinze jours, pas plus. Elle a la main sur son visage, me le cache, il dort, totalement immobile, terrassé par sa naissance toute proche. Je ne cesse de le regarder. Que va-t-il devenir&nbsp;? Comment sera notre monde quand il aura mon âge, s’il y arrive&nbsp;? Plus violent, plus tragique, plus désespéré&nbsp;? Je pense à mes petits-enfants actuels et à ceux à venir. Ils ont le droit d’exister, j’ai le devoir de les aider, de leur offrir toute la résilience dont je suis capable, même si je ne me sens vraiment pas un modèle. «&nbsp;Fais ce que je te dis, pas ce que j’ai fait.&nbsp;». On a tout salopé et c’est elleux qui devront nettoyer, pas de quoi pavoiser…</p>



<p>Nous arrivons au terminus. La mère se prépare, serre encore plus fort son petit Léo ou Tiago ou Ilan ou Liam. Puis elle lève la main qui me cachait son visage et découvre… une tototte. Je serre la mienne dans la poche. Fulgurant raccourci.</p>



<p>Tu vois, Léo, ta tototte te rassure, t’apaise. Tu viens de vivre un putain de traumatisme. Je crois que moi aussi. Je te comprends jusqu’au fond de mes tripes. Ce que tu as cru être un cocon infini n’a été que transitoire, un pseudo-Eden, une illusion avant ta naissance dans ce monde insensé, agressif, d’une lumière crue, bruyant… mais tristement réel. Tu vas en sortir grandi, plus fort, il n’y avait pas d’avenir dans le ventre de ta mère, tu n’y étais que pour t’armer. Toi, tu as eu la chance de ne pas avoir de mauvaise fée, juste la bonne qui se penche sur toi et te protège de toute sa force. Mais il te reste ce souvenir d’un rêve perdu. Dépasse-le. Je suis sûr que toi, et celleux de ta génération, à partir de cet immense chaos, «&nbsp;vous accoucherez d’une étoile qui danse&nbsp;».</p>



<p>Je te promets, croix de bois, croix de fer, que, lorsque tu abandonneras ta tototte, je lancerai la mienne face à l’adversité, parce que, quels que soient l’âge ou l’époque, nous avons toujours la nécessité d’une renaissance.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/tototte/">Tototte</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Horloge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 16:23:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Textes autres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Atelier d&#8217;écriture à Baud &#8211; 10 septembre 2002. Exercice&#160;: répondre à une petite annonce. Loperhet&#160;: « Ancienne horloge de mur, tout</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Atelier d&rsquo;écriture à Baud &#8211; 10 septembre 2002. Exercice&nbsp;: répondre à une petite annonce.</em></strong></p>



<p><em>Loperhet&nbsp;: « Ancienne horloge de mur, tout est d&rsquo;origine, très abîmée, manque la clé de remontage et la vitre. Faire offre. »</em></p>



<p>Monsieur, votre horloge ne m&rsquo;intéresse plus.<br>Elle cadençait les temps anciens qui ont disparus.<br>Et remplacer la clé ou la vitre n&rsquo;y changera rien.</p>



<p>Savez vous que le temps s&rsquo;accélère bien que la Terre ralentisse&nbsp;?<br>Productivité, gaspillage des ressources, consommation inepte, désirs vains,</p>



<p>Tous ces objets qui remplissent les poubelles de nos défaites,</p>



<p>Cadence infernale dictée par les nouveaux temps que votre horloge ignorait.</p>



<p>Savez vous que mon temps s&rsquo;accélère à mesure que je m&rsquo;enfonce dans les années,</p>



<p>Une heure dans ma prime jeunesse, une seconde en cette vieillesse&nbsp;?</p>



<p>Monsieur, tous ces temps ne se mesurent pas, ils ne sont que la folie des humains pour découper l&rsquo;indécoupable afin de mieux le posséder.</p>



<p>Monsieur, finalement, votre horloge m&rsquo;intéresse, pourvu qu&rsquo;elle ne soit pas réparée,<br>Que sa vitre cassée me fasse passer de l&rsquo;autre côté du miroir,<br>Que nulle clé ne mettre en branle un mécanisme qui égrainera ma vie,<br>Parce que je n&rsquo;aspire plus qu&rsquo;à l&rsquo;immobilité.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/horloge/">Horloge</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Pensée magique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Sep 2022 11:37:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux mois de voyage, sur les pistes plutôt que l&#8217;asphalte. Traversée du Sahara en juillet. J&#8217;avais réussi à conserver intacte</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/pensee-magique/">Pensée magique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux mois de voyage, sur les pistes plutôt que l&rsquo;asphalte. Traversée du Sahara en juillet. J&rsquo;avais réussi à conserver intacte la 504 break jusqu&rsquo;à Cotonou, malgré les pièges des sables mouvants, de la tôle ondulée, des «&nbsp;nids de chameaux&nbsp;», du bétail en errance, des traversées à gué, des contrôles tatillons des douanes, des convoitises, des filouteries où le faux acheteur se payait une visite gratuite au village puis disparaissait derrière une case, des risques de collisions avec bus, camions ou taxis-brousse trompent-la-mort.</p>



<p>Voilà. Elle m&rsquo;avait amené jusqu&rsquo;ici, bravant le sable, la poussière, les pierres, la chaleur, la boue, les flots. Surpuissante, démesurément longue. Increvable. C&rsquo;est bien pour cela qu&rsquo;elle était recherchée ici, Peugeot fabriquée en France préférée aux pâles copies peu fiables assemblées au Nigéria tout proche, à Kaduna.</p>



<p>Tous les trafics de voitures se terminaient ici, sur cette place où grouillaient les revendeurs, le Bénin étant le terminus en Afrique francophone. Niger, Haute-Volta, Mali, Togo, pays que j&rsquo;avais traversés, avaient interdit ou taxé tellement ces ventes qu&rsquo;elles en étaient devenues impossibles.&nbsp;</p>



<p>Deux ans d&rsquo;Algérie, deux mois en Afrique noire m&rsquo;avaient (un peu) aguerri. Face à un Blanc, n&rsquo;ayant connu que l&rsquo;opulence et immensément riche à leurs yeux, l&rsquo;imagination humaine est sans limite mais j&rsquo;avais appris à déjouer les très grosses ficelles.</p>



<p>Bref, j&rsquo;attendais, et je savais que je risquais de patienter longtemps. La stratégie habituelle, dite de «&nbsp;la chasse à courre&nbsp;» consistait à épuiser la bête pendant des jours, l&rsquo;éreintant, psychologiquement avec de fausses opportunités mirobolantes, ainsi que financièrement, car nous étions des amateurs sans les réserves nécessaires pour tenir des semaines. Il suffisait alors de cueillir l&rsquo;affaire à la moitié du prix du marché pour que l&rsquo;apprenti puisse retourner la tête basse en Europe.</p>



<p>Parmi ces hâbleurs qui m&rsquo;interpellaient sans cesse, parlant fort, riant entre eux, se moquant en fon ou en yorouba de ce barbu dépenaillé de 24 ans au bronzage camionneur, tee-shirt et pantalon de toile déchirés, sandales fatiguées, je le repérais. Petit et chétif en comparaison de tous ces athlètes, peu disert, sobre mais avec une vraie présence, je le trouvais vrai et lui accordai un bon début de confiance. Dans un français imagé, il me proposa un client que l&rsquo;on pouvait voir de suite. Le prix était correct, pas mirobolant comme me le criaient les autres esbroufeurs. J&rsquo;acceptais ce qui était le double du prix que je l&rsquo;avais payée en France. La vente fut réglée en 24 h. L&rsquo;acheteur était un Nigérien vivant au Bénin, haute classe sociale. Je fus payé en liquide, francs CFA. L&rsquo;épaisseur de la liasse faisait la largeur de ma main. Je portais les billets à la banque pour les transférer en France. Je ne pus exporter que la moitié de la somme. Le reste devait rester sur place mais il était possible, une fois passés clandestinement en métropole, de les convertir. Il fallait donc conserver cette somme sur moi. Mon portefeuille pendentif artisanal en était devenu gros et lourd, difficile de le cacher, dangereux pour le long voyage du retour, plus de mille kilomètres en taxis-brousse depuis Cotonou jusqu&rsquo;à Niamey d&rsquo;où je devais partir pour Lyon dans quinze jours.</p>



<p>J&rsquo;avais du temps devant moi. Théophile m&rsquo;invita à le passer dans sa famille, à la concession sur le cordon dunaire entre le lac Nokoué et le Golfe de Guinée. Des carrés de vingt mètres par vingt mètres, alignés au cordeau le long d&rsquo;une rue sableuse où passaient essentiellement des mobylettes et quelques rares voitures. Des clôtures de broc et de bric, bambous et bois de récupération. Deux arbres aux feuillages denses occupaient la cour et protégeaient une «&nbsp;cuisine&nbsp;» de plein air, brasero, bassines émaillées ou en plastique, où les femmes s&rsquo;affairaient. Une vingtaine de personnes, plusieurs générations de l&rsquo;ethnie Adja-Fon. En dehors de Théophile, nous ne pouvions communiquer que par signes et sourires. Poulets, coqs, truie noire suitée de porcelets, chèvre, cohabitaient. Une longue cabane en tôles rouillées, bidons déroulés, longeait un côté et ouvrait des cellules contiguës sans fenêtres. Des poissons de la lagune toute proche, enfilés sur des baguettes, séchaient sur un feu. Impossible d&rsquo;en manger, ils étaient tabous mais servaient de monnaie d&rsquo;échange pour le manioc, le riz. Le peu de viande était fourni par la basse-cour. Ni eau, ni électricité, ni sanitaires.</p>



<p>Théophile est un conteur. Je me moque de la véracité de ses histoires mais je les note. Nous passons la journée à écumer les environs à mobylette, à voir ses potes, le soir à discuter et boire un alcool fort ou de la bière de mil. Nous partageons le même châlit. Mon sommeil est lourd, sans rêves. Théophile se prétend sorcier au même titre que moi je le suis avec les médicaments que je distribue&nbsp;: paracétamol, aspirine, nivaquine, antidiarrhéiques. Il me dit que la nuit son esprit sort du corps et va voyager dans les pays lointains. Il ne revient qu&rsquo;au petit matin quand le vent se lève à l&rsquo;aube, celui des âmes qui réintègrent les humains endormis avant l&rsquo;éveil. Il me propose de le mettre à l&rsquo;épreuve, de lui poser des questions concernant des êtres chers. Je commence par mes parents dont je n&rsquo;ai pas de nouvelles depuis trois mois. Le lendemain, il me dit qu&rsquo;ils vont bien, que les montagnes en face de la maison sont magnifiques, que les blés sont coupés et parcourus de brebis que garde une jolie fille brune. Je suis ébranlé.</p>



<p>Je passe à l&rsquo;intime. Que devient Pascaline, celle que j&rsquo;aime et que j&rsquo;ai laissée&nbsp;?</p>



<p><em>«&nbsp;Le premier amour est celui qui compte. Quand je l&rsquo;ai appelée, son cœur était si près de toi. Ton départ ne lui a pas fait plaisir, mais tu lui avais dit que, étant présentement en mouvement, elle avait la liberté de faire ce qu&rsquo;elle voulait et toi aussi. Mais elle se pose la question de savoir si tu l&rsquo;estimes effectivement car elle te fait confiance. Elle attend une décision de toi pour savoir ce qu&rsquo;elle doit faire mais elle ne fera pas de mal pendant ton absence.&nbsp;</em></p>



<p><em>Au mois d&rsquo;avril, un homme lui a rendu visite par surprise et ils avaient causé. En ton absence, les visites se sont réciproquées. Mais elle ne cède pas, elle est éblouissante du choix. Pour sa décision, elle attend ton retour.&nbsp;»</em></p>



<p>Je suis encore plus ébranlé. Mes défenses cartésiennes cèdent. Je bascule dans le monde magique de Théophile. Contre rémunération, il m&rsquo;intronise «&nbsp;petit sorcier blanc&nbsp;». Invocation des esprits des points cardinaux, sacrifices de poulets, offrandes d&rsquo;alcools. Invocation des «&nbsp;Jumeaux&nbsp;», les esprits les plus puissants auxquels je peux demander ce que je souhaite&#8230; si je deviens sorcier. J&rsquo;accepte les scarifications sur le dos des mains, le front, dans lesquelles est introduite une poudre très chère comprenant, paraît-il, des cendres d&rsquo;os humains. J&rsquo;accepte d&rsquo;avaler des potions pour éveiller mon esprit. Mes nuits sont de plus en plus lourdes, Théophile me dit que je parle beaucoup dans mon sommeil. Mon argent file, mais peu importe, puisque j&rsquo;aurais la puissance.</p>



<p>C&rsquo;est dans un état second que je le quitte. J&rsquo;ai hâte de retrouver Pascaline. J&rsquo;ai confié à mon mentor mon argent pour éviter le vol en chemin. Il me l&rsquo;enverra par la banque, les citoyens béninois peuvent le faire. Le long voyage en taxis-brousse bondés est étrange. Tous regardent avec un mélange de respect et de peur mes scarifications. Qui est ce sorcier blanc&nbsp;?</p>



<p>Mon arrivée en France est une brutale redescente. Ma drogue du monde magique n&rsquo;agit plus. La réalité européenne est tenace et implacable. Pascaline ne m&rsquo;a pas attendu. Je suis seul. Perdu. Écrasé.</p>



<p>Il ne me reste plus qu&rsquo;à attendre mon argent que Théophile m&rsquo;a promis et qui tarde malgré mes relances.</p>



<p>Et puis un jour gris et pluvieux d&rsquo;automne, l&rsquo;évidence me tombe enfin. Je n&rsquo;aurai jamais cette somme dont j&rsquo;ai besoin. Je me suis fait arnaquer. La pensée magique est une ineptie.&nbsp;</p>



<p>La sorcellerie ne vaut que pour les crédules&#8230;</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/pensee-magique/">Pensée magique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Vieille âme enfantine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Aug 2022 19:45:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Etrange]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je passais devant lui le matin quand je me rendais au café du quai. Il était apparu depuis quelques semaines,</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Je passais devant lui le matin quand je me rendais au café du quai. Il était apparu depuis quelques semaines, plaçant sa grande carcasse sous la Porte des Remparts à côté du DAB du Crédit Bouse. Au ras du sol, sur ses cartons, une boite à maquereaux pour les pièces. Tête de dragon couturé. Gris de la pierre, gris des yeux, de la peau et des cheveux, gris des vêtements, minéral, il disait s&rsquo;appeler Karnak.</p>



<p>Je venais de quitter les amies pour remonter vers mon cabinet, fuyant le barouf des camions de livraisons et les premiers cars de touristes séniorisés bouchant la vue sur la rivière.</p>



<p>Je ne sais pourquoi, je me suis arrêté face à lui. Il a levé ses yeux fous vers moi&#8230; et je me suis assis à ses côtés. Le regard dans le vague, il m&rsquo;a raconté son histoire&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, les hommes sont stupides, leur premier cerveau n&rsquo;est pas là où l&rsquo;enseigne l&rsquo;anatomie. Ils sont les jouets de leurs pulsions et aiment tellement que les femmes les aiment comme leur mère les a adorés, se sentir à nouveau un dieu pour elles.</li>
</ul>



<p>Il n&rsquo;avait pas tort pour le cerveau des hommes et leurs pulsions. La suite n&rsquo;était que sa propre projection. N&rsquo;est-ce pas devenir adulte que de dépasser l&rsquo;amour maternel&nbsp;? Mais cet humain avait l&rsquo;épaisseur que donne la douleur. Loin de la superficialité que parfois je côtoyais au contact de la faune bobo du centre, petits égos tentant de combler le vide d&rsquo;existences quelconques. Mais j&rsquo;y trouvais aussi des relations vraies d&rsquo;amitiés profondes.</p>



<p>Je l&rsquo;encourageai en souriant&#8230;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, c&rsquo;est comme cela que j&rsquo;ai été séduit. Dès la première rencontre, j&rsquo;ai été aimanté par son étrange aura mais je ne pouvais imaginer ce qui allait se passer. La séduction est un mécanisme implacable, elle s&rsquo;auto-entretient puis éclate comme une impérieuse injonction. Tombé dans le piège de ses yeux, je me suis jeté dans une relation clandestine&#8230; Elle me disait qu&rsquo;elle ne pouvait vivre sans moi, qu&rsquo;elle se transformerait en poussière si je l&rsquo;abandonnais, qu&rsquo;elle était celle que j&rsquo;attendais depuis si longtemps et moi celui qu&rsquo;elle n&rsquo;espérait plus, que cela n&rsquo;avait jamais été ainsi avec les hommes précédents, que nous avions besoin l&rsquo;un comme l&rsquo;autre de cet amour fusionnel qui n&rsquo;était pas une chimère mais une réalité, que nous étions comme un frère et une sœur incestueux, un couple karmique. Nous ne pouvions laisser passer cette chance unique dans cette vie.</li>



<li style="font-size:14px">Couple carmite&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Karmique. Nous avions déjà été ensemble dans une autre vie.</li>



<li style="font-size:14px">Ah ouais, vu comme ça&#8230;</li>
</ul>



<p>Il ignora mon ironie, tout à son histoire&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, elle me disait que j&rsquo;étais l&rsquo;autre moitié de son âme, que nous allions finir notre temps ensemble, dans sa maison des Landes aux auges sacrificielles préhistoriques creusées dans le granit et qui serait la nôtre, notre Éden autarcique à l&rsquo;écart du monde, où nous nous nourririons de notre potager et de notre amour, et où, nouveaux sauvageons, nous vivrions des petits riens du quotidien.</li>
</ul>



<p>Il fit une pause, puis reprit, fixant un point imaginaire droit devant lui&nbsp;:&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">J&rsquo;ai tout quitté pour elle, tout brisé, détruit ma vie d&rsquo;avant, explosé ma famille, abandonné les êtres qui m&rsquo;aimaient. Les dégâts psychiques ont été effroyables mais j&rsquo;avais fait LE choix de ma vie. J&rsquo;étais à la fois rongé de culpabilité et heureux comme je croyais ne l&rsquo;avoir jamais été. J&rsquo;étais elle, elle était moi. Je me suis mis totalement à nu, brisant ma carapace, en confiance absolue&#8230; </li>
</ul>



<p>Sa voix devint nostalgique :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Nous avons vécu un an hors du temps dans notre bulle régressive infantile, redevenus des adolescents à peine pubères. Elle s&rsquo;occupait de moi, pour chaque interrogation « se mettait en relation avec l&rsquo;Univers », sortait son pendule pour décider de tous nos actes. Pour éloigner mon mal être, elle magnétisait mes sept chakras et, le soir, régulait mon humeur au rythme de son tambour chamanique à la peau tendue de cerf noir que je ne pouvais toucher sous peine qu&rsquo;il ne perde sa magie. Elle m&rsquo;a appris les massages ayurvédiques du matin pour me lever avec les bonnes vibrations, m&rsquo;a enseigné les cinq tibétains afin d&rsquo;énergiser ma journée. J&rsquo;ai accepté de boire ses tisanes aux compositions secrètes, qu&rsquo;elle disparaisse régulièrement pour « se reconnecter avec ses entités ». J&rsquo;ai cru que j&rsquo;étais devenu nous, donnant sans réserve mon énergie. Totalement dépendant. Homme-enfant abandonnant toute défense, tout contrôle, petite âme sans fierté entre ses mains, sous son pouvoir absolu. Que cela dure et que je puisse expirer mon dernier souffle contre elle !</li>
</ul>



<p>Il s&rsquo;arrêta encore, puis, d&rsquo;une voix tremblante&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Un jour, Monsieur, je me suis réveillé au côté d&rsquo;une personne différente, rêche, mutique. Elle n&rsquo;avait plus d&rsquo;étoiles dans les yeux quand elle me regardait. Elle me disait que je l&rsquo;étouffais, qu&rsquo;elle avait besoin d&rsquo;être elle, qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;elle prenne ses distances&#8230; Tout s&rsquo;est effondré pour moi. J&rsquo;ai perdu pied, hurlé, supplié, tour à tour en colère, crachant mes mots tueurs de dépit, puis rampant en implorant son pardon&#8230; Alors, elle m&rsquo;a demandé de quitter notre havre&#8230; Des amis m&rsquo;ont hébergé mais n&rsquo;ont pas supporté que je sombre dans l&rsquo;alcool potentialisé par les anti-dépresseurs. J&rsquo;ai dormi dans ma voiture, puis je l&rsquo;ai vendue, bradé tout ce que je possédais encore, et je finis là, sous ce porche, attendant la mort ou que l&#8217;emprise de cette sorcière ne se desserre.</li>
</ul>



<p>Je laissai passer quelques secondes, puis, me tournant vers lui&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Vous m&rsquo;avez raconté une très triste histoire d&rsquo;amour. Mais en quoi cette femme est une sorcière&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Monsieur, je ne fais que ressasser cette histoire, je revis ad nauseam chaque moment, les analyse. Je suis sûr de mon fait. Cette femme se nourrit de l&rsquo;énergie et de la richesse intérieure des hommes qu&rsquo;elle séduit, puis les jette quand elle leur en a tiré tout le jus, devenus enveloppes vides&#8230;.ou quand elle croit que son être profond est en danger.</li>



<li style="font-size:14px">Une mangeuse d&rsquo;hommes&nbsp;?</li>



<li style="font-size:14px">Non, une sorcière qui ne le sait pas elle-même. &nbsp;Elle se ment à elle-même comme elle ment à l&rsquo;autre, c&rsquo;est son mode de survie.</li>



<li style="font-size:14px">C&rsquo;en n&rsquo;est donc point une&nbsp;!</li>



<li style="font-size:14px">Bien au contraire, Monsieur&nbsp;! Elle n&rsquo;est pas du même bois de folie que nous. Elle disait en riant qu&rsquo;elle était extraterrestre, qu&rsquo;elle venait d&rsquo;Orion. Je la crois. Elle ignore ni n&rsquo;éprouve l&#8217;empathie qui fait notre humanité et ressent si peu notre besoin vital d&rsquo;échanger et de partager, ses comportements sociaux sont inadaptés. Elle ne se love pas dans la relation avec l&rsquo;autre car elle ne vit que de fantasmes. Monsieur, je sais que ses ressorts ne sont pas les nôtres. Ils sont incompréhensibles pour moi. Elle est à la fois une enfant et une très vieille âme, entité incarnée dans des corps de femmes depuis des siècles. Vide, elle a besoin de voler notre énergie vitale pour ne pas disparaître, stabiliser ces enveloppes qui lui sont étrangères pour simuler une existence humaine qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas. Je ne suis qu&rsquo;un papillon de plus épinglé sur un tableau aux nombreux espaces encore vacants, jusqu&rsquo;à la fin du temps des Humains&#8230;</li>
</ul>



<p>Il me regarda enfin avec intensité, ses yeux s&#8217;embuant de désespoir&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-size:14px">Monsieur, elle m&rsquo;ignore, elle m&rsquo;a volé mon âme, elle m&rsquo;a essoré de ma force de vie, elle a détruit mon existence, je ne suis plus qu&rsquo;une baudruche d&rsquo;homme et, pourtant, je l&rsquo;aimerai toujours à la folie jusqu&rsquo;à ce que mes neurones se détruisent.</li>
</ul>



<p>Que dire&nbsp;? Sinon le laisser à son délire sorti de son cerveau fracassé, de sa souffrance inextinguible, confondant troubles du spectre autistique et sorcellerie imaginaire. Je lui touchai l&rsquo;épaule, mis une pièce dans sa boite, puis me levai pour retrouver mes patients.</p>



<p>Il me remercia, redevenu éteint.</p>



<p>La foule des touristes était dense à cette heure, le flot incessant.</p>



<p>Soudain il me fit signe, très agité, et me désigna un point dans la foule. Je ne l&rsquo;avais jamais vue et pourtant je la reconnus immédiatement.&nbsp;<em>Ils sont plus de deux mille et je ne vois qu&rsquo;</em>&nbsp;elle, marchant lentement, très droite, le regard fixe. La foule s&rsquo;écartait d&rsquo;elle comme s&rsquo;il en émanait une énergie délétère. Elle était mince, les cheveux indisciplinés en une rivière drue, noire aux reflets rouges, ramassés en un chignon-dragon. La bouche était gourmande. Elle portait sur sa peau très claire un étrange plastron composé de cauris, d&rsquo;épines d&rsquo;oursins tropicaux et de dents de requins. Sa présence me subjugua.</p>



<p>Arrivée à ma hauteur, elle se tourna sans hésiter vers moi comme si elle m&rsquo;avait senti, comme si elle m&rsquo;avait choisi.</p>



<p>Puis elle me regarda et je fus happé par ses yeux bleu-Larimar, fenêtres sur sa très vieille âme enfantine.</p>



<p>Il fallait que je détourne la tête, il fallait que je ferme les yeux, il fallait que je coupe ce contact, il fallait que je m&rsquo;échappe&#8230;</p>



<p>Il aurait fallu&#8230;</p>



<p></p>



<p></p>



<p><em>Karnak est un personnage récurrent. Il apparaît dans une autre nouvelle <a href="https://bruno-perera.fr/partons-vers-le-sud/" target="_blank" rel="noopener" title="">« Partons vers le sud »</a>. Il est aussi le narrateur de mon roman <a href="https://bruno-perera.fr/livres-edites/hors-saisons/" target="_blank" rel="noopener" title="">« Hors saisons &#8211; Chroniques de la rue ».</a> Cette nouvelle dévoile une toute petite partie de sa vie d&rsquo;avant la chute.</em></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/vielle-ame-enfantine/">Vieille âme enfantine</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>MR-73</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Jan 2022 12:12:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Noir]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Illustrations par Martin Yzern&#160; En mémoire de Sourisha Nô, sorcière-warrior dont l&#8217;écriture m&#8217;a subjugué. Certains ont une trajectoire bien lisse,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/mr-73/">MR-73</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Illustrations par Martin Yzern&nbsp;</em></p>



<p><em><strong>En mémoire de <a href="https://short-edition.com/fr/auteur/sourisha" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Sourisha Nô</a>, sorcière-warrior dont l&rsquo;écriture m&rsquo;a subjugué.</strong></em></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-836" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1024x683.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-300x200.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-768x512.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-1536x1024.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-01-3600-x-2400-2048x1365.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>Certains ont une trajectoire bien lisse, bien droite. Moi je suis fait pour les lignes brisées.<br>Le billard, c&rsquo;est quand tu es né du bon côté, pas trop de questions à te poser, la pente est accueillante, suffit de te laisser aller, les portes sont ouvertes et les succès naturels. Moi, j&rsquo;ai toujours dû me battre. Souvent KO, mais, à chaque fois, je me suis relevé, parce que tu as la rage, parce que tu n&rsquo;as pas le choix, sinon tu dois ramper alors qu&rsquo;il ne te reste que l&rsquo;honneur.<br>Et tout recommencer, reconstruire une vie bancale qui, depuis ma naissance, n&rsquo;a jamais eu de fondations. Mais j&rsquo;avance, parce que je suis vivant, parce que derrière moi il n&rsquo;y a que des chaînes, parce que mon équilibre sur ces déchirures, c&rsquo;est mon instabilité.</p>



<p>Mais là, franchement, je ne me vois plus d&rsquo;avenir&#8230;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img decoding="async" width="1024" height="554" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1024x554.jpg" alt="" class="wp-image-834" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1024x554.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-300x162.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-768x415.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-1536x831.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-09-4096-x-2215-2048x1108.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>J&rsquo;avais marché longtemps. Sans faire attention à ma direction. Pour me perdre. Le mental déconnecté comme un gros diesel assoupi. Je ne pensais pas. Trop peur d&rsquo;avoir mal ou d&rsquo;exploser de haine ou de violence. Arc réflexe, les jambes coordonnées, les mains dans le blouson, col relevé parce qu&rsquo;il gelait. Je me fixais sur la buée qui sortait de ma bouche. Presque personne sur les trottoirs, peu de voitures, soirée d&rsquo;hiver. Je ne sais pas combien de temps j&rsquo;ai dérivé mais, quand j&rsquo;ai repris conscience, je ne reconnaissais pas ce quartier, j&rsquo;avais froid et j&rsquo;avais soif. Pas faim, toujours cette grosse boule nouée dans le ventre. Un bar était encore ouvert. Je suis rentré.<br>À la baisse des conversations et aux regards rapides jetés vers moi, j&rsquo;ai bien compris que j&rsquo;étais un intrus chez des habitués. Ils n&rsquo;avaient rien à craindre, je n&rsquo;allais pas l&rsquo;ouvrir, juste me chauffer un peu et boire une ou deux bières avant de reprendre le dehors jusqu&rsquo;à ce que je m&rsquo;écroule quelque part.<br>Je visai le comptoir et le seul tabouret libre, juste à côté d&rsquo;une nana de dos, petit format en Perfecto, jean moulant sur une taille étroite. Regard rapide en m&rsquo;asseyant, beau profil et cheveux courts bien noirs. Devant une pression.<br>Je commandai la mienne et me détendis peu à peu. Anonymat. Les conversations avaient repris. Tout le monde se foutait de qui je pouvais être. Mignonne buvait mécaniquement, le regard fixe devant elle. J&rsquo;en faisais autant. Presque peinard. À la deuxième bière, je perçus comme une chaleur dans le ventre, comme le début d&rsquo;un relâchement. Surtout ne pas penser&#8230;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-scaled.jpg" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><img decoding="async" width="1024" height="554" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1024x554.jpg" alt="" class="wp-image-835" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1024x554.jpg 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-300x162.jpg 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-768x415.jpg 768w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-1536x831.jpg 1536w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/09/Mr73-03-4096-x-2215-2048x1108.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p>La porte du bar s&rsquo;est ouverte et deux types sont rentrés. Le second s&rsquo;est tout de suite mis de côté, surveillant la salle. Le premier s&rsquo;est dirigé direct vers moi ou plutôt vers ma voisine qui n&rsquo;avait pas bougé mais dont je sentis nettement la tension. Les conversations s&rsquo;étaient à nouveau arrêtées mais ce n&rsquo;était pas de l&rsquo;hostilité comme pour moi. Plutôt un mélange de respect, de peur, de curiosité. Le mec qui s&rsquo;avançait, autoritaire, avait vraiment une sale gueule. Pas très grand, costard fatigué sur une chemise à col ouvert, regard bleu, visage qui avait dû être beau mais maintenant avachi, un peu de bide. Le genre petit chef qui ne souffrait d&rsquo;aucune contestation. Il a posé la main sur l&rsquo;épaule de Mignonne, l&rsquo;a forcée à se retourner et ordonné de le suivre. Comme elle refusait, je l&rsquo;ai vu lever la main pour lui coller une baffe.<br>Bon, je n&rsquo;aurais pas dû réagir. Rester le regard droit devant. Les laisser faire leurs petites affaires. S&rsquo;il fallait s&rsquo;occuper de tous les connards sur Terre, j&rsquo;aurais un tee-shirt bleu avec un « S » orange sur fond jaune. Sauf que frapper une femme, déjà ce n&rsquo;est pas possible, mais ce type avait la mine suffisante, bien assurée du mec qui ne doute de rien. Comme mon patron. Enfin&#8230; mon ex-patron depuis ce soir. Les deux conjugués, ça a explosé en moi. Sortie tout droit du ventre, la boule est devenue une pieuvre.<br>Je lui ai bloqué le bras. Il a eu l&rsquo;air suffoqué de ma réaction. Il m&rsquo;a craché&nbsp;: « Lâche-moi pauvre type, va moisir ailleurs, dégage ou je t&rsquo;explose ! » Il n&rsquo;a pas vu mon poing gauche. En pleine gueule. De toute ma puissance. Sûr que je lui ai cassé le nez. En même temps, je lui balançais un coup de genou dans le ventre. Et comme il se pliait en deux, je lui ai resservi un direct du gauche sur le menton. Plus eu qu&rsquo;à lâcher le bras, il s&rsquo;est effondré sur le sol dans un drôle de gargouillis. La pieuvre est sortie en même temps de mon ventre. Elle avait eu sa proie. Je me sentais soulagé.<br>Stupeur dans la salle. L&rsquo;autre arriva droit sur moi, main droite fébrile dans le veston. Mal barré pour bibi, ça sentait le flingue. J&rsquo;ai pris le tabouret en bouclier en espérant imbécilement qu&rsquo;il serait assez solide si l&rsquo;autre venait à tirer. Il avançait, sûr de sa supériorité, presque au ralenti. Puis il a sorti la main de sa veste. J&rsquo;ai levé le tabouret et attendu le coup de feu. Mais non, juste un bruit sourd et le type qui s&rsquo;effondrait par terre, à côté du boss, ils étaient touchant tous les deux, yeux fermés et du sang sur leurs fringues.<br>Mignonne, debout, me regardait avec à la main son demi ou plutôt ce qu&rsquo;il en restait, l&rsquo;anse, le reste devait s&rsquo;être incrusté dans le cuir chevelu du gorille bavassant à nos pieds.<br>Bon, pas eu à faire les présentations, nous avons couru vers la porte avant que les autres ne réagissent et nous bloquent la sortie. Regretté ma pression à moitié pleine sur le zinc.<br>Elle m&rsquo;a entraînée sur le trottoir, a rapidement tourné à droite, puis encore à droite, a sorti une clé télécommande et bippé un monstre garé qui a couiné en clignant des yeux. Jamais pu retenir les marques et les modèles de ces machins à quatre roues motrices mais, en me jetant à la place du mort, j&rsquo;ai senti l&rsquo;ambiance feutrée, le cuir frais, l&rsquo;odeur du plastique neuf. Pas celle de l&rsquo;honnête travailleur.<br>Mignonne a démarré à fond et le moteur a hurlé dans sa cage, ça s&rsquo;agitait à l&rsquo;angle de la rue.</p>



<p>Elle conduisait précis. Très vite. Concentrée. Silence dans l&rsquo;habitacle. Je regardais souvent derrière nous mais pas de trace de poursuivants. Nous sommes rapidement sortis du quartier, puis de la ville. La voiture filait à pleine vitesse. Elle m&rsquo;a demandé d&rsquo;éteindre mon portable et le sien. Sa voix était étonnamment grave, un vrai alto mais un peu éraillé. Sur la 4&nbsp;voies, elle a encore bondi. Au deuxième flash, je lui ai demandé si elle avait un permis à points infinis. Elle m&rsquo;a juste répondu que les points ne servaient à rien quand on était mort.<br>Elle a sorti un paquet de clopes, s&rsquo;est servie et m&rsquo;en a filé une. J&rsquo;avais arrêté depuis longtemps mais puisque c&rsquo;était la cigarette du condamné&#8230; La seule chose qui me gênait, c&rsquo;était le télescopage entre l&rsquo;odeur du tabac froid, celle du neuf du bolide et celle du sang frais. Mais je voyais bien que la revente n&rsquo;était pas vraiment le souci de Mignonne.<br>Quand je lui ai dit que si des mecs étaient capables de nous suivre avec nos portables, ils devaient être aussi capables de nous repérer avec les flashs des radars fixes, ça arrivait parfois les transfusions entre la police et des types comme nos suiveurs, elle m&rsquo;a regardé pour la première fois bien en face et m&rsquo;a dit que je n&rsquo;avais pas qu&rsquo;un poing et un genou gauche mais aussi un cerveau. Elle m&rsquo;a demandé de surveiller les radars, tout en jetant par la fenêtre le Coyote, le badge autoroute, nos deux portables, fallait aller jusqu&rsquo;au bout dans l&rsquo;anonymat.<br>Puis elle m&rsquo;a montré la boite à gants, m&rsquo;a fait sortir une grosse enveloppe et un objet dans un sac en toile. Au poids et à la forme, j&rsquo;ai tout de suite compris ce que c&rsquo;était. Pas pu réprimer un sifflement. Un MR-73 ! Un peu trop léger. Je lui ai juste dit qu&rsquo;il n&rsquo;était pas approvisionné. Là encore, elle m&rsquo;a regardé étonnée et m&rsquo;a montré un carton derrière l&rsquo;arme. Je n&rsquo;ai eu qu&rsquo;à la charger, la bête était en super état, prête à officier. Elle a bien vu que je savais m&rsquo;en servir. Je l&rsquo;ai sentie se détendre un peu tout en me surveillant du coin de l&rsquo;œil. Elle m&rsquo;a juste demandé si j&rsquo;étais flic. Eh non, ouvrier imprimeur. Enfin, j&rsquo;étais&#8230; Jusqu&rsquo;à hier soir avant que l&rsquo;autre taré ne me vire. Elle a continué en s&rsquo;inquiétant si quelqu&rsquo;un m&rsquo;attendait. Je lui ai juste répondu que non. Elle n&rsquo;avait pas besoin de savoir qu&rsquo;en rentrant de mon ex-boulot, j&rsquo;avais trouvé l&rsquo;appart vide des affaires de ma femme&#8230; Enfin, de mon ex-femme. Partie, envolée. Deux coups d&rsquo;enclume le même jour, pas étonnant que les lignes se brisent.</p>



<p>Les heures passaient dans le cockpit, nous filions toujours vers le sud, elle payait les péages en liquide tiré de l&rsquo;enveloppe. Personne ne nous suivait ou alors ils étaient balèzes côté discrétion. C&rsquo;était une taiseuse comme moi, le silence ne pesait pas, je la sentais en confiance. Moi aussi. Mais il a bien fallu que je lui dise que j&rsquo;avais envie de pisser, la demi-bière avait largement eu le temps de filtrer. Pour la première fois, elle m&rsquo;a souri et, à la lumière de tout ce fatras d&rsquo;écrans, de diodes et autres fadaises pour gogo, je l&rsquo;ai trouvé belle. Elle m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle en avait besoin aussi mais qu&rsquo;on allait sortir de l&rsquo;autoroute, valait mieux éviter les stations d&rsquo;essence et les aires. Je trouvai que l&rsquo;on faisait un bon binôme côté précautions.<br>Nous nous sommes enquillés à l&rsquo;ouest, sur les petites routes en direction de l&rsquo;océan. De plus en plus petites. Elle a stoppé quand nous nous sommes trouvés face à la mer. Du vent du large, de gros rouleaux, des nuages. Il a fallu que je me tourne vers les terres pour éviter mes embruns. Elle a laissé la portière ouverte, coupé la lumière centrale, tombé le jeans et, assise sur le seuil en alu, elle a regardé comme moi vers la campagne sans lumières.<br>C&rsquo;est idiot, mais j&rsquo;ai souri devant ce moment de communion improbable, à pisser avec une inconnue, à des centaines de kilomètres de chez moi, des types dangereux à notre recherche.<br>C&rsquo;est idiot, mais je me suis dit que la vie était belle parce que surprenante. Normalement je devrais être complètement cuit quelque part dans la ville ou dans mon lit à ressasser cette putain de journée. Cuit mais peinard.<br>Quand on est remonté dans la voiture, elle m&rsquo;a proposé une petite pause, une heure ou deux de sommeil. Ça me convenait, je me sentais brusquement fatigué. J&rsquo;ai incliné le fauteuil, tourné vers elle. Juste avant de m&rsquo;endormir, je me suis dit que je ne connaissais pas son prénom&#8230;</p>



<p>Elle m&rsquo;a réveillé en me secouant violemment l&rsquo;épaule. Elle avait le MR-73 à la main, cran de sécurité relevé. Elle ne me menaça pas mais me montra trois grosses berlines garées à cent mètres face à nous, toutes lumières éteintes dans la nuit claire. Elle m&rsquo;a dit que la voiture devait être équipée d&rsquo;un mouchard GPS, que maintenant ils étaient là, que ce serait un carnage et que cela ne me concernait pas. Puis, du mouvement de son arme, elle m&rsquo;a intimé de sortir, de ramper, caché par la voiture qui offrait son flanc gauche aux agresseurs, jusqu&rsquo;à la plage en contrebas. Et que si j&rsquo;étais malin, et chanceux, j&rsquo;avais une chance de m&rsquo;en tirer pendant qu&rsquo;elle s&rsquo;occuperait d&rsquo;eux.<br>Je n&rsquo;ai pas eu le choix. Elle m&rsquo;a suivie, s&rsquo;est protégée derrière l&rsquo;aile droite, m&rsquo;a effleurée les lèvres de ses lèvres, m&rsquo;a dit « merci » et « adieu », puis s&rsquo;est retournée et a visé les voitures. Le MR-73 a aboyé, suivi de peu par la riposte des Glocks de ceux d&rsquo;en face.<br>Je me suis enfui sous la fusillade, bientôt protégé par le trait de côte puis m&rsquo;engouffrant dans le petit bois à gauche de la plage. J&rsquo;ai couru jusqu&rsquo;à ce que les armes se taisent puis je me suis terré sous un rocher protégé par un buisson. Ils ne m&rsquo;ont pas recherché mais j&rsquo;ai attendu bien longtemps après avoir entendu les voitures repartir. Je ne suis pas retourné jusqu&rsquo;au parking, j&rsquo;ai marché jusqu&rsquo;aux lumières d&rsquo;un hameau&#8230;</p>



<p>Mignonne devait gésir dans son sang, les yeux ouverts à côté de la voiture criblée de balles, revente impossible.</p>



<p>Putain de journée. Lignes brisées.</p>



<p>J&rsquo;aurais voulu connaître son prénom.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/mr-73/">MR-73</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Morbihan. Les trois amis écrivent un polar à six mains &#8211; Ouest France &#8211; 15/01/2022</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/morbihan-les-trois-amis-ecrivent-un-polar-a-six-mains-ouest-france-15-01-2022/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=morbihan-les-trois-amis-ecrivent-un-polar-a-six-mains-ouest-france-15-01-2022</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Jan 2022 09:53:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres édités - La presse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ouest France &#8211; 15 janvier 2022 &#8211; édition abonnés En 2018, trois amis du Morbihan décident d’écrire un livre ensemble,</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/morbihan-les-trois-amis-ecrivent-un-polar-a-six-mains-ouest-france-15-01-2022/">Morbihan. Les trois amis écrivent un polar à six mains – Ouest France – 15/01/2022</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.ouest-france.fr/bretagne/vannes-56000/morbihan-les-trois-amis-ecrivent-un-polar-a-six-mains-eb013c0e-7547-11ec-bf95-2d0bee5037ae" target="_blank"><em><strong>Ouest France &#8211; 15 janvier 2022 &#8211; édition abonnés</strong></em></a></p>



<h2 class="wp-block-heading">En 2018, trois amis du Morbihan décident d’écrire un livre ensemble, pour s’amuser. <em>Jusqu’au bout </em>a été publié en décembre chez Chemin Faisant. Un polar qui se lit d’une traite sur un rythme de road-trip. </h2>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/01/image_2022-01-19_104905.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="629" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2022/01/image_2022-01-19_104905.png" alt="" class="wp-image-799" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/01/image_2022-01-19_104905.png 1024w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/01/image_2022-01-19_104905-300x184.png 300w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2022/01/image_2022-01-19_104905-768x472.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure></div>



<p>L’idée de ce livre est partie d’une boutade entre copains, dans le Morbihan, d’abord entre Bruno Perera et Katell Chomard, rejoints très vite dans l’aventure par Fabrice Jaulin. « P<strong>our moi, la rédaction de <em>Jusqu’au bout</em> a été un bel exercice. Nous nous sommes tous très impliqués dans l’histoire. »</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading" id="une-histoire-rocambolesque">Une histoire rocambolesque</h2>



<p>Une histoire justement qui démarre sur les chapeaux de roue, quand Patrick, routier qui transporte des cargaisons de poules à travers la France, embarque en stop Lola, qui vient de se fâcher avec sa copine. Sur une aire d’autoroute, une rencontre avec des routiers polonais, loin d’être scrupuleux, va mettre fin à la virée pépère qui s’annonçait… Le<br>couple improbable va tomber sur Sébastien, musicien, et Louise, professeure…</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="un-train-d-enfer">Un train d’enfer</h2>



<p>De Brest (Finistère) à Gdansk (Pologne), le road-trip se déroule à un train d’enfer, de chapitre en chapitre, le lecteur ne s’ennuie pas. <strong>« Chacun d’entre nous écrivait un chapitre avant de le donner au suivant qui devait le poursuivre »</strong>, explique Bruno Perera. <strong>«On ne savait pas où on allait, on lisait et on inventait au fur et à mesure. »</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading" id="tres-drole">Très drôle</h2>



<p>Les styles s’harmonisent tout de suite. Difficile de dire que trois personnes différentes ont écrit ce livre. <strong>« Nous nous sommes imposés de fabriquer des personnages à l’inverse de ce que nous sommes »</strong>, poursuit Fabrice Jaulin. <strong>« Entre deux chapitres, on réfléchissait à la poursuite de l’histoire chacun de notre côté et il est arrivé que les petits copains nous piquent nos idées sans le savoir, c’était très drôle. »</strong></p>



<h2 class="wp-block-heading" id="un-defi">Un défi</h2>



<p>Pour Bruno Perera, qui a déjà écrit des livres, cette façon de faire a été originale. <strong>« On n’est plus seul face à sa copie, son imagination. C’est très riche ! Et à la fin, on ne sait même plus qui a écrit quoi. Il y a eu des rebondissements, des choses pour provoquer le suivant. »</strong>. Fabrice Jaulin confirme : <strong>« Une sorte de défi qu’on lançait à l’autre. Je fais cette chute, débrouille-toi ! »</strong></p>



<p><strong>Jusqu’au bout (Cadavres exquis)</strong> est signé les <strong>Steppenwölfe</strong>, comme les loups des steppes, une référence de plus dans ce polar qui aborde aussi l’écologie, les pratiques frauduleuses de l’élevage de volailles. </p>



<p><strong>Isabelle Jegouzo</strong></p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/morbihan-les-trois-amis-ecrivent-un-polar-a-six-mains-ouest-france-15-01-2022/">Morbihan. Les trois amis écrivent un polar à six mains – Ouest France – 15/01/2022</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>A Vannes, trois amis ont écrit « Jusqu’au bout », un road-trip écolo-social dans l’air du temps</title>
		<link>https://bruno-perera.fr/a-vannes-trois-amis-ont-ecrit-jusquau-bout-un-road-trip-ecolo-social-dans-lair-du-temps/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=a-vannes-trois-amis-ont-ecrit-jusquau-bout-un-road-trip-ecolo-social-dans-lair-du-temps</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Dec 2021 09:39:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres édités - La presse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Télégramme du 07/12/2021 «Jusqu’au bout» est un roman écrit à six mains par trois amis vannetais. Un road-trip aux</p>
<p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/a-vannes-trois-amis-ont-ecrit-jusquau-bout-un-road-trip-ecolo-social-dans-lair-du-temps/">A Vannes, trois amis ont écrit « Jusqu’au bout », un road-trip écolo-social dans l’air du temps</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><a href="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2021/12/image_2021-12-17_103518.png"><img loading="lazy" decoding="async" width="675" height="460" src="https://perera-wp.kaz.bzh/wp-content/uploads/2021/12/image_2021-12-17_103518.png" alt="" class="wp-image-784" srcset="https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2021/12/image_2021-12-17_103518.png 675w, https://bruno-perera.fr/wp-content/uploads/2021/12/image_2021-12-17_103518-300x204.png 300w" sizes="auto, (max-width: 675px) 100vw, 675px" /></a><figcaption><em>Les trois jusqu’auboutistes morbihannais&nbsp;: Katell Chomard, Bruno Perera (à gauche) et Fabrice Jaulin.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em><a rel="noreferrer noopener" href="https://www.letelegramme.fr/morbihan/vannes/trois-amis-vannetais-ont-ecrit-jusqu-au-bout-un-road-trip-ecolo-social-dans-l-air-du-temps-07-12-2021-12883135.php?fbclid=IwAR3-6vLi2ORsjFsYbL4Lu5a6t4mkYNlOCJ3GJla7LvPko8Oo0M-XZHOPoYk" target="_blank">Le Télégramme du 07/12/2021</a></em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>«Jusqu’au bout» est un roman écrit à six mains par trois amis vannetais. Un road-trip aux accents écolos.</strong></h2>



<p>Katell Chomard, Bruno Perera et Fabrice Jaulin, habitant Lorient et Vannes, se sont connus pendant un voyage professionnel en Suède. Au fil de discussions amicales, ils forment le projet d’écrire un livre à la manière du jeu surréaliste «&nbsp;Le cadavre exquis&nbsp;». Avec une consigne&nbsp;: endosser des personnages très différents d’eux. Mais aussi une incertitude de taille&nbsp;: sont-ils capables d’aller jusqu’au bout&nbsp;?</p>



<p>Aujourd’hui, ils sont heureux et encore étonnés de leur aventure littéraire, en présentant un solide roman de 360 pages rédigé à trois voix distinctes qui se rejoignent à l’arrivée. «&nbsp;On est parti d’une page blanche, sans thème défini, mais nos imaginaires ont donné quelque chose qui gagne en densité jusqu’à l’épilogue&nbsp;», constate Bruno Perera, l’expérimenté du trio, avec déjà plusieurs livres au compteur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Drôle d’objet littéraire non identifié</strong></h2>



<p>De Brest à Gdansk, le lecteur suivra le road-trip de quatre sympathiques personnages embringués dans une aventure aux multiples rebondissements. Des dialogues drôles, émaillés de références actuelles, un rythme soutenu, des caractères trempés&nbsp;: autant de qualités qui font de ce premier roman à six mains, un Olni (objet littéraire non identifié).</p>



<p>Les trois auteurs, par ailleurs, bien installés dans leur vie professionnelle, en tant qu’urbaniste, chargé de communication ou de développement durable solidaire, en profitent pour faire glisser leurs personnages vers un militantisme revendiqué, au sein d’une Zef (zone d’écologie furtive) à contre-courant de la société. Peut-être s’agit-il d’une nouvelle «&nbsp;Horde&nbsp;» chère à l’écrivain Alain Damasio, rencontré au Festival étonnants voyageurs et qui leur avait pertinemment conseillé d’aller «&nbsp;Jusqu’au bout&nbsp;». C’est chose faite.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pratique</h2>



<p><em>«&nbsp;Jusqu’au bout&nbsp;» édité par Chemin Faisant. En librairie, 12&nbsp;€.&nbsp;</em></p>



<p>Site dédié : <em><a href="https://jusquauboutcadavresexquis.wordpress.com/">https://jusquauboutcadavresexquis.wordpress.com</a></em></p>



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		<title>La rencontre entre Pat et Lola</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Nov 2021 09:43:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres édités - 1er chapitre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec l’accord des éditions&#160;Chemin faisant&#160;(Ploemeur). &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212; A la manière des Steppenwölfe : chapitre 3 &#8211; MATIN D&#8217;AUTOROUTE Elle avait l’air</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Avec l’accord des éditions&nbsp;<a rel="noreferrer noopener" href="https://lecridumenhir.wordpress.com/" target="_blank">Chemin faisant</a></em>&nbsp;(Ploemeur).</p>



<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>



<p><em>A la manière des <strong>Steppenwölfe </strong></em>: <strong>chapitre 3 </strong>&#8211; <strong>MATIN D&rsquo;AUTOROUTE</strong></p>



<p>Elle avait l’air sympa Lola, mais il ne me fallait pas ça. Elle était trop attirante, je ne voulais pas me retrouver dans une situation pareille. D’un naturel déconcertant, elle ne semblait absolument pas se méfier de moi, je ne devais pas ressembler à grand-chose&#8230; Je ne savais pas comment j’allais me sortir de cette attirance mécanique, c’était comme de donner un os à un chien. Je bandais, évidemment, elle était gonflée de se trimbaler sans soutien-gorge, elle devait bien savoir qu’il n’y a rien de pire pour exciter les hommes que d’avoir les tétons qui pointent à travers son tee-shirt…</p>



<p>J’entamais rapidement la conversation.</p>



<p>–&nbsp;Tu aimes bien Niagara&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Ouais, pas mal, ma mère écoutait ça.</p>



<p>Je mis <em>Pendant que les champs brûlent</em>, ma préférée, sa mère, la petite peste, je pourrais être son père, c’était ce qu’elle voulait me dire&#8230;</p>



<p>–&nbsp;Tu as quel âge&nbsp;? Tu ne vis plus chez tes parents&nbsp;?</p>



<p>Retour à l’envoyeur…</p>



<p>Éclat de rire.</p>



<p>–&nbsp;J’ai l’air de sortir de chez ma mère&nbsp;? Je viens de me faire larguer par mon amoureuse et de manquer de me faire violer par un gros lourdaud, alors j’échoue dans ton camion bienheureux, oui, mais je ne vis plus chez mes parents&nbsp;! J’ai vingt-deux ans.</p>



<p>Vingt-deux ans, vingt ans de moins que moi, j’aurais pu être son père, c’était vrai, mais tout juste. Son amoureuse&nbsp;? Elle était lesbienne&nbsp;? Je commençais à respirer, à me détendre et à sortir de cette attirance purement sexuelle. Trop jeune, trop lesbienne, sans espoir pour moi. J’allais reprendre mon souffle et arrêter de bander, je me faisais une raison, enfin à peu près, fallait pas trop que je la regarde.</p>



<p>–&nbsp;Et elle aime quoi d’autre ta mère&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Bashung,&nbsp;Higelin, Brassens, Massive Attack… Je ne sais pas. Elle aime des vieux trucs de chanson française qui sont de la génération d’avant. Ça doit faire écho à quelque chose chez elle, je ne sais pas quoi.</p>



<p>–&nbsp;Pas chez toi&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Pas trop, enfin moi j’aime Gainsbourg et&nbsp;Brigitte Fontaine dans ce qu’elle écoute, c’est barré, ça me plaît.</p>



<p>–&nbsp;Cherche dans le tiroir, j’ai une chanson incroyable d’Higelin avec Brigitte Fontaine sur un enfant qu’elle a oublié, j’adore.</p>



<p>Je parlais, elle parlait, j’oubliais ma fatigue, le paysage s’effaçait de plus en plus et la nuit prenait vraiment place, lourde et épaisse. J’allumais ma guirlande électrique.</p>



<p>–&nbsp;C’est quoi ça&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;C’est ma boîte de nuit intérieure, le camion en fête pour la nuit, tu crois que l’on roule comme des malades avec des poulettes à bord&nbsp;? C’est bal sans fin ici, tu vas voir, l’ambiance musicale ne va pas tarder à changer, c’est fantaisie nocturne, tu ne vas pas t’en remettre&nbsp;! Les poulettes à l’arrière, c’est pour ça qu’elles m’ont choisi, avec moi, c’est nuit électrique…</p>



<p>Elle souriait franchement, je n’aurais pas cru être dans le bon niveau de blagues, elle était encore plus belle. Je la sentais triste, cette jeune fille, ce qui la rendait plus enfantine. Je décidais d’envoyer le grand jeu&nbsp;: je passais mon temps à égayer, seul, ma propre vie en la mettant en scène, mon camion était mon terrain. J’allumai l’éclairage publicitaire et les néons sur les côtés, les baffles se mirent à cracher sur l’arrière&nbsp;: Téléphone et Noir Désir, David Bowie et Rolling Stones. Ce n’était certainement pas son genre&nbsp;musical mais je me disais que cela allait colorer ce voyage.</p>



<p>Je ne sais pas ce qu’elle pensait, elle riait franchement.</p>



<p>Elle s’est mise à chanter, ce devait être assez drôle, vu de l’extérieur. Deux hurluberlus dans un camion lumineux. Cela a duré un moment, j’oscillais entre regarder sa silhouette et regarder l’ombre des arbres, deux paysages, l’intérieur et l’extérieur, en écho.</p>



<p>J’ai remis Sardou et Johnny, besoin de revenir aux fondamentaux, moins l’air de lui plaire, elle s’est mise à parler</p>



<p>–&nbsp;Tu es un sacré numéro, Patrick, qu’as-tu lu de Houellebecq&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;J’en ai lu trois, quatre, celui-là pas encore, c’est ma belle-sœur. Tout ce qui est intello, c’est ma belle-sœur, moi je ne suis que camionneur, tu sais…</p>



<p>Je jouais le grand rôle de la dévalorisation, j’avais parfaitement conscience de ne pas être cultivé. Mais je n’en ressentais pas le besoin, sauf des fois avec ma belle-sœur, qui me faisait découvrir d’autres univers. Elle pouvait m’interpeller, Madame Miyazaki. Mon frère était transparent à côté d’elle, jamais là de toute façon. Elle, une sorte d’ange, un peu chiante, mais un peu ange quand même. Enfin je ne l’enviais pas non plus mon frère, ils restaient un couple, avec tout le quotidien obsédant qui allait avec. Elle m’avait fait lire Houellebecq, cela m’avait étonné qu’elle lise ça, parce que c’est très porté sexe alors qu’elle est totalement dans ses rêves Elle aimait bien dire cette phrase de Houellebecq&nbsp;:</p>



<p>–&nbsp;Ferme les yeux Patrick, écoute cette phrase et dis-moi si elle résonne&nbsp;…</p>



<p>Elle me faisait rire, mais j’ai retenu sa phrase&nbsp;:</p>



<p><em>Fardée comme un poisson naïf / Dans l’aquarium de nos souffrances / Vous marchiez et j’étais captif / De vos lointaines apparences.</em></p>



<p>Elle était mélancolique, j’avais beau ne pas être malin, je l’avais compris, elle était mélancolique, ma belle-sœur, c’était ce qui lui permettait d’être plus sensible aux choses que les autres. Quand elle regardait une fourmi, elle pouvait t’en parler pendant des heures, avec les yeux qui brillaient comme si moi j’avais gagné au loto ou sauté Vanessa Paradis&nbsp;:</p>



<p>–&nbsp;Tu vois la fourmi, Patrick, j’aimerais bien être dans sa tête. Tu imagines les kilomètres qu’elle fait&nbsp;? L’addition de ses pas&nbsp;? Tu imagines ce qu’elle peut penser, tu crois qu’elle voit les autres&nbsp;? Qu’elle me voit&nbsp;?</p>



<p>Elle était complètement perchée, mais je l’aimais bien, malgré son bilan carbone et ses Miyazaki, j’avais l’impression qu’elle était accrochée au plafond et qu’elle me regardait.</p>



<p>–&nbsp;Tu as lu <em>Les particules élémentaires</em>&nbsp;? Celui où elle reste paralysée dans un fauteuil après une levrette dans une partouze ?</p>



<p>Elle est gonflée la petite, heureusement qu’elle est tombée sur moi. Je ne m’en souvenais plus très bien, je trouvais ça très vulgaire dans la bouche de Lola, vieux réflexe réac…</p>



<p>–&nbsp;Je ne sais pas, je ne me souviens plus&#8230; Et puis, il n’y a pas que ça dans Houellebecq, je ne sais pas si tu as remarqué, son écriture est très belle.</p>



<p>–&nbsp;Non, je n’ai pas trop perçu. Et à part lire Houellebecq, tu fais quoi&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Et toi&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Je t’ai posé une question, réponds-moi d’abord, tu fais quoi&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Je conduis des poulettes de Saint Brieuc à Strasbourg et de Strasbourg à Saint Brieuc, dans un camion qui ferait tourner la tête à toutes les poulettes du sud de la France</p>



<p>–&nbsp;Ça va, j’ai compris… Tu as une femme&nbsp;? Des enfants&nbsp;? Des hobbies&nbsp;?</p>



<p>Elle commençait visiblement à trouver mes blagues moins drôles&#8230;</p>



<p>–&nbsp;Je n’ai pas de femme, je n’ai pas d’enfants, et mon hobby du moment est de prendre en photo les matins d’autoroute.</p>



<p>–&nbsp;Les matins d’autoroute&nbsp;?</p>



<p>–&nbsp;Oui.</p>



<p>Elle en est restée baba, pendant ce temps-là Johnny chantait, puis elle s’est endormie.</p>



<p>Il était deux heures du matin et, fort de ma cuite de la veille et de ma nouvelle responsabilité devant cette jeune femme, il fallait que je m’arrête pour dormir. J’arrivais à ma station d’autoroute habituelle, parking à camions, nos hôtels de luxe…</p>



<p>J’ai installé Lola dans la couchette du haut, délicatement, il me venait presque un sentiment paternel. Je me suis félicité moi-même d’être aussi fairplay, j’ai sombré rapidement…</p>



<p></p>



<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>



<p><em> A la manière de<strong> </strong></em><strong>Jean-Pierre Ferrand </strong>: <strong>Bonus </strong>&#8211; <strong>PASTICHE</strong></p>



<p><em><strong>Steppenwölfe est un trio mais Jean-Pierre Ferrand, un ami cher, nous a proposé un pastiche de la rencontre entre Lola et Pat, à la manière de Marcel Proust. Le voici&nbsp;:</strong></em></p>



<p>Souvent je me suis couché à pas d&rsquo;heure lorsque, quelque triviale nécessité financière m&rsquo;ayant contraint à travailler, je traversais la France à bord de mon semi-remorque et que, soit que j&rsquo;eus rencontré sur mon trajet des impondérables qui eussent eu pour effet de me mettre en retard, soit que la longueur même du trajet m&rsquo;eût contraint à le parcourir d’une seule traite, je devais rouler de nuit. Alors que j&rsquo;étais habituellement sujet à l&rsquo;insomnie, la monotonie du parcours, alliée au ronronnement régulier du moteur et au balancement de la cabine, avait sur moi un effet émollient et soporifique. Craignant que l&rsquo;envie de dormir ne l&#8217;emportât, je m&rsquo;efforçais de rester éveillé, ou du moins de me maintenir dans cet état de semi torpeur où, tout en se laissant aller à la rêverie, le conducteur conserve suffisamment de vigilance pour être capable de tourner son volant, voire d&rsquo;appuyer sur le frein, au cas où les circonstances l&rsquo;exigeraient. D&rsquo;ordinaire, je n&rsquo;écoutais pas la radio, car mon univers intérieur était suffisamment riche pour que je n&rsquo;éprouvasse pas le besoin de substituer au silence apaisant le vacarme vulgaire du monde moderne. En outre, durant la journée, je me consacrais avec une délectation toujours renouvelée à la contemplation des paysages, dont la diversité me ravissait mais dont à l&rsquo;occasion je goûtais aussi l&rsquo;uniformité, qui ne suscitait en moi nul ennui, mais plutôt une sensation de légèreté, car mon regard n&rsquo;étant alors plus distrait par des détails pittoresques et finalement sans importance, il ne retenait qu&rsquo;une impression générale qui touchait à l&rsquo;essence même des lieux traversés. Les champs de Beauce, les plaines de Picardie m&rsquo;étaient ainsi des océans sur lesquels je voguais à bord de mon vaisseau de fer. Au cœur de la nuit, toutefois, il pouvait arriver que mon imagination ne suffît pas à me tenir en éveil, et que j&rsquo;en vinsse à l&rsquo;extrémité de devoir allumer la radio. Les « Nuits de France-Culture » me procuraient alors un bruit de fond agréable et, même si les bavardages inspirés qui s&rsquo;écoulaient sans fin comme d&rsquo;un robinet qui fuit suscitaient plus en moi l&rsquo;ennui que l&rsquo;intérêt, il m&rsquo;arrivait d&rsquo;en retenir quelques propos qui alimentaient mes réflexions et me maintenaient en état de veille. Certains soirs, je passais sur France-Musique, espérant y trouver quelque cantate de Bach dont le swing baroque, doux et régulier, s&rsquo;accordait à merveille à la conduite sur de longs trajets. Il me revenait alors à l&rsquo;esprit que dans <em>Belle du Seigneur</em>, Albert Cohen avait traité l’œuvre de Bach de « musique pour scieurs de long », appréciation certes acerbe mais suffisamment fondée à mes yeux pour pouvoir être étendue aux chauffeurs de poids-lourds, encore que l&rsquo;on eût pu en dire autant de la littérature de Cohen, au regard de laquelle la Passion selon Saint-Mathieu pourrait passer pour un opuscule.</p>



<p>Ce soir-là, je roulais à la hauteur de Combray, ou peut-être était-ce du côté de Méséglise, sur une de ces routes départementales qui parlent le langage du relief parce qu&rsquo;à la différence des grandes routes modernes, elles ont su en épouser les courbes. Quelques nappes de brume délicatement effilochées par le souffle de la brise du soir, celle-là même que Dietrich Fischer-Dieskau évoque si subtilement dans son interprétation du « Mondnacht » de Schumann, commençaient à se former en imperceptible sustentation au-dessus des prairies, sur lesquelles s&rsquo;allongeait l&rsquo;ombre des haies. Dans le lointain doré, la silhouette d&rsquo;un bourg dominée par un fin clocher et soulignée d&rsquo;un avant-plan de prairies où paissaient quelques chevaux m&rsquo;évoqua fugitivement le tableau « Wiesen bei Greifswald », de Friedrich. C&rsquo;est alors qu&rsquo;au détour d&rsquo;une haie d&rsquo;aubépines, j&rsquo;eus à peine le temps d&rsquo;apercevoir une auto-stoppeuse qui se tenait sur l&rsquo;accotement. Son pouce, qui n&rsquo;était que très faiblement tendu vers le haut, trahissait par sa position une grande lassitude, que confirmaient l&rsquo;inclinaison prononcée du bras droit, comme si celui-ci eût été chargé de tout le poids d&rsquo;une journée harassante, ainsi que la posture légèrement voûtée de la jeune femme. L&rsquo;ovale régulier de son visage encadré de cheveux d&rsquo;un noir de jais me rappela cette Vierge à l&rsquo;enfant d&rsquo;Antonio da Negroponte, devant laquelle j&rsquo;étais tombé en arrêt dans le transept nord de l&rsquo;église San Francesco della Vigna, à Venise, quoique la courbe de ses sourcils me suggérât davantage la Vénus d&rsquo;Urbino peinte par Titien, révélant d&rsquo;ailleurs une forme de distinction naturelle qu&rsquo;une parka à capuche sans forme ni couleur ne parvenait pas à masquer. Je freinai immédiatement, désireux tout autant de me procurer quelque compagnie que de rendre service à cette jeune personne.</p>



<p>–&nbsp;Où c&rsquo;est que vous allez ? me demanda-t-elle.</p>



<p>Je ne crus pas devoir relever le solécisme, car de telles fautes sont si communes chez les gens de modeste extraction qu&rsquo;il ne sert à rien de s&rsquo;en offusquer devant eux, sauf à vouloir passer pour un cuistre. J&rsquo;en ressentis toutefois une profonde déception. De même qu&rsquo;une verrue disgracieuse peut altérer le visage le plus harmonieux, une incorrection grammaticale peut ruiner l&rsquo;image idéale que l&rsquo;on s&rsquo;était faite d&rsquo;une personne d&rsquo;apparence distinguée avant qu&rsquo;elle n&rsquo;ouvre la bouche, révélant par ses premiers mots les failles d&rsquo;une éducation imparfaite. J&rsquo;acceptai toutefois de la prendre à mon bord, car elle se rendait comme moi à Strasbourg.</p>



<p>Elle avait 22 ans et s&rsquo;appelait Lola. Ce prénom me plongea dans une longue méditation. Je cherchai à deviner ce qu&rsquo;il pouvait révéler d&rsquo;elle, car on sait combien notre prénom, quand bien même il résulte de contingences qui nous sont extérieures, peut avoir d&rsquo;influence sur notre être profond. Je ne pouvais ignorer que Lola est dérivé de Dolorès, qui veut dire «&nbsp;douleur » en espagnol et fait référence au « jour des douleurs de la Vierge&nbsp;» (dià de los Dolores), mais qu&rsquo;il est également le dérivé du prénom germanique Carlota, venant du terme « karl » qui signifie « homme » ou « viril ». Cette double nature de Lola, à la fois féminine et masculine, me troubla. Se pouvait-il que ma passagère, qui présentait les attributs extérieurs de la féminité pour autant que je pusse en juger à travers la gangue grossière de ses nippes, portât d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre la trace de cette double identité ? Lola Montez, pourtant, courtisa toute sa vie des hommes, elle fut même la maîtresse de Louis II de Bavière, et nul esprit médisant ne s&rsquo;avisa jamais, à ma connaissance, de répandre le bruit qu&rsquo;elle pût avoir des inclinaisons saphiques. Je chassai donc cette pensée de mon esprit.</p>



<p>Après une demi-heure de route, je tournai imperceptiblement la tête dans sa direction, en évitant tout regard trop appuyé qui eût pu l&rsquo;amener à se méprendre sur la nature de ma curiosité pour elle, car l&rsquo;intérêt que je témoigne aux personnes du sexe n&rsquo;est autre qu&rsquo;intellectuel, ce qui préserve ma capacité d&rsquo;observation et de jugement contre toute altération qui pourrait naître d’une attirance charnelle, au demeurant fort hypothétique. Bien qu&rsquo;il commençât à faire noir, la lumière des phares des voitures venant en sens inverse éclairait momentanément son visage, qui surgissait alors de l&rsquo;obscurité comme dans un tableau de La Tour, acquérant ainsi une dimension mystérieuse et intemporelle qui effaçait en moi la désagréable impression produite par la vulgarité de sa question.</p>



<p>France-Culture diffusait alors un entretien avec une psychanalyste lacanienne au sujet de son livre « Être bien dans le mal : Baudelaire, Huysmans, Bataille », auquel ma passagère ne semblait pas prêter particulièrement attention, tout occupée qu&rsquo;elle était à enrouler et dérouler une mèche de cheveux autour de son index. Soudain, elle me demanda :</p>



<p>–&nbsp;Pensez-vous qu&rsquo;en conceptualisant le plaisir, le discours freudien ait renversé la notion de bonheur dans le mal telle que la décrit Huysmans, et dès lors, le principe de plaisir ne risque-t-il pas de fonctionner comme barrière à la jouissance ?</p>



<p>Cette question me mit dans la plus grande confusion. Je ne connaissais de Freud que les « Cinq leçons sur la psychanalyse », qui m&rsquo;avait été prêté au lycée par un condisciple à l&rsquo;éducation plus libérale que la mienne et que j&rsquo;avais lu en cachette, parce que mes parents tenaient cet auteur pour immoral et avilissant. Ramassant tant bien que mal ces quelques bribes de souvenirs, je tentai laborieusement de produire une réponse construite ; mais, n&rsquo;y parvenant pas et ne voulant pas perdre la face pour autant, je me risquai en désespoir de cause et sans grande conviction à lâcher un « Oh, moi, vous savez, je ne fais pas de politique ! » qu&rsquo;un public complaisant aurait à la rigueur, et au second degré, pu prendre pour une saillie désinvolte. La réponse ne se fit pas attendre :</p>



<p>–&nbsp;Monsieur, vous me décevez énormément. Loin de prendre les chauffeurs routiers pour des rustres incultes, je les considère comme parfaitement capables, pour peu qu’ils veuillent bien s’en donner la peine, de soutenir une conversation sur Huysmans, ou même sur Bataille. J’attendais, de votre part, mieux que cette pitoyable réponse qui cherche vainement à masquer l’étendue de vos ignorances et à éviter tout échange entre nous, alors que mon intention n’était que de vous élever. Et je me demande ce que vous apporte France-Culture&nbsp;: vous feriez mieux d’écouter RTL.</p>



<p>Elle ne desserra plus les dents et, lorsque je m’arrêtai sur une aire de services, elle sauta hors de la cabine et disparut dans la nuit.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/la-rencontre-entre-pat-et-lola/">La rencontre entre Pat et Lola</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Supplique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[PERERA Bruno]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Oct 2021 16:12:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autres]]></category>
		<category><![CDATA[Changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Mère, je n’osais me présenter devant vous mais la nécessité m’y pousse. Quand vous m’êtes apparue en songe, cette image si puissante où vous sembliez enfin apaisée, drapée de cette couleur azurée liquide et souveraine qui est votre essence, tenant en votre main la sauge purpurine, le rameau argenté de l’olivier, l’amarante pourpre et la palme d’albâtre, regardant vers un avenir pacifié, me montrant la voie à emprunter à travers la béance de votre dos, j’ai enfin compris que je ne pouvais plus repousser cette rencontre.</p>



<p>Mère, je ne suis légitime en rien, ambassadeur d’un pays de limbes, émissaire sans mandat, porte-parole de ma seule suffisance, mais je sais que je recèle en moi tout ce qui a fait les miens, de l’inavouable au plus éclatant, de la violence à la bienveillance, de la terreur à la joie, de l’infantile à la sagesse, de la destruction à la création, de la mort cruelle à la vie fragile.</p>



<p>Mère, je vous ai bafouée, avilie, méprisée, ignorée. Dans mon immense orgueil, je vous ai oubliée, reniée, traçant mon seul chemin sans prêter attention à votre souffrance, à ce sang qui perlait partout où portaient mes scarifications et mes empreintes. Pendant des siècles de siècles, je vous ai confisqué votre royaume. Je l’ai asservi, instrumentalisé, exploité, disposé, sans jamais prendre en compte un autre intérêt que le mien, ignorant que mes pas assurés me menaient à ma perte. Ô, comment ai-je pu être aussi puéril et vain&nbsp;? Ne savais-je pas en moi-même, sans me l’avouer, dans mon inconscient endurci, que cette voie était sans issue&nbsp;?</p>



<p>Mère, les millions de vies que vous abritiez hurlent leurs douleurs dans ces vides que j’ai taillés de ma domination triomphante. Depuis les temps immémoriaux qui ont sculpté mon identité, j’ai toujours été dans le déni, l’illusion, le récit auto-centré, ignorant l’autre, les autres.</p>



<p>Et Vous.</p>



<p>Mère, votre colère n’est que méritée. Maintenant que s’enflent le vent de la désolation, la chaleur mortelle, les eaux envahissantes, que mes mains ne saisissent plus que le sable inerte et la terre souillée pulvérulente, que la mort hideuse s’annonce, que l’anéantissement menace, je ne peux que vous présenter ma prière. Je sais que vous vous remettrez de mes outrages avec ce temps éternel dont vous disposez. Je sais que d’autres me succéderont, plus sages, moins agressifs, moins impudents, moins imbus d’eux-mêmes. Je sais que je ne vaux que ce sort que vous ne m’avez jamais souhaité mais que l’urgence impose. Des vies innombrables attendent, tremblantes, que moi, le super-prédateur, je baisse la garde jusqu’à disparaître.</p>



<p>Mère, je suis capable du pire comme du meilleur. Si ma soif de posséder est incommensurable, mon détachement du quotidien l’est aussi. Je suis un pur esprit avide de sécurité comme d’aventures. Ancré dans le réel que je m’invente et la tête dans le ciel insondable. Rongé d’angoisses mais ouvert à tout vent. Capable d’un égoïsme morbide et d’une immense altérité. Porté par l’intérêt immédiat mais d’une générosité improbable, contre nature. Matérialiste indécrottable et créateur impénitent.</p>



<p>Mère, je veux changer de voie. Arrêter les destructions, la course au profit immédiat. Me remettre à ma place, en votre sein. Protéger toute vie de ma puissance de démiurge. Aider les plus faibles, les plus atteints par mon incurie. Oublier la technique, me poser, écouter, ressentir, accueillir. Créer du beau. Réparer. Rêver. Ne rien faire. Contempler.</p>



<p>Vivre enfin, sans attente, sans projets, sans tordre ma réalité.</p>



<p>Mère, laissez-moi tenter de me transformer, revenir au carrefour où j’ai choisi la mauvaise route, repartir vers la Vie. J’ai détruit les forêts, rasé les montagnes, exploité les océans, asservi les espèces, asséché des contrées, rendu insalubres d’autres, souillé l’air, le sol, l’eau, haï, haï, ô combien haï tant d’êtres. Mais j’ai aussi créé sans objet et sans espoir, peint, sculpté, composé, chanté, conté, écrit, aimé, aimé, ô combien aimé tant d’êtres, bâti les cathédrales, les mosquées, les temples, les villes superbes, beautés sublimes jetées face au néant de mon existence, bornes intemporelles de mes faiblesses et de cette incompatibilité tragique entre mon esprit infini et mon corps si limité et définitivement mortel.</p>



<p>Je ne veux plus que créer le meilleur, pour le bien de tous celles et ceux qui nous accompagnent.</p>



<p>Parce que je rêve que la Beauté de l’Art sauvera notre Monde.</p>



<p>Mère, me laisserez-vous cette chance, m’accorderez-vous le temps de trouver cette voie&nbsp;? Aurais-je droit à la rédemption&nbsp;?</p>



<p>Je suis désormais devant vous, toute honte bue, car j’ai enfin découvert où m’adresser pour vous implorer. Ce songe m’a ouvert le chemin.</p>



<p>Vous êtes en moi et autour de moi.</p>



<p>Moi, l’Humain, votre enfant prodigue.</p>



<p>Vous, la Terre.</p>



<p>Mon Unique Terre à laquelle je dois la Vie.</p>



<p>Accueillez-moi à nouveau.</p>



<p>Accueillez ma supplique.</p><p>The post <a href="https://bruno-perera.fr/supplique/">Supplique</a> first appeared on <a href="https://bruno-perera.fr">Bruno PERERA</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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